Soudan : un " coup d’Etat " renverse Omar el-Béchir après 30 ans de règne

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Soudan : un " coup d’Etat " renverse Omar el-Béchir après 30 ans de règne

ASHRAF SHAZLY / AFP

Un " putsch " de l’armée a renversé le président soudanais Omar el-Béchir ce jeudi 11 avril. A la tête du pays depuis 1989, ce dernier est visé par deux mandats d’arrêt de la Cour pénale internationale pour " crimes de guerre " et " crimes contre l’humanité " au Darfour.

Le président Omar el-Béchir, à la tête du Soudan depuis 30 ans, a été renversé ce jeudi 11 avril par un " coup d’Etat " de l’armée après un soulèvement populaire et remplacé par un " Conseil militaire de transition " pour deux ans.

" J’annonce, en tant que ministre de la Défense, la chute du régime et le placement en détention dans un lieu sûr de son chef ", a déclaré dans une annonce à la télévision d’Etat Awad Ahmed Benawf, après une attente de plusieurs heures.

En plein marasme économique, le Soudan est le théâtre depuis le mois de décembre de manifestations déclenchées par la décision de tripler le prix du pain. La contestation s’est vite transformée en un mouvement réclamant la " chute " d’Omar el-Béchir, visé depuis une décennie par deux mandats d’arrêt de la « Cour pénale internationale » (CPI).

Tout au long de la matinée, une immense foule de Soudanais s’était encore rassemblée dans le centre de la capitale soudanaise, anticipant l’annonce de la destitution du président honni, âgé de 75 ans et au pouvoir depuis un coup d’Etat en 1989.

Depuis samedi, des milliers de manifestants réclamaient sans discontinuer, devant le QG de l’armée, le soutien des militaires. En tout, 49 personnes sont mortes dans des violences liées aux manifestations depuis que ces rassemblements ont débuté, de sources officielles.

CESSEZ-LE-FEU

A Khartoum, les meneurs du mouvement de protestation ont appelé en cours de journée la foule à " ne pas attaquer quiconque ou les biens gouvernementaux et privés ". " Quiconque fera ça sera puni par la loi. Notre révolution est pacifique, pacifique, pacifique ", a martelé " l’Alliance pour la liberté et le changement " dans un communiqué qui a, par ailleurs, rejeté le " coup d’Etat " de l’armée : « Le régime a mené un coup d’Etat militaire en présentant encore les mêmes visages (...) contre lesquels notre peuple s’est élevé (…). Nous appelons notre peuple à continuer son " sit-in " devant le quartier général de l’armée et à travers le pays ».

Le ministre de la Défense a annoncé la fermeture pour 24 heures de " l’espace aérien " et celle des frontières terrestres jusqu’à nouvel ordre.

Un « cessez-le-feu » a aussi été annoncé à travers tout le pays, notamment dans les Etats en proie aux rébellions comme le Darfour (ouest), région meurtrie par les violences. Peu avant ces annonces, le puissant service de renseignement au Soudan (NISS), " fer de lance " de la répression des manifestations, avait fait état de la libération de tous les prisonniers politiques du pays, selon l’agence officielle " Suna ".

En 2009, la « Cour pénale internationale » (CPI), basée à La Haye, a lancé un mandat d’arrêt contre Omar el-Béchir pour " crimes de guerre " et " crimes contre l’humanité " au Darfour, avant d’ajouter en 2010 l’accusation de " génocide ".

Le conflit au Darfour a fait plus de 300 000 morts et 2,5 millions de déplacés, selon l’ONU.

Magazine Marianne