Soupçons d’emplois fictifs : pour François Fillon, l’audition de la dernière chance

, par  DMigneau , popularité : 0%

Soupçons d’emplois fictifs : pour François Fillon, l’audition de la dernière chance

Photo Thomas COEX / AFP

L’ancien « Premier ministre » va s’expliquer ce lundi devant la « Cour d’appel » de Paris. Lui qui plaide la relaxe, espère convaincre les magistrats de la réalité du travail de son épouse, à ses côtés et à ceux de son suppléant Marc Joulaud.

" Mission impossible " ou " Casino Royale " ?

Il y a chez eux quelque chose en rapport avec l’idée que l’on se fait des personnages de " l’Ancien régime ". Une élégance naturelle, sans ostentation. Un léger sentiment de supériorité qui introduit une petite distance. Une politesse délicate à la limite de la condescendance.

Mais surtout, un dégoût immédiat et viscéral à l’évocation des questions d’argent. Comme si devoir s’étendre sur leurs revenus avait quelque chose de " bassement matériel ". Il n’est pourtant question que de ça dans cette affaire qui met les époux Fillon au supplice, cette enquête qui a provoqué sa vertigineuse chute et qui vaut à ce couple " anti-people " de se retrouver sur les bancs de la « Cour d’appel » de Paris.

" François s’occupait des comptes familiaux ", admet Penelope Fillon, laconique sur ces sujets " d’intendance ". Il y a dans le dossier, et sans rapport avec les quatre emplois fictifs qui sont reprochés à l’épouse de l’ancien « Premier ministre », une sorte de " volet de détail ".

Le président Reygrobellet " est bien obligé " - comme il a l’air de s’en excuser - de " le mettre dans le débat pour vous permettre de réagir ", dit-il aux prévenus.

Employés comme " assistants parlementaires " au Sénat auprès de leur père, deux des cinq enfants Fillon, Marie et Charles, ont - selon le dossier d’accusation - " restitué " à leurs parents une partie des fonds perçus. Comme si cet argent versé par le Sénat appartenait davantage à la " famille " qu’aux enfants en récompense de leur travail.

Durant l’enquête, Marie Fillon a admis un " remboursement des frais de son mariage ".

Charles une " participation ".

" Oui, il s’agissait de solidarité familiale ", se défend à la barre, comme au supplice, Penelope Fillon, à l’évidence bien loin de ces questions " matérielles "…

" Ces 5 ans durant lesquels personne n’a rien compris "

Mais François Fillon trépigne sur son siège et le président de la « Cour » l’a remarqué.

En fin d’audience, ce mercredi 17 novembre, François Reygrobellet propose à l’ancien « Premier ministre » de venir sommairement s’expliquer sur ce volet " secondaire ".

" Je vous ai vu très soucieux d’intervenir ", glisse le magistrat.

D’un bond, François Fillon rejoint la barre.

" Vous avez parfaitement vu, M. le président ".

L’ancien chef du gouvernement veut en finir avec ce qu’il considère comme un des malentendus du dossier d’instruction, qu’il résume d’une phrase : " Ces 5 ans durant lesquels personne n’a rien compris ".

François Fillon explique que " comme tous les Français ", il a ouvert des " comptes épargne " au nom de ses enfants.

« Tout le monde sait que les comptes épargne sont " plafonnés ", et que quand les plafonds étaient atteints, je faisais moi-même des transferts… On a dit que c’était l’argent de mes enfants, mais pas du tout ! Pas un centime de ces comptes d’épargne n’a été fourni par mes enfants. »

Le président Reygrobellet demande à la greffière d’en prendre bonne note. Un instant, les explications de François Fillon ont l’air à la fois simples et compréhensibles.

Mais alors pourquoi ses enfants ont-ils évoqué des " remboursements " durant l’enquête, et surtout pourquoi son épouse Penelope vient d’admettre, au même micro, que sa fille Marie voulait participer aux frais de son mariage… ?

À l’image de cet épisode " secondaire " du dossier, il y a depuis le début chez les Fillon une défense semblant improvisée qui accumule maladresses et incohérences. Une défense de " tristes coupables ", estime l’accusation.

Une parfaite défense d’innocent, plaideront ses avocats.

Ce lundi 22 novembre, François Fillon va devoir s’expliquer longuement devant la « Cour d’appel ». Pour celui qui plaide une relaxe, c’est l’audition de la dernière chance. Les magistrats vont passer en revue les quatre emplois fictifs présumés reprochés à son épouse et qu’il est supposé avoir " orchestré ".

Le premier, auprès de lui, à « l’Assemblée », en 1998, au lendemain de la dissolution ratée. François Fillon a toujours affirmé avoir embauché son épouse comme " assistante parlementaire ", en charge des " questions locales " de la Sarthe.

Le deuxième emploi, en 2002, quand il entre au gouvernement, est celui de Penelope Fillon auprès du nouveau député Marc Joulaud. Augmentée de 4 000 à 6 000 euros mensuels, Mme Fillon est censée " assister " le suppléant de son mari dans la Sarthe tout en habitant Paris

" Choquée et déçue "

Le troisième emploi litigieux date de 2012, quand Penelope Fillon redevient " assistante parlementaire " de son mari devenu député de Paris après la victoire de François Hollande.

Selon les dernières explications de Penelope Fillon devant la « Cour d’appel », sa mission était de " préparer le terrain ", d’un futur retour dans la Sarthe en 2017

Le quatrième emploi concerne " l’embauche " de Penelope Fillon à la " Revue des deux mondes ", négociée avec le propriétaire du titre, le milliardaire et mécène Marc Ladreit de Lacharrière.

Pour échapper à un procès, ce dernier a plaidé " coupable ", accablé les époux Fillon et écopé d’une peine de sursis et d’amende

À la barre, Penelope Fillon a admis avoir été " un peu surprise " de cette reconnaissance de culpabilité. Elle en a été " profondément choquée et déçue ", a-t-elle ajouté, sans se départir de son calme.

François Fillon, ce lundi, aura l’occasion de s’expliquer.

L’ancien « Premier ministre » joue gros. Il doit remonter la pente des deux ans de prison ferme infligés en " première instance " et dix ans d’inéligibilité, avec près de deux millions d’euros d’amendes et de remboursements...

Il doit remonter la pente de cette " présidentielle " perdue, lui qui a traversé les années " RPR " où tant et tant de valises de billets ont circulé, dans tant et tant d’affaires judiciaires, sans avoir été " accroché " avant ce mois de janvier 2017 dans la dernière " ligne droite " de ce qui devait être son triomphe...

Il doit remonter la pente de toutes ses protestations d’innocence devant les Français ; enfin, François Fillon doit remonter la pente de son honneur flétri, lui qui n’imaginait pas le général De Gaulle ne serait-ce que " mis en examen "…

Laurent VALDIGUIE

Marianne.fr