Sylvie Goulard malmenée par les eurodéputés : le risque réel d’un crash de Macron au Parlement européen

, par  DMigneau , popularité : 0%

Sylvie Goulard malmenée par les eurodéputés : le risque réel d’un crash de Macron au Parlement européen

Sylvie Goulard a été malmenée par les euridéputés. - Kenzo TRIBOUILLARD / AFP

Les " eurodéputés " ont refusé de confirmer Sylvie Goulard à son poste de " commissaire européenne ", ce mercredi 2 octobre. Elle devra passer une " session de rattrapage ", à l’écrit ou à l’oral. De quoi inquiéter Emmanuel Macron...

Sylvie Goulard a perdu la première manche.

Ce mercredi 2 octobre, la " commissaire européenne " française désignée au « marché intérieur » a essuyé des critiques venues de tous les groupes politiques du « Parlement européen », terminant son audition de candidature comme " groggy ".

Sentiment prémonitoire puisque dans la soirée, les « eurodéputés » ont fait savoir que sa candidature n’est pour l’heure pas validée.

L’énarque devra, dans un premier temps, répondre à de nouvelles questions écrites, afin éventuellement une nouvelle audition, cette fois à " quitte ou double ".

Dès le début de son " examen de passage ", Sylvie Goulard a joué de son plus bel atout : sa maîtrise parfaite de quatre langues, le Français, l’Anglais, l’Italien et l’Allemand.

Passant de l’une à l’autre sans effort, elle a impressionné. Et c’est bien le seul volet de l’audition qu’elle a paru maîtriser parfaitement, tant elle a été par ailleurs bousculée, sur sa vision de sa mission mais surtout sur " les affaires ".

Une question, puis deux, puis sept, huit, neuf ont porté sur l’ " éthique " et les deux " sparadraps " qui lui collent aujourd’hui à la peau.

L’affaire des assistants parlementaires du " MoDem ", d’abord.

Sylvie Goulard a paru peiner à s’expliquer sur son versement de 45 000 euros au « Parlement européen », afin de clore son contentieux avec l’institution dont elle a été membre de 2009 à 2017.

Elle a insisté sur le fait que cette transaction ne constituait en rien un aveu de culpabilité, tout juste le paiement d’un " indu ".

On n’en saura pas tellement plus, l’ex-ministre ajoutant simplement qu’il s’agissait d’ " une procédure amiable qui a duré plus longtemps que prévu ". En clair, la " haut-fonctionnaire " aurait permis à son ancien collaborateur de toucher un salaire alors qu’il ne travaillait plus pour elle.

Grands principes

Cette affaire l’ayant amenée à démissionner du gouvernement en juin 2017, plusieurs « eurodéputés » se sont empressés de pointer l’incohérence entre cette réaction et sa candidature actuelle.

Sylvie Goulard a mis en avant un " usage " français, précisant que " dans les institutions européennes, un tel usage n’existe pas ".

La distinction n’a pas convaincu les « eurodéputés », manifestement dépités que la candidate sous-entende que les standards éthiques sont moindres à l’échelle européenne.

De façon plus générale, la ligne de défense de l’ancienne ministre a consisté en un rappel de " grands principes " tels que " la présomption d’innocence " ou " la liberté d’entreprendre ".

Ce second principe a été évoqué à propos de " l’autre affaire " sur laquelle Sylvie Goulard a été mise en difficulté : son boulot " annexe " à plus de 10 000 euros par mois pendant trois ans pour " l’Institut Berggruen ", un " think tank " américain.

A l’époque, entre 2013 et début 2016, la candidate occupait le mandat pourtant prenant d’« eurodéputée »…

« Vous êtes une vraie vedette, vous arrivez à exercer deux emplois à plein temps », a ironisé une parlementaire de la « gauche unitaire européenne » (GUE).

" J’ai eu tort "

D’abord " droite dans ses bottes ", évoquant sa sensibilité " pro-européenne ", Sylvie Goulard a paru de plus en plus ébranlée au fil des questions.

Quand le Français Geoffroy Didier (LR) l’a interrogée sur d’éventuels regrets, la muraille a fini par se fissurer. " J’y ai vu certains aspects intéressants, y compris certains aspects pécuniaires personnels, et j’ai eu tort […] J’ai pu heurter des sensibilités, je le perçois mieux ", a-t-elle consenti à reconnaître.

Pas suffisant puisque les « eurodéputés » ont décidé de lui imposer une " session de rattrapage " sous la forme d’un questionnaire écrit, à renvoyer pour mardi.

Si les réponses de Sylvie Goulard paraissent toujours insuffisantes, une deuxième audition aura lieu, à l’issue de laquelle la candidate sera définitivement retenue ou refusée.

" Tout dépend si d’autres portefeuilles sont redécoupés "

Un refus définitif de la candidate française sonnerait comme un échec retentissant pour Emmanuel Macron.

Des tractations politiques vont donc prochainement s’ouvrir entre le groupe " Renew ", affilié au président français, les " sociaux-démocrates " et le PPE, qui réunit les principaux partis européens de droite, pour sauver la tête de leurs candidats respectifs.

Parmi les hypothèses, figure celle d’un " redécoupage " à la baisse du portefeuille de " l’aspirante-commissaire ". Une possibilité officiellement envisagée à Paris.

" Tout dépend si d’autres portefeuilles sont redécoupés ", confirme une source gouvernementale. Rien n’est encore acté, donc, mais Sylvie Goulard aurait probablement préféré s’éviter d’être à la merci d’un grand marchandage.

Étienne Girard

Marianne