Un an de perdu : après Brest et Paris, l’instruction de l’affaire Ferrand atterrit à Lille

, par  DMigneau , popularité : 0%

Un an de perdu : après Brest et Paris, l’instruction de l’affaire Ferrand atterrit à Lille

" Classée " à Brest, relancée à Paris, l’instruction de " l’affaire Ferrand " est dépaysée à Lille. - Etienne LAURENT / POOL / AFP

Après « le parquet » de Brest et le « Pôle financier » de Paris, c’est finalement un juge d’instruction de Lille qui aura pour mission de reprendre l’enquête sur les opérations immobilières de Richard Ferrand, accusé de « prise illégale d’intérêt ».

Retour à la " case départ ".

Un peu plus d’un an après les révélations du " Canard enchaîné " mettant en cause celui qui était alors ministre de la Cohésion des territoires, Richard Ferrand, " l’affaire " va désormais être confiée à un juge d’instruction de Lille, après être passée entre les mains de magistrats de Brest et de Paris ces derniers mois.

Les tractations immobilières douteuses de l’homme politique, entre 2010 et 2012, sont toujours au cœur des interrogations. " On a perdu un an, estime Jérôme Karsenti auprès de " France Inter ", avocat de l’association anti-corruption " Anticor " qui s’est constituée " partie civile ". Cette année a été longue et inutile. "

Van Ruymbeke un temps à la manœuvre

Ces derniers mois, l’affaire a été marquée par plusieurs rebondissements, mais sans jamais de dénouement.

Accusé d’avoir organisé l’achat de locaux à Brest avec l’aide de sa compagne, Sandrine Doucen, et d’une « société civile immobilière » (SCI) créée pour l’occasion, dans l’idée de les louer aux " Mutuelles de Bretagne " dont il était le président, Richard Ferrand a dû démissionner le 19 juin du gouvernement quelques jours après l’annonce, par le procureur de la République de Brest, de l’ouverture d’une « enquête préliminaire ».

Plusieurs mois plus tard, l’enquête sera classée " sans suite " par « le parquet » de Brest, invoquant la prescription des faits pour l’éventuel délit de " prise illégale d’intérêts ".

Révoltée, l’association " Anticor " dépose alors une plainte avec " constitution de partie civile " auprès du doyen des juges d’instruction du « Pôle financier » de Paris, Renaud Van Ruymbeke, pour " prise illégale d’intérêt et recel ".

Au mois de janvier 2018, une " information judiciaire " pour " prise illégale d’intérêts " est ouverte. Et le 26 mars, les deux juges d’instruction désignés pour mener les investigations, Renaud Van Ruymbeke et Cécile Meyer-Fabre, convoquent le " chef de file " des députés " La République en marche " (LREM) et sa compagne en vue d’une mise en examen... qui n’aura pas lieu.

Car ce même jour, l’avocat de Sandrine Doucen, Georges Holleaux, écrit à la procureure générale de la « Cour d’appel » pour dénoncer un " mélange des genres " qui fera " capoter " l’instruction. C’est la participation du vice-président d’ " Anticor ", Eric Alt, à l’audition de la " partie civile " qui est " pointée du doigt ".

Une manœuvre " judiciaire et politique "

Selon " la défense ", son autre casquette de magistrat au Tribunal de grande instance pourrait le conduire à peser dans la procédure. Etant spécialisé en droit du travail, il n’a toutefois jamais été chargé de dossiers liés de près ou de loin à la corruption. Mais la juridiction parisienne sera bien dessaisie.

La procureure générale de Paris, Catherine Champrenault, désire alors " préserver la sérénité du débat judiciaire ".

Pour ce dossier, direction Lille.

Chez " Anticor ", cet épisode ne passe pas.

" C’est une manœuvre judiciaire et politique des avocats de Monsieur Ferrand qui ne souhaitent pas qu’une instruction ait lieu, dénonce Jérôme Karsenti, l’avocat de l’association. De surcroît, c’est Monsieur Van Ruymbeke, particulièrement diligent et vigilant sur ce type d’affaire, qui allait instruire ce dossier, et on a trouvé assez simple de faire " dépayser " pour un motif à mon sens totalement infondé. "

Pour autant, pour la " partie civile ", l’espoir demeure : " On espère maintenant que le juge d’instruction en charge de ce dossier va faire rapidement diligence. " Un juge d’instruction lillois qui doit prochainement être nommée pour faire la lumière sur ces événements brestois.

Magazine Marianne