Toujours fâchée, " la France Insoumise " règle ses comptes avec le reste de la gauche

, par  DMigneau , popularité : 0%

Toujours fâchée, " la France Insoumise " règle ses comptes avec le reste de la gauche

Jean-Luc Mélenchon est arrivé troisième au premier tour de l’élection présidentielle, le 10 avril, avec 22% des voix. Emmanuel DUNAND / AFP

Forte de ses 22 % au premier tour de la présidentielle, " la France insoumise " entend imposer sa loi aux autres partis " de gauche " lors des négociations en vue des législatives. Et n’hésite pas à claquer la porte au nez du PS, exclu de toutes discussions.

" La suffisance n’exclut pas le talent, mais elle le compromet ".

Sans doute que les " Insoumis " devraient avoir en tête cette maxime de Louis de Bonald. Depuis leur score à la présidentielle (21,95 %), les lieutenants de Jean-Luc Mélenchon préparent les législatives à venir, invitant à la table des négociations " toutes les forces de gauche " représentées au scrutin suprême.

Toutes ?

Non, les " socialistes " ont été exclus des discussions, comme l’explique Mathilde Panot, présidente du groupe " La France insoumise " (LFI) à « l’Assemblée nationale » dans les colonnes du " Journal du dimanche ".

" Le PS a été très clair , estime la députée du Val-de-Marne. Anne Hidalgo ne voulait rien construire avec nous. Nous avons pris acte de ses attaques et de son refus à tirer un bilan lucide du quinquennat de François Hollande. Dans les dernières semaines de campagne, Jean-Luc Mélenchon était devenu l’ennemi numéro un. Pendant ce temps, elle ne disait rien sur Marine Le Pen ou sur Emmanuel Macron. Il n’y aura donc pas de discussions, et ce refus est définitif. "

PAS " DE FLAGELLATION PUBLIQUE "

Mathilde Panot oppose ainsi une " fin de non-recevoir " à la main tendue, le 16 avril dans " Libération ", par le premier secrétaire du Parti " socialiste ", Olivier Faure, lequel appelait à " passer par-dessus les rancœurs " en vue des législatives. Une réaction " insoumise " perçue comme " une claque dans la gueule " par certains cadres " socialistes ", comme le rapporte BFMTV.

Que les " Insoumis " mettent de côté le parti " à la rose " et ses 1,75 % à la présidentielle, soit. Mais Mathilde Panot va plus loin puisqu’elle conditionne les discussions avec " les Verts " et les " communistes " aux excus…, enfin aux " explications " de leurs candidats respectifs, Yannick Jadot et Fabien Roussel, pour les discours tenus pendant la campagne : " Jadot et Roussel doivent rendre des comptes à propos de leurs nombreuses attaques envers Mélenchon, c’est un préalable. "

Pas " un exercice de flagellation publique " – ouf ! – " mais ils nous doivent des explications ", cingle l’élue.

Ces exigences sont partagées en interne : des cadres du parti sont allés jusqu’à envoyer des courriers d’appel au rassemblement, différents en fonction de leurs anciens adversaires " de gauche ". Ainsi, « celui à l’attention du NPA [" Nouveau Parti anticapitaliste "] est sensiblement différent (leur candidat Philippe Poutou n’a pas mené le même genre de campagne que les deux autres) », écrit la députée de Paris Danièle Obono sur " Twitter ".

https://twitter.com/Deputee_Obono/status/1514873465848877057?ref_src=twsrc%5Etfw%7Ctwcamp%5Etweetembed%7Ctwterm%5E1514881747204333571%7Ctwgr%5E%7Ctwcon%5Es2_&ref_url=https%3A%2F%2Fwww.marianne.net%2Fpolitique%2Fmelenchon%2Ftoujours-fachee-la-france-insoumise-regle-ses-comptes-avec-le-reste-de-la-gauche

Et pour cause : les missives adressées à EELV et au PC, signées Adrien Quatennens, Mathilde Panot, Aurélie Trouvé et Manuel Bompard, comportent trois paragraphes supplémentaires où les reproches pleuvent : des relations " lourdement dégradées pendant cette campagne ", des " accusations souvent blessantes ", l’exclusion « de toute liste commune y compris face au " Rassemblement national " en région PACA  » lors des régionales de juin…

RANCŒUR

" Dès lors, un arrangement de dernière minute pour de simples soucis de sauvetage électoral d’organisations serait incompris et démoralisant pour le grand nombre que la politique politicienne exaspère et désespère ", tancent les auteurs.

Magnanimes, ils consentent toutefois à continuer leur " travail de construction d’une majorité " et " à partager cet effort, sans volonté hégémonique ni exigence de ralliement ", avec leurs anciens adversaires.

Même si Mathilde Panot, toujours dans son entretien au " JDD ", précise que « puisque [" la France insoumise " est arrivée, N.D.L.R.] largement en tête de la gauche, les discussions avec EELV, le PCF et le NPA doivent se faire autour de " l’Avenir en commun " [le programme porté par Jean-Luc Mélenchon] ».

Autre signe que la rancœur " Insoumise " semble bien ancrée, ce " tweet " de la députée Danièle Obono qui liste les différents angles d’attaque brassés dans le reste de la gauche à l’encontre du mouvement " mélenchoniste " pendant la campagne présidentielle :

https://twitter.com/Deputee_Obono/status/1514358480903229444?ref_src=twsrc%5Etfw%7Ctwcamp%5Etweetembed%7Ctwterm%5E1514358480903229444%7Ctwgr%5E%7Ctwcon%5Es1_&ref_url=https%3A%2F%2Fwww.marianne.net%2Fpolitique%2Fmelenchon%2Ftoujours-fachee-la-france-insoumise-regle-ses-comptes-avec-le-reste-de-la-gauche

Au point d’oublier que si certains électeurs ont préféré un autre candidat de gauche au " vote utile " Mélenchon, c’est peut-être parce qu’ils trouvaient ces critiques fondées

D’autres représentants " Insoumis " semblent cependant davantage disposés à l’autocritique. Ainsi, le député picard François Ruffin rappelle dans un entretien à " Libération ", que « les " fâchés pas fachos " ne se tournent pas vers [LFI] » dans les campagnes populaires.

« Pour les quartiers populaires, ça fait des mois, voire des années, qu’on leur parle, avec des thématiques où ils se reconnaissent, parfois clivantes, comme la police par exemple, rappelle le député de la Somme. Les campagnes populaires exigent le même effort, et en vérité, peut-être dix fois plus d’efforts, pour dix fois moins de rendement, parce que l’habitat y est éclaté, parce qu’un vote Le Pen s’y est ancré. C’est pour moi un objectif électoral, mais aussi moral : on ne peut pas les abandonner au " Rassemblement national ". On ne peut pas, par une ruse de l’Histoire, laisser triompher la logique de " Terra Nova " ».

En 2011, ce " think tank ", proche du Parti " socialiste ", proposait une stratégie électorale tout en cynisme : réduire l’électorat visé au triptyque " diplômés-jeunes-minorités ".

Laissant de fait ouvriers et employés dans le giron du " FN ".

Lou FRITEL

Marianne.fr