Tchad. Le régime réprime les manifestations contre la junte militaire et l’impérialisme français

, par  DMigneau , popularité : 0%

Tchad. Le régime réprime les manifestations contre la junte militaire et l’impérialisme français

Crédit photo : AFP

Samedi 14 mai à l’appel du mouvement d’opposition " Wakit Tama ", des centaines de manifestants et de lycéens sont descendus dans les rues de N’Djamena pour protester contre « l’impérialisme français » et son soutien de la " junte militaire " tchadienne.

Depuis, les principaux leaders politiques du mouvement et 17 mineurs sont en détention. Une répression révélatrice d’un gouvernement tchadien qui défend ses propres intérêts et ceux de l’ancienne puissance colonisatrice.

De nouvelles mobilisations contre la " Françafrique " au Tchad

Le samedi 14 mai à l’appel du mouvement " Wakit Tama " (" L’heure a sonné ") qui rassemble plusieurs organisations des « droits de l’Homme » ainsi que des partis d’opposition au régime " de transition militaire ", plusieurs centaines de manifestants se sont réunis à N’Djamena pour dénoncer le soutien inconditionnel de la France à la " junte militaire ".

A la sortie de l’école de nombreux lycéens ont rejoint la mobilisation exprimant leur colère contre « l’impérialisme français » à travers des slogans tels que " France dégage " ou encore " La France, la voleuse ".

Des drapeaux français ont été brûlés et sept stations essence " Total " ont été vandalisées. Dans un contexte de " flambée des prix " et notamment de l’essence, " Total " apparaît comme le symbole de la présence française en Afrique et de l’augmentation du coût de la vie.

Ces nouvelles mobilisations rappellent celles qui avaient déjà eu lieu dans le pays il y a moins d’un an à la mort du dictateur Déby. La police tchadienne n’en est pas à ses débuts et continue " main dans la main " avec le gouvernement " de transition militaire " de violemment réprimer les jeunes mais aussi les leaders politiques du mouvement " Waki Tama ".

En effet, ces nouvelles mobilisations s’inscrivent dans un contexte où une partie importante des classes populaires tchadiennes et de la jeunesse affirmait déjà il y a un an, à la mort du dictateur Idriss Déby leur refus de la " junte militaire " couplé d’une dénonciation de « l’impérialisme français ».

En effet, la France soutient expressément à travers Macron le gouvernement dit de " transition militaire " du fils du président, Mahamat Idriss Déby Itno alors que son père avait dirigé le Tchad d’une main de fer pendant plus de 30 ans.

Le nouveau président du Tchad avait promis dans la plus grande hypocrisie d’organiser des élections libres et démocratiques dans les 18 mois suivants la mort de son père.

Pourtant, selon Demba Karyom, militante de " l’Union Syndicale du Tchad ", le gouvernement tchadien refuse à l’heure actuelle d’ouvrir les négociations avec les groupes d’opposition sans aucune raison et, dans le contexte de la crise avec le Mali il a permis à la France de redéployer des militaires français dans au moins 5 villes au Tchad.

Dans ce contexte, l’appel du 14 mai avait pour objectif de dénoncer les intérêts de l’ancienne puissance colonisatrice qui soutient la junte pour maintenir ses intérêts militaires et économiques dans le pays et plus largement dans la région.

Une répression politique d’ampleur

Depuis samedi et à la suite de ces manifestations, c’est une répression politique d’ampleur qui s’abat sur les leaders du mouvement " Wakit Tama ", mais aussi sur les jeunes lycéens présents lors des mobilisations.

Ce sont au moins 5 leaders qui ont été mis en détention à la maison d’arrêt de Klessoum à Ndjamena. Parmi eux, le secrétaire général de " l’Union des Syndicats du Tchad ", Gounoung Vaima Gan-Fare ou encore, Koudé Mbainassem, président de " l’Association pour la Liberté d’expression ".

De plus, selon Dobian Assingar, membre de la " Ligue Tchadienne des Droits de l’Homme ", Me Max Loalngar, porte-parole de " Wakit Tama ", ancien président de la " Ligue Tchadienne des droits de l’Homme ", a été enlevé par la police tchadienne et personne ne sait encore où il se trouve à l’heure actuelle.

Cette répression politique sanglante des leaders politiques du mouvement se couple d’une répression de la jeunesse avec au moins 17 mineurs qui ont été arrêtés et qui seront jugés à la suite des manifestations de samedi.

Au total, il y aurait entre 25 et 30 personnes en détention.

Depuis leurs arrestations, les rassemblements pour exiger la libération des détenus se multiplient et sont réprimés par la police faisant même plusieurs blessés notamment un jeune ayant perdu son bras à la suite de jets par la police de gaz lacrymogène.

Cette répression politique d’ampleur montre une nouvelle fois que le gouvernement tchadien cherche à se protéger et à protéger les intérêts de la France dans l’un de ses " pré carrés " historiques en voulant faire taire toute opposition au déploiement des militaires sur le sol tchadien et toute dénonciation du soutien de la France à la " junte militaire ".

En ce sens, l’indépendance du Tchad et la possibilité pour les classes populaires de décider d’elles-mêmes de leur sort ne se fera pas par des négociations avec « l’impérialisme français » ni même en maintenant l’illusion d’une possible coalition avec un gouvernement tchadien qui réprime les manifestants et protège les intérêts de la France au Tchad.

Les manifestants et la jeunesse tchadienne ont à nouveau exprimé ce samedi 14 mai la nécessité d’ouvrir la voie à la véritable indépendance du Tchad, faisant face à la répression dont la France et la " junte militaire " sont responsables.

Contre la répression, la " junte militaire " et « l’impérialisme français », le mouvement ouvrier et la jeunesse française doivent affirmer leur soutien au peuple Tchadien et exiger la libération des prisonniers politiques !

Dehors la " Françafrique " !

Amira M

Revolutionpermanente.fr