Suppression de 4 600 emplois en France : " arrosé " par l’Etat, Renault liquide

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Suppression de 4 600 emplois en France : " arrosé " par l’Etat, Renault liquide

- Eric PIERMONT / AFP

L’Etat " se plie en quatre " pour aider Renault avec pour résultat... 4 600 emplois supprimés. « L’exécutif » se doit de réagir. Après le célèbre " l’Etat ne peut pas tout " signé Lionel Jospin, voici " l’Etat ne veut rien " d’Emmanuel Macron.

Hommage à Lionel Jospin.

En septembre 1999, confronté à un " plan social " massif chez " Michelin ", il confesse - face caméra - ne pas pouvoir s’opposer à la brutalité du " Bibendum " : « L’Etat ne peut pas tout ». Il s’incline devant le fait économique établi, il contresigne « l’acte de décès » du " volontarisme à la française ", il invalide le serment de la rose « changer la vie »…

Oui, mais il le dit sans faux-semblants, sans " enfumage ".

Jospin met au diapason son discours et ses pensées, certes désolantes ou défaitistes. L’ancien " trotskiste " colle la mutation idéologique de " la gauche " gestionnaire aux lois néolibérales de son temps.

Le " haut clergé " médiatique et politique de son camp ne lui reprochera d’ailleurs pas le fond de se pensée mais la forme de sa franchise.

Et aujourd’hui face à l’immense " plan social " de " Renault ", que répond « l’exécutif » ?

Presque l’inverse de Jospin.

Emmanuel Macron, Edouard Philippe ou Bruno Le Maire disent en substance : « L’Etat fait beaucoup de choses ». Il signe surtout beaucoup de chèques pour 8 milliards d’euros au total. Bercy, Matignon, L’Elysée garantissent des prêts - ou s’apprêtent à le faire éminemment - au bénéfice du constructeur, s’activent en coulisse pour bâtir des filières automobiles nouvelles et octroient des bonus aux consommateurs pour " faire tourner " des usines avec l’argent du contribuable.

ILLUSION DU VOLONTARISME

Mais pour quel résultat ?

Des " plans sociaux " massifs, des sites comme celui de Flins en danger et un terrible bilan productif. Sur les 2,2 millions de véhicules produits par " Renault ", seuls 382 600 sortent des chaînes françaises. Une production française de 17 % seulement.

Et, dans les gammes " berline " et " moyenne supérieure ", supposées devenir l’avenir des sites hexagonaux, la proportion « Made in France » ne dépasse pas les 20 % à partir des statistiques 2018 publiées par le « Comité des constructeurs français d’automobiles » (CCFA).

Evidemment, cet assèchement des « chaînes françaises » ne date pas d’hier, ni d’Emmanuel Macron, il remonte largement au patron précédent, Carlos Ghosn, auteur en 2003 d’un livre au titre évocateur, " Citoyen du Monde ". Mais « l’exécutif » continue dans une geste " gaullienne " à donner l’illusion du volontarisme, comme l’air du temps semble l’exiger.

A regarder les résultats du deal « Etat-Renault », le fléau de la balance penche clairement du côté obscur de la " force des Marchés ".

L’entourloupe « du bougisme d’Etat », sans résultat sur l’emploi automobile, apparaît dans sa vérité crue.

Jospin portait comme un fardeau son surmoi " marxisant " et, pour s’en délester, il versa dans le zèle libéral.

Le symétrique peut-elle fonctionner avec Macron ?

Parti " flamberge libérale " au vent, pourrait-il opérer une mue " interventionniste " ?

Vieille question – un peu théorique - posée finalement depuis le début des " Gilets jaunes " mais en l’espèce et, pour la première fois, elle se pose en des termes beaucoup plus concrets.

Pour une raison simple : « L’Etat » dispose de 15 % au capital de " Renault " et à ce titre revendique le rôle de " principal actionnaire ".

" L’heure de vérité " vient de sonner à l’horloge de l’Elysée. Comme les seules « forces du Marché » ne plaident pas pour les sites français, comme les dirigeants de la marque au losange ne feront pas spontanément du " patriotisme économique " même avec l’aide de la « puissance publique », alors seule une montée au capital de « l’Etat » peut contrarier le sombre destin de " Renault ".

Après tout, l’argent ne coute rien aujourd’hui au " Trésor public " (taux d’intérêt nul) et les cerbères de la « Commission européenne », gardiens de la " libre concurrence ", n’y trouveront rien à redire, tant les événements explosent leur dogme.

" Dirigisme ", diront certains ?

Pragmatisme répondront d’autres avec à l’appui l’exemple… des Etats-Unis.

Le " Trésor " américain remit en route le géant de l’automobile " General Motors " en 2009 avec une prise de participation majoritaire de 50 milliards. Elle sera vendue quatre ans plus tard, certes avec une moins-value de 10 milliards, mais avec la sauvegarde d’un million d’emplois.

D’un point de vue strictement " boursier ", le " Trésor " français pourrait, lui, empocher un gain, compte tenu des prix cassés aujourd’hui sur le marché : " Renault " vaut 6 milliards en " Bourse " contre quatre fois plus trois ans auparavant.

Faire du Obama avec une prime financière !

Franck Dedieu

Marianne