Tunisie : les difficultés d’une démocratie...

, par  DMigneau , popularité : 31%

Tunisie : les difficultés d’une démocratie...

La Tunisie fait face à une série de difficultés, depuis la Révolution du Jasmin. Celles-ci sont de deux ordres : économiques et sécuritaires. La Tunisie fait face à la " mondialisation " alors que les troubles politiques de ces dernières années ont fragilisé son économie. Le risque sécuritaire est également grand, avec le retour probable et redouté des djihadistes défaits à l’étranger.

A la fin de l’année 2016, le gouvernement de la Tunisie a lancé une conférence intitulée " Tunisie 2020 ", avec des pays donateurs, pour promouvoir des projets de développement au pays du jasmin, dans les dix prochaines années.

Le marasme économique, depuis la Révolution du 14 janvier - il y a maintenant 6 ans - est tel, que la Tunisie a besoin de 25 milliards d’euros d’investissement dans des domaines aussi divers que l’agriculture, l’énergie, la lutte antiterroriste, l’éducation, etc.

Des puissances comme l’Union Européenne, la France, l’Italie, le Qatar ou les Etats Unis ont apporté leur contribution à cette conférence des donateurs, mais il est probable que cette aide - de l’ordre de quelques 5 milliards - sera certes non négligeable, mais forcément insuffisante au regard des enjeux qui sont très importants.

La Tunisie fait face aux enjeux de la mondialisation, en plus des troubles politiques et sociaux qui prévalent depuis la chute du régime de Ben Ali, auquel se rajoute le risque sécuritaire lié au terrorisme.

L’artisanat local peut être fragilisé par les accords de libre échange liant notamment l’Union Européenne et la Tunisie. Certes, de nombreuses entreprises en provenance de l’étranger s’installent en Tunisie, mais on se demande si la production locale va se développer ou ne pas souffrir de la concurrence internationale, comme l’industrie manufacturière, par exemple.

La balance des échanges commerciaux semble défavorable à la Tunisie, même si l’Italie, symboliquement, a doublé ces dernières années ses importations d’huile d’olive tunisienne pour aider son voisin direct de la Méditerranée. La Tunisie semble préoccupée par le poids de la dette, conjointement avec ses difficultés à mener à bien ses projets de développement.

Parallèlement, un autre sujet tout aussi inquiétant mobilise les esprits en ce début d’année 2017 : le retour possible et probable des djihadistes tunisiens de Syrie : ils seraient 2 000 à 3 000 à envisager, dans les prochains mois ou années de revenir dans leur pays d’origine, selon les estimations des pouvoirs publics.

Les autorités n’ont pas oublié le traumatisme créé par les attentats du Bardo et de Sousse, en 2015, qui avaient gravement affecté la saison touristique, faisant fuir durablement les visiteurs européens notamment.

Le risque sécuritaire est une préoccupations constante depuis quelques années : la Tunisie n’a-t-elle pas démantelé sur son territoire 23 cellules terroristes pour le seul mois où fut perpétré l’attentat contre Charlie Hebdo à Paris.

De nombreuses voix s’interrogent pour savoir ce qu’il convient de faire de ces djihadistes, de retour au pays, après les défaites grandissantes et probables de Daech en Libye, Syrie ou Iraq.

Faut-il les laisser entrer sur le territoire tunisien ou les accepter mais les emprisonner et/ou les prendre en charge dans des cellules de " dé radicalisation " ?

Certains prônent une interdiction d’entrer sur le territoire, invoquant un article de la Constitution qui limite le droit au retour sur le territoire tunisien au nom de la sécurité publique et du risque terroriste. Mais cette article est sujet à interprétation, comme il se doit.

D’autres acteurs, comme le parti islamo-conservateur Ennadha, veulent instaurer une loi du pardon, la " tawba ", qui vaudrait en quelques sorte amnistie des combattants djihadistes partis sur le front, en échange d’une vague repentance officieuse, une fois rentrés au pays.

Comme on le voit, la Tunisie n’en a pas fini avec ses difficultés et ses inquiétudes, malgré quelques encouragements de la Communauté Internationale.

P. MAUREL

MediaPart