Un arrêt des " gilets jaunes " ? Dans le mouvement, on se promet un " acte 5 " samedi 15 décembre

, par  DMigneau , popularité : 0%

Un arrêt des " gilets jaunes " ? Dans le mouvement, on se promet un " acte 5 " samedi 15 décembre

A Fay-au-Loges, près d’Orléans, des " gilets jaunes " regardent l’allocution présidentielle. - GUILLAUME SOUVANT / AFP

Au lendemain du discours d’Emmanuel Macron, annonçant notamment une annulation de la hausse de la CSG pour les retraités gagnant moins de 2.000 euros ainsi que 100 euros de plus par mois pour les salariés au Smic, les " gilets jaunes " ne semblent pas du tout décidés à un arrêt du mouvement. Un " acte 5 " se dessine donc bel et bien ce samedi 15 décembre.

Malgré quelques annonces concrètes – annulation de la hausse de la CSG pour les retraités gagnant moins de 2 000 euros, 100 euros de plus par mois pour les salariés au « Smic » –, le compte n’y est pas pour de nombreux militants du mouvement, dont les figures emblématiques appellent à la mobilisation pour un " Acte V ".

" Trop peu, trop tard, après trop de violance (sic) et de mépris ! ", écrit ainsi Eric Drouet sur " Facebook ", qui donne rendez-vous le 15 décembre : " À samedi ! ".

Même son de cloche chez Priscillia Ludosky, l’auteur de la pétition originelle des " gilets jaunes " : « Soit disant, tout cela ne servait à rien ? Le plus gros arrive, nous aussi on " garde le cap ", écrit-elle, en référence au mantra martelé sans relâche par les membres de « l’exécutif » ces dernières semaines. 100 euros sur le Smic, " ça se prend " mais méfiance… »

Les concessions présidentielles ont pourtant " fait mouche ", comme le rapporte un sondage " OpinionWay " pour LCI, réalisé dans la foulée du discours et qui enregistrait, lundi soir, entre 60 % et 78 % d’approbation pour les quatre principales mesures annoncées.

Didier Fulcrand, " gilet jaune " du Vaucluse où il est restaurateur, nous concède " être séduit " par le retour des heures supplémentaires défiscalisées : " En temps que patron, franchement, ça me va. C’était déjà là sous Sarkozy, c’est très bien ".

Sa camarade de Corrèze Elsa, qui préfère ne pas voir son nom de famille publié, trouve quant à elle " de bonnes choses " parmi les mesures annoncées, même si elle " attend de voir "… " Il aurait pu faire mieux mais c’est déjà pas mal, venant de lui, développe-t-elle. Moi je suis au Smic alors 100 euros, ça se prend toujours ".

" Les annonces, c’est de la poudre magique, de l’enfumage ", tempête au contraire Sylvie, infirmière en " gilet jaune " à Metz, pour " Marianne ". " La hausse du Smic, c’est de la grosse arnaque, ça ne concerne que la " prime d’activité ". Pour moi ce n’est pas suffisant, il faudrait une augmentation de tous les salaires ".

Sylvie n’est pas la seule à trouver pingre le chef de l’Etat.

«  Emmanuel Macron se dit : " ces pauvres-là, je vais leur donner 100 balles et ils vont se calme "  », s’indigne Gilles Latour, éleveur et " gilet jaune " de la Meuse, qui flaire " l’entourloupe ". " Ces annonces, on ne croit pas que ça ne va rien nous coûter ", se méfie-t-il.

Elsa, la serveuse corrézienne, est elle aussi circonspecte : " S’il augmente le Smic, qu’il enlève des taxes, c’est qu’il y a quelque chose derrière, il va nous prendre quelque chose ".

Diagnostic partagé par l’un des principaux émetteurs des " gilets jaunes ", Maxime Nicolle, connu sous le pseudonyme " Fly rider ". " Ils seraient prêts à nous servir n’importe quoi sur un plateau d’argent. Surtout du rêve ", raille celui dont la réaction a été consultée plus de 18 000 fois sur " Facebook ".

Tous les " gilets jaunes " que nous avons interrogés se montrent dans l’attente de mesures plus profondes.

" On a gagné une bataille mais on n’a pas gagné la guerre , estime Gilles Latour. Il reste plein de choses en suspens : les mutuelles, les assurances, la santé à deux vitesses, le chômage, le service public… Il aurait dû faire un discours beaucoup plus long et beaucoup plus large ".

" Je ne rentre dans aucune des catégories concernées par les annonces, recnhérit Sylvie. Et le service public alors ? ".

A leurs yeux, Emmanuel Macron n’a pas encore pris la mesure des préoccupations qui animent les " gilets jaunes ".

" Je ne lâcherai pas comme ça, on attend autre chose. Il a compris une partie mais pas tout le message. On ne fait pas ça pour 100 balles, on ne fait pas ça parce qu’on est des clochards. Il est à côté de la plaque ", tonne Elsa.

Un Macron " aux abois "

Pour nos " gilets jaunes ", le chef de l’Etat est apparu diminué, loin de la superbe affichée dans les premiers temps de son mandat.

« Je l’ai senti concerné, pas arrogant. Il a morflé, il se prenait pour " Jupiter ", il s’est rendu compte qu’il y avait la France qui était là », se satisfait Didier Fulcrand.

" Je sais aussi qu’il m’est arrivé de blesser certains d’entre vous par mes propos ", a notamment reconnu Emmanuel Macron.

Un président " aux abois ", observe Sylvie, qui estime qu’il était conscient de " jouer sa peau ". " C’était comme s’il avait peur aussi. Il est pieds et poings liés par Bruxelles. Il faut bien un fusible, et c’est lui ", analyse l’infirmière.

Gilles Latour, content de voir le chef de l’Etat se départir de son " arrogance ", doute pourtant de la sincérité des excuses présidentielles : " Il a dû faire des efforts surhumains pour s’excuser, parce qu’au fond il n’en a rien à faire ", s’agace l’éleveur.

Une impression partagée par Elsa, qui considère le mea culpa élyséen comme une pure déclaration tactique, " uniquement pour que nous arrêtions ".

Didier Fulcrand souhaite pour sa part " laisser le temps " au président de " rectifier le tir ", estimant qu’il n’est pas possible de " tout chambouler d’un coup ".

Pas question, pour autant, de " baisser la garde ".

« Le peuple lui fait peur, juge le restaurateur du Midi. Maintenant il sait qu’il y a une force tranquille, les " gilets jaunes ". Il est sous surveillance, il va devoir faire mieux  » .

Sera-t-il sur un rond-point le week-end prochain, répondant à l’appel de " Fly rider " qui souhaite " continuer ce que l’on est en train de faire " ?

" Je vais continuer ", affirme-t-il.

" Je suis infirmière, donc je ne peux pas m’arrêter de travailler pour manifester, regrette Sylvie, mais je prends la température autour de moi et les gens sont motivés pour un acte V ".

" Il y en a peut-être qui sont fatigués, mais ceux qui sont là depuis le début sont déterminés à continuer le mouvement, assure Gilles Latour. Samedi prochain, on remonte à Paris ".

Et ce, bien que « l’opinion » semble hésiter dans son soutien aux " gilets jaunes " : toujours selon l’enquête d’opinion d’ " OpinionWay ", 54 % des Français interrogés sont favorables à un arrêt du mouvement, tandis qu’un autre sondage, réalisé lui aussi après le discours d’Emmanuel Macron par " Odoxa " pour " Le Figaro ", donne 54 % des Français favorables… à ce que les " gilets jaunes " continuent.

Louis Nadau

Marianne