Troisième confinement : Macron temporise sous pression du MEDEF et de la droite

, par  DMigneau , popularité : 0%

Troisième confinement : Macron temporise sous pression du MEDEF et de la droite

Crédits photos : © MARTIN BUREAU © 2019 AFP

Depuis une semaine, « l’Exécutif » est en proie aux doutes quant à la mise en œuvre d’un troisième confinement. Après avoir préparé l’opinion publique à une nouvelle mise " sous cloche ", Macron semble temporiser, en l’absence des résultats d’indicateurs clés qui seront disponibles d’ici à mercredi.

Une indécision telle que Castex développait le matin même des " éléments de langage " indiquant un durcissement des mesures imminent, en somme un troisième confinement. Soit l’illustration de la tension maximale qui règne au sein de « l’exécutif », sous pression du " Grand patronat " et de la droite.

Variants, pénurie de vaccins, saturation des hôpitaux : la nécessité d’un confinement préventif ?

Depuis la semaine dernière, la crise sanitaire s’est approfondie à l’échelle mondiale. La propagation des nouveaux variants du " Covid " (sud-africain, puis britannique, puis américains et brésilien), ayant en commun d’être plus contagieux que la souche originale, inquiète au plus haut point en Europe, mais aussi aux États-Unis, au Japon ou encore en Nouvelle-Zélande.

Le « Royaume-Uni », où le variant britannique a trouvé un terrain particulièrement favorable à son développement vue l’absence de protocole sanitaire en place, la situation s’est soudainement emballée : avec un taux de contamination catastrophique, des hôpitaux saturés, et malgré un " re-confinement " le 4 janvier dernier, le chiffre record de 1 241 morts par jour en moyenne sur une semaine a été enregistré au 22 janvier.

Selon le président du " Conseil scientifique " qui appuie « l’Exécutif », le variant britannique pourrait être " l’équivalent d’une deuxième pandémie " suite à une hausse des contaminations, les médecins suspectent la présence du variant britannique.

Quoiqu’il en soit, les contaminations sont bel et bien en hausse par rapport à la période précédant les vacances de Noël, avec un plafond haut de 24 000 nouveaux cas enregistrés ce samedi en France alors que le seuil des 20 000 n’avait pas été franchi depuis le 23 novembre. Cette situation est particulièrement avancée dans les Alpes Maritimes, où les hospitalisations sont reparties à la hausse au point de provoquer une saturation des hôpitaux.

Sur`" RMC ", un infirmier à Cagnes-sur-Mer témoigne : " On n’a plus de place dans aucun hôpital. Dimanche, j’ai hospitalisé une patiente. Elle a le Covid, elle a 90 ans. Ils l’ont renvoyé à la maison. […] Oui, on trie. "

Selon " Santé Publique France ", vendredi, 90 % des lits de réanimations étaient occupés par des malades.

Parallèlement, aucun moyen supplémentaire n’est investi dans le secteur de la santé, d’où la poursuite de la mobilisation des soignants malgré la réponse policière du gouvernement, comme à Toulouse la semaine dernière.

Si le ministre de la santé se félicite de voir atteinte la barre du million de doses de vaccins administrées en France (beaucoup moins en réalité si l’on compte les personnes réellement vaccinées par la première et la deuxième dose), l’objectif des 70 millions de personnes vaccinées pour fin août est largement remis en doute par les scientifiques, en particulier quand on sait que la compétition impérialiste pour l’achat des doses ainsi que les difficultés logistiques conjuguées à l’impréparation du gouvernement continuent d’entraver la possibilité d’une campagne sanitaire efficace en France et à l’échelle mondiale.

" Il va nous falloir du temps, beaucoup de temps. D’ici la fin de l’été, on aura vacciné 40 % de la population française, pas plus. ", affirme le président du " Conseil scientifique " d’après " Le Monde ".

Dans ces circonstances, et à l’orée d’une situation sanitaire incontrôlée résultant de l’échec de la stratégie du gouvernement, la nécessité d’un " re-confinement " préventif apparaît comme une évidence pour celles et ceux dont la priorité reste de sauver la vie de milliers de personnes qui pourraient succomber du virus et du manque de moyen dans les hôpitaux.

C’est le cas notamment des scientifiques, qui analysent l’évolution du " Covid " et sa propagation. L’infectiologue Éric Caumes a ainsi plaidé, étant données la situation actuelle, pour un confinement court mais strict : " Il vaut mieux confiner de manière sévère pendant trois semaines qu’avoir un confinement mou pendant des mois. "

Le président du " Conseil scientifique " est également très clair : " Si nous continuons sans rien faire de plus, nous serons dans une situation extrêmement difficile dès la mi-mars ", a-t-il alerté, persuadé que " les variants sont en train de changer la donne depuis trois semaines ". C’est ce constat qui avait poussé le gouvernement à communiquer sur la mise en place d’un troisième confinement dans les prochains jours, dans les colonnes du " Journal du Dimanche ".

