Trump-Biden : un dernier débat pour rien

, par  DMigneau , popularité : 0%

Trump-Biden : un dernier débat pour rien

MARIO TAMA / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP

A moins de deux semaines de l’élection présidentielle du 3 novembre, le dernier débat télévisé entre le candidat " Républicain " et son rival " Démocrate " n’aura probablement pas sensiblement modifié le rapport de force, nettement en faveur de Joe Biden.

" Joe (…) va détruire l’industrie pétrolière. "

La remarque est arrivée en toute fin du dernier débat télévisé ayant opposé hier jeudi le président Donald Trump à son rival " Démocrate " mais elle ne passera sans doute pas inaperçue.

En particulier en Pennsylvanie, l’un des états clés de la présidentielle américaine du 3 novembre prochain. La fracturation hydraulique y a notamment permis d’augmenter, localement, la production de gaz et de pétrole. Or, si Joe Biden et " la gauche " arrivent au pouvoir, ce sera sa fin, affirme Donald Trump.

" Un désastre économique ", prédit-il.

Dans sa " ligne de mire ", le " plan Biden " : 2 000 milliards de dollars sur dix ans pour parvenir à la " neutralité carbone " en 2050.

Et Donald Trump d’insister, pas peu fier : " C’est le bon moment maintenant pour parler de la fracturation hydraulique non ? " Ce sera son meilleur coup au cours du débat organisé à Nashville, dans le Tennessee.

Distancié de presque dix points dans les sondages41 % d’intentions de vote), le président avait besoin de créer un sursaut, une étincelle après une première prestation très critiquée pour ses interruptions incessantes, tous azimuts.

Cette " étincelle " n’a pas eu lieu et le compte risque de ne pas être bon. Les " Républicains " ont besoin de beaucoup plus que la Pennsylvanie pour remporter l’élection présidentielle. Et aussi parce qu’en face, Joe Biden s’est montré combatif.

" Trump a fait mieux, mais Biden était meilleur aussi ", estime Josh Marshall, à la tête de " Talking Points Memo ", un site (de " gauche ") spécialisé en politique.

" Trump avait besoin de renverser le match, il ne l’a pas fait. "

Un débat presque normal

De fait, les Américains ont assisté à un débat presque " normal ", apaisé, selon les commentateurs des chaînes télé américaines, à l’instar de CNN.

Tout était d’ailleurs prévu pour empêcher les dérapages intempestifs, y compris de couper les microphones des candidats si nécessaire.

" Normal " vraiment ?

En réalité, ce fût une une répétition plus policée du premier mais avec néanmoins un président multipliant les attaques contre son rival.

Outre l’environnement - Trump espère que le " plan Biden " aliènera les " centristes " et les " Républicains " modérés - le milliardaire n’a cessé de charger la famille Biden, en l’occurrence le fils (Hunter) : le président l’accuse d’avoir tenté de monnayer l’influence de son père auprès d’une compagnie gazière ukrainienne.

Des accusations déjà anciennes, non prouvées jusqu’à présent mais reprises récemment dans le tabloïd " New York Post ".

Evidemment Trump s’est retrouvé nettement moins à l’aise dès qu’il a été question de la pandémie du " Covid-19 " et de sa gestion très particulière.

Sur un ton pédagogue, Biden n’a eu qu’à souligner quelques réalités dévastatrices. Plus de 220 000 Américains déjà morts, 700 personnes décédées par jour en moyenne, un taux élevé et constant.

D’autant plus inquiétant qu’une " troisième vague " semble se confirmer outre-Atlantique : 5 000 nouveaux cas observés par jour, depuis le début du mois d’août.

Parmi les états les plus touchés actuellement, ceux du Midwest, autour des " Grands Lacs " à la frontière avec le Canada. Une région industrielle en déclin, la " ceinture de rouille ", précisément conquise par Donald Trump en 2016.

La fragilité des ménages américains

Pour Trump, le terrain est d’autant plus " glissant " que selon les estimations, un ménage sur cinq aux États-Unis (20 %) déclare être incapable d’obtenir des soins médicaux pour des problèmes graves.

Ce que n’a pas manqué de souligner Joe Biden.

" Les gens ont le droit d’avoir une assurance santé, un point c’est tout ", a-t-il balayé, en regardant la caméra et les téléspectateurs " droit dans les yeux ", sachant que beaucoup se demandent comment ils feraient s’ils venaient à " tomber malades ", sans assurance ni " filet de protection ".

Cinquante quatre millions de personnes (1 Américain sur 6) pourraient souffrir " d’insécurité alimentaire " en 2020, dont 18 millions d’enfants.

Donald Trump estime les avoir protégés autant que l’état fédéral pouvait le faire. Les Américains ont eu plein de " masques, de gants, et de lunettes de protection ", s’est-il défendu, soulignant l’effort plus particulier en direction des " Noirs " et des " Hispaniques ".

Qu’en sera-t-il d’ailleurs du vote des minorités dans une période encore marquée par les tensions liées au meurtre de George Floyd le 25 mai 2020 ?

Trump rechigne toujours à condamner le suprémacisme blanc. N’a-t-il pas vanté il y a quelques jours encore, en meeting, les « gènes » blancs des électeurs blancs du Minnesota dans un eugénisme dangereux ?

Troisième grande séquence de ce dernier débat, la " question raciale ", ne lui aura pas plus permis de " rebattre les cartes ".

" Je suis la personne la moins raciste dans la pièce ", s’est-il emporté. Aussitôt raillé par Joe Biden, le décrivant ironiquement comme une " espèce d’Abraham Lincoln (le président ayant abolit l’esclavage ) qui traite les Mexicains de violeurs et qui interdit aux musulmans d’entrer sur le territoire américain parce qu’ils sont musulman »

Un " sans cœur ", a insisté Biden, qui sépare les enfants de leurs parents à la frontière…

" Mais ils sont dans des centres de détention très propres  », a argumenté Donald Trump. Sans vraiment convaincre, à douze jours de la présidentielle.

Patricia NEVES

Marianne