Sommet " Trump/ Kim Jong-un "

, par  DMigneau , popularité : 69%

Sommet " Trump/ Kim Jong-un "

Aussi subite qu’inespérée du moins pour les amoureux de la paix, l’annonce par des émissaires de la Corée du Sud de la rencontre programmée en mai entre Kim Jong-un et Donald Trump est revendiquée par les deux camps comme une victoire.

Cette nouvelle traduit un rééquilibrage des forces en Extrême-Orient.

Selon la Maison Blanche, ce sommet serait la conséquence des gesticulations guerrières de Donald Trump qui auraient amené le leader nord-coréen à résipiscence, c’est en fait une " vue de l’esprit " à usage interne aux USADonald Trump passe des moments difficiles.

Qu’elle soit reprise avec complaisance par tous ceux qui, à la suite des USA - ou " à leur botte " - ont diabolisé en Occident la Corée du Nord et son régime tour à tour accusé d’affamer son peuple ou de mettre en péril la paix du monde en se dotant de l’arme nucléaire et des " porteurs " capables d’atteindre des cibles aussi lointaines que les USA, pourtant le principal « fauteur de troubles » au niveau mondial.

La Corée du Nord qui maîtrisait déjà depuis un certain temps la technologie nucléaire dispose donc maintenant de la capacité balistique de ses ambitions.

Ce point fondamental rendait assez illusoires voire carrément pathétiques les menaces de Trump de mettre la Corée, en l’occurrence les deux Corées donc aussi son alliée, la Corée du Sud sous le feu nucléaire avec les retombées malfaisantes sur les pays avoisinants dont la Chine, puissance non seulement militaire mais aussi économique et financière qui ne pourrait sans réagir laisser ruiner des décennies de développement intensif.

Le point gagné par la Corée du Nord est communément appelé " équilibre de la terreur " en ce sens que les dommages subis par l’un ne seraient pas sans répercussions fâcheuses pour d’autres et en premier lieu les initiateurs, ce qui dissuade même des têtes brûlées et de petites intelligences bravaches comme un Trump de mettre leurs actes en conformité avec leurs déclarations incendiaires.

En l’occurrence, c’est la Corée du Sud qui, en saisissant l’occasion des Jeux olympiques d’hiver où les deux Corées ont proposé un contingent de concurrents unitaire - ce qui démontrait bien que les tractations entre les deux pays persistaient même au plus fort de la crise - a obtenu de Trump qu’il accepte la proposition – qui est une constance de toujours de la diplomatie nord-coréenne – de rencontre au sommet entre les deux chefs de l’état.

Pour la Corée du Nord, c’est une victoire éclatante qui ne doit évidemment rien aux menaces américaines ayant mené à l’inflation des propos belliqueux de part et d’autre mais c’est aussi maintenant la reconnaissance de son statut de « puissance nucléaire » désormais accepté par des USA contraints et forcés d’admettre pour eux une réalité impensable, il y a encore 6 mois.

Trump aura beau habiller de louanges à sa gloire le futur sommet – qui ne débouchera sur rien car ni les USA ni la Corée du Nord ne dénucléariseront – l’habileté manœuvrière se trouve bien du côté des dirigeants de la Corée du Nord qui ont, d’une part, poursuivi avec constance, en dépit de l’opprobre mondial, le développement de leur programme nucléaire à l’abri, il est vrai du grand frère chinois qui feignait de les tancer mais leur procurait en catimini les moyens de pérenniser leur système en contournant les fameuses sanctions financières et commerciales censées fragiliser le régime.

La Corée du Sud voit s’ouvrir des perspectives de normalisation qui pourraient « booster » son économie déjà florissante, la Chine voit s’éloigner un risque inquiétant dont elle n’aurait pu sans déchoir s’abstraire mais il y a cependant un " cocu " dans cette histoire : le Japon qui voit se dresser contre lui une coalition de pays où le sentiment " anti-nippon " est encore vivace alimenté, il est vrai, par la propagande officielle qui fait en sorte de garder vivace le souvenir des siècles de domination féroce et qui ont soif de revanche même si cette revanche se limitera à une guérilla économique.

Elliot

AgoraVox