Macron temporise, sous pression du " MEDEF " et de la droite

Mais ce lundi, Macron temporise et laisse apparaître un « Exécutif » divisé sur la question des modalités de potentielles nouvelles restrictions sanitaires. Selon " BFMTV ", Macron " veut prendre son temps " et ne fera pas d’annonces dans les jours à venir, ce qui laisse penser que la population ne sera pas " re-confinée " cette semaine. Néanmoins, un " Conseil de défense " aura lieu mercredi, durant lequel des analyses concernant les effets du couvre-feu à 18h00 et la diffusion des variants seront discutées dans le but de déterminer la suite.

Ce revirement, après que le gouvernement ait déchaîné la chronique quant à l’imminence d’un " re-confinement ", semble exprimer les pressions exercées par le " Grand patronat " qui exige un confinement " made in MEDEF ", ainsi que par la droite qui affirme la nécessité d’y aller " étape par étape " en veillant à mesurer pleinement chacune des mesures prises comme le couvre-feu à 18h00.

La crainte du gouvernement ?

Que la mise en œuvre du confinement ne soit pas suffisamment justifiée au sein de l’opinion, qui approuve de moins en moins les mesures de confinement, affublée de mesures de contrôles liberticides. Une " ligne de crête " pour le gouvernement, qui craint fortement que la droite ne capitalise en cas de confinement trop précoce qui aurait un impact sur l’économie.

En effet, d’un côté, le « patronat » ainsi que les parti politiques de droite et « d’extrême-droite » qui le soutiennent, ont affirmé leur opposition à un reconfinement strict comme celui de mars dernier, craignant de voir leurs intérêts menacés par un nouveau ralentissement de l’économie. C’est notamment la position du " Rassemblement National ", avec une Marine Le Pen qui plaide contre les mesures de confinement et répète inlassablement que la fermeture des frontières serait la solution à tous nos problèmes.

Particulièrement actif, son ex-conseiller Florian Philippot a même appelé à rendre le confinement" anticonstitutionnel " selon " La Dépêche ". Sans surprise, le patron du " Medef " - Geoffroy Roux de Bezieux - ainsi que l’organisation des « Chambres du Commerce d’Industrie » s’accordent également contre la mise en place d’un confinement préventif en plaidant pour le maintien de " l’ouverture des commerces ", militant pour un confinement " made in MEDEF " jusqu’au bout.

D’un autre côté, le gouvernement se doit également d’être attentif aux critiques qui lui sont faites sur " sa gauche ", une colère importante risquant de gagner de larges secteurs de la population en cas de " re-confinement "du fait du caractère liberticide des mesures qui se sont succédées depuis bientôt un an, depuis le confinement strict du printemps dernier jusqu’au couvre-feu dont l’efficacité reste à prouver, et alors même qu’aucun moyen n’est investi dans la santé publique.

D’après un sondage récent des " Echos ", la population reste majoritairement opposée à la mise en place d’un nouveau confinement. Ainsi, comme le souligne " Le Monde ", la recherche du consentement de la population est au cœur des préoccupations de « l’Exécutif » : " Le gouvernement doit prendre la mesure d’un confinement au moment où l’opinion peut l’accepter. Pas avant. S’il y a une flambée, on est légitime pour protéger le pays ; s’il n’y a pas de flambée, le risque est grand que les gens ne l’acceptent pas ", souligne l’entourage d’Olivier Véran. « La population est déjà à bout de nerfs », s’inquiète un proche d’Emmanuel Macron.

Ce sont ces secteurs opposés au confinement qu’entend représenter Jean-Luc Mélenchon, dénonçant les mesures liberticides du gouvernement mais affirmant dans le même temps que " nous devons apprendre à vivre avec le virus ", sans proposer d’alternative à l’impasse sanitaire que nous promet le gouvernement en cherchant à sauver " coûte que coûte " les profits des capitalistes ; une position extrêmement floue qui résonne avec celle des plus ambiguës qu’il a développée sur la question du vaccin.

Ainsi, bien qu’il semble inéluctable, le scénario d’un troisième confinement, aux modalités à définir mais laissant a priori les écoles ouvertes, est suspendu en attendant les résultats d’indicateurs qui arriveront au milieu de la semaine. Mais on peut au moins être sûr d’une chose, c’est que l’économie sera une déterminante majeure dans les modalités de confinement à venir.

Gabriella MANOUCHKI

revolutionpermanente.fr