Taxe d’habitation : la Macronie se prend son " #BalanceTonMaire " en pleine figure

, par  DMigneau , popularité : 0%

Taxe d’habitation : la Macronie se prend son " #BalanceTonMaire " en pleine figure

Encouragés par la pratique du " name and shame " de Bercy, des militants LREM s’en sont pris aux maires ayant décidé d’une augmentation de la taxe d’habitation dans leur commune. - Capture d’écran Twitter

Pour se défausser de tout rôle dans la hausse de la taxe d’habitation dans certaines communes, le gouvernement a volontairement pointé les maires du doigt et les militants LREM ont embrayé avec une campagne web aux airs de " dégagisme ". Le procédé est en train de se retourner contre eux.

C’est une stratégie de com’ a priori bien ficelée qui s’est retournée contre l’exécutif.

Face à la grogne d’une partie des contribuables surpris de voir que la baisse annoncée de 30 % de la taxe d’habitation n’était pas effective chez eux, l’exécutif a tout fait pour renvoyer la balle aux élus, notamment en rendant publics les taux de taxe d’habitation pratiqués dans chaque commune.

Puis la multiplication de virulents messages de la part de militants LREM sous le hashtag " BalanceTonMaire " a provoqué la fureur de l’opposition et des élus locaux, poussant le parti majoritaire à s’en désolidariser.

Retour sur un " couac " qui devrait tendre encore un peu plus les relations entre l’exécutif et les collectivités locales, déjà fragilisées par les coupes budgétaires.

C’était une des mesures phares du programme d’Emmanuel Macron, censée favoriser le pouvoir d’achat des Français : la suppression de la taxe d’habitation pour 80 % des ménages.

Alors que pour 2018, 30 % de la taxe devaient être supprimés, de nombreux contribuables se sont étonnés en cette fin d’année sur les réseaux sociaux de voir leur taxe... augmenter. Et selon les informations du " Figaro ", opportunément récoltées auprès de Bercy, c’est 6 000 communes qui ont décidé d’augmenter leur taxe, soit près d’une sur six.

Très vite, le gouvernement a cherché à se dédouaner.

Le 11 octobre au soir, dans " Le Figaro ", le ministre de l’Action et des Comptes publics Gérald Darmanin souligne qu’il est " important que chacun sache à qui il doit les hausses et les baisses de fiscalité ".

Le même jour, le quotidien publie une infographie permettant de savoir si la taxe a augmenté " dans votre commune ", à partir d’un fichier " que le Figaro s’est procuré ". On comprend le lendemain, et alors que " le Parisien " publie lui aussi une liste des " 55 villes de plus de 10 000 habitants qui augmentent leur taux " que la source en question est le ministère de l’Economie, lui même, publiant sur son site l’intégralité des taux de la taxe d’habitation dans chaque commune depuis 2016.

Bercy réussit plutôt son coup : le regard est désormais porté sur les communes qui ont fait grimper la facture, et non le gouvernement.

Le hashtag de trop

Les choses commencent à déraper lorsque des militants LREM s’emparent de la publication de ces taux pour lancer le hashtag " #BalancetonMaire " sur " Twitter ".

Sur le modèle du " name and shame ", et avec des termes faisant davantage penser au grand " dégagisme " de Mélenchon qu’à la " start-up nation " de Macron, ils acculent les maires.

https://twitter.com/FillonJunior/status/1048249340567998464

https://twitter.com/NataliaEnMarche/status/1050782850730082305/photo/1

Des élus locaux pris pour cibles et qui ne se laisseront pas faire.

Dans un communiqué publié vendredi 12 octobre, « l’Association des maires de France » (AMF) dénonce " une campagne de dénigrement irresponsable ".

Cette campagne, ajoute l’AMF, " enclenchée par les groupes se réclamant du parti majoritaire autour du hashtag #BalancetonMaire, par référence à une campagne mondiale stigmatisant des délits ou des crimes, est vécue par les élus comme une insulte personnelle ".

L’association présidée par l’ancien ministre François Baroin appelle Emmanuel Macron et le gouvernement à " faire cesser cette séquence déplorable (...) qui nourrit un peu plus les populistes qu’il prétend combattre ", tout en pointant la " responsabilité majeure " du gouvernement et du parti majoritaire.

https://twitter.com/l_amf/status/1050747247653195776/photo/1

Baisse des moyens pour les collectivités

Selon l’AMF, " 85 % des communes n’ont pas augmenté leur taux de taxe d’habitation. Les 15 % qui l’ont fait n’ont pas été motivées par des considérations de politique nationale, mais par la recherche de financements nécessaires à l’accomplissement de leurs missions dans un contexte de baisse de leurs moyens ".

La grogne des élus tombe mal pour un Emmanuel Macron aux relations déjà " fraîches " avec les territoires. L’AMF rappelle d’ailleurs dans son communiqué que " l’État s’engage dans une impasse, aggrave la crise de confiance, déjà forte, avec les territoires et s’isole un peu plus des acteurs locaux ".

Une aubaine pour l’opposition, de droite comme de gauche.

La présidente de la Région Ile-de-France, Valérie Pécresse, s’est notamment dite " scandalisée " par le hashtag " #BalancetonMaire ". " Alors que l’État coupe les financements, que les maires sont de plus en plus nombreux à laisser tomber, assommés par la bureaucratie, les normes et les responsabilités, les clouer au pilori est vraiment obscène ", écrit la chef de file de " Libres ! ".

Le sénateur " socialiste " Patrick Kanner dénonce lui " une démarche qui fait honte à notre démocratie ".

Patrick Kanner

@PatrickKanner
La campagne #balancetonmaire est une démarche qui fait honte à notre démocratie. Elle fait souffler un vent de populisme et l’élu républicain que je suis ne peut le supporter. J’apporte tout mon soutien aux élus locaux qui œuvrent quotidiennement pour l’intérêt général. PK

10:25 AM - Oct 13, 2018
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Urgente prise de distance

Ultime solution pour le gouvernement et le parti majoritaire : tenter de calmer la fronde en prenant clairement leur distance avec la stratégie des militants.

" Je ne partage pas ce hashtag, ni la mise en cause, ni la comparaison plus que douteuse que cela traduit ", a affirmé samedi 13 octobre le secrétaire d’État auprès du ministre de l’Action et des Comptes publics, Olivier Dussopt, sur " Franceinfo ".

" Il n’y a pas de volonté de stigmatiser, par contre , il y a la volonté de montrer que le gouvernement tient sa promesse ".

De son côté, la vice-présidente du groupe LREM à l’Assemblée, Amélie de Montchalin, a assuré vendredi sur " Europe 1 ", qu’il n’y avait du côté de LREM " aucune chasse à l’homme, aucune chasse au maire ". " Ce #BalancetonMaire est totalement inadapté ", a-t-elle ajouté, tout en évoquant la volonté de " transparence " du gouvernement.

Pas sûr que les maires " passent l’éponge " si rapidement.

Antoine Terrel

Marianne