Tunisie : le président ouvre la voie à l’égalité entre les sexes face à l’héritage

, par  DMigneau , popularité : 0%

Tunisie : le président ouvre la voie à l’égalité entre les sexes face à l’héritage

Béji Caïd Essebsi est cependant resté muet sur la question de la décriminalisation de l’homosexualité ou de la laïcité. - Abdelfattah BELAÏD / AFP / TUNISIAN PRESIDENCY

Le président tunisien, Béji Caïd Essebsi, a annoncé ce lundi 13 août un projet de loi instaurant " l’égalité des sexes dans l’héritage ". Une proposition qui va à l’encontre des préceptes islamiques et qui réjouit les défenseurs des droits des femmes.

C’était une décision attendue par les défenseurs des droits des femmes. Le président tunisien Béji Caïd Essebsi a annoncé ce lundi 13 août, lors d’un discours prononcé à l’occasion de la " journée de la femme ", son souhait de voir l’Assemblée des représentants du peuple se saisir d’un projet de loi réformant le droit successoral pour y introduire l’égalité entre les sexes.

Ainsi, le chef de l’État a décidé de suivre une des propositions fortes de la « Commission des libertés individuelles et de l’égalité » (Colibe), mise en place fin 2017, qui lui avait remis un rapport en ce sens au mois de juin dernier.

Les auteurs de testament pourront refuser l’égalité

Aujourd’hui, le droit successoral tunisien est inspiré des préceptes coraniques : la femme n’hérite que de la moitié de la part de l’homme à même degré de parenté.

Si un tel projet de loi est voté, les femmes pourront donc prétendre à la même part que les hommes.

Pour autant, Béji Caïd Essebsi a précisé que, même si la voie de l’égalité était ouverte, les auteurs d’un testament qui voudraient maintenir l’actuel régime de l’inégalité en auront le droit.

Une façon de préserver les sensibilités conservatrices du pays.

Une victoire qui semble donc incomplète, mais cela n’empêche pas Bochra Belhaj Hmida, présidente de la " Colibe ", de se satisfaire de ce qu’elle estime être une " avancée ".

" Nous donnons de l’espoir à toutes les femmes dans le monde arabe ", a-t-elle déclaré à la suite de l’annonce du président, ajoutant que la question de l’héritage était " le morceau le plus difficile " dans la longue liste de propositions adressées par la commission au chef de l’État.

Des propositions qui sont restées sans réponse. Notamment sur la décriminalisation de l’homosexualité, le développement de la laïcité ou l’abolition de la peine de mort.

Mais la présidente de la commission ne désespère pas pour autant de voir ces propositions étudiées prochainement. " Sur les autres questions, on peut faire une initiative parlementaire, le gouvernement peut le faire, c’est plus facile de faire passer les autres que de faire passer l’héritage ", a-t-elle expliqué.

Texte à l’étude à l’automne

Même si le président de 91 ans s’est prononcé " en faveur de l’égalité dans l’héritage ", rien n’est gagné. Le texte doit être examiné par les députés à l’automne. Et le principal parti au Parlement, les islamistes d’ " Ennahda " pourrait " faire barrage " à ce projet source de vives polémiques dans le pays.

En attendant, 2 000 personnes se sont rassemblées à Tunis quelques heures après le discours de Béji Caïd Essebsi pour saluer une avancée pour l’égalité.

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Une manifestation qui répond à celle qui s’est tenue samedi 11 août, également à Tunis, qui avait rassemblé près de 5 000 opposants aux propositions progressistes de la " Colibe ".

Magazine Marianne