Souveraineté et progrès social

, par  DMigneau , popularité : 69%

Souveraineté et progrès social

Serions-nous enfin en train de sortir de décennies d’hypocrisie à propos de la « construction européenne » ? Ce n’est pas que les dirigeants de Bruxelles le souhaitent, mais les réalités finissent par s’imposer. Suivant une formule consacrée : « On peut tromper tout le monde un moment, on peut tromper une personne tout le temps, on ne peut pas tromper tout le monde tout le temps ».

Souvenons-nous des phrases que Jacques Delors, alors Président de la Commission européenne, prononçait avec vigueur. Selon lui, on devait faire d’abord l’Europe économique et " le social " suivrait, promis-juré.

Le temps passant, les règles économiques se sont imposées, la concurrence " libre et non faussée " est devenue le dogme suprême, mais rien de " social " n’a suivi.

Bien au contraire, la protection sociale s’est effritée, la « Cour de justice » de l’Union européenne volant, au rythme des arrêts " Viking ", " Laval ", etc., au secours des intérêts privés contre les intérêts des salariés. De façon plus qu’insidieuse, la logique de Jean Monnet s’imposait qui consistait, à petits pas, à détruire la souveraineté des peuples en même temps que celle des États, au nom de " l’efficacité ", cela va de soi.

L’intervention récente de Pierre Moscovici, le mercredi 17 janvier, à la Commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale a eu le mérite de clarifier encore plus la " logique " bruxelloise. Chacun sait que le « commissaire européen » souhaite une " harmonisation " économique et fiscale de l’Union mais, au lieu de déclarer " d’entrée de jeu ", comme le font d’ordinaire les " européistes " les plus farouches, qu’il faut aller vers le fédéralisme, il se borne à regretter que les institutions ne permettent pas cette harmonisation tant que la règle de l’unanimité continue de prévaloir.

S’en inquiétant, du moins en apparence, il laisse sous-entendre que le « progrès social » en dépend.

Il faut reconnaître à ce discours d’apparence plus modeste qu’à l’habitude, une certaine habileté.

Car dit-il autre chose que Jacques Delors ?

S’il reconnaît que le fédéralisme semble plus difficile qu’on ne le pensait, il continue de proclamer qu’il est la condition nécessaire à une " harmonisation ".

Laquelle ?

Celles des traités type CETA ou TAFTA, bien peu démocratiques et pas du tout sociaux ?

Celle des règles économiques et, en particulier, fiscales souhaitées par pas mal d’investisseurs ?

Celles des « garanties sociales » ?

Rien n’est moins sûr car la souveraineté populaire a toujours été nécessaire au progrès social.

André Bellon,

Ancien Président de la Commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale

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