Scandale des maisons pour mères célibataires en Irlande : " Les excuses du Premier ministre n’ont guère de sens "

, par  DMigneau , popularité : 0%

Scandale des maisons pour mères célibataires en Irlande : " Les excuses du Premier ministre n’ont guère de sens "

Une femme regarde le discours du Premier ministre irlandais. Artur Widak / NurPhoto / NurPhoto via AFP

Mercredi 13 janvier, devant le parlement à Dublin, le « Premier ministre » Michael Martin a présenté les excuses de l’État irlandais concernant la mort de 9 000 enfants pauvres ou nés hors mariage sur les 57 000 placés entre 1925 et 1961 dans plusieurs orphelinats catholiques du pays.

L’une des survivantes, Mari Steed, aujourd’hui aux Etats-Unis, témoigne de son combat.

" L’Etat vous a laissé tomber ".

Mercredi 13 janvier, le « Premier ministre » irlandais, Micheal Martin, a présenté les excuses officielles du pays pour les abus subis durant des décennies par les pensionnaires des « maisons mère et enfant ».

Après six ans de recherches initiées grâce à l’action de plusieurs associations de familles et d’anciens pensionnaires, le rapport d’enquête parlementaire a conclu que ces orphelins étaient morts de maltraitance et de négligences.

Mais pas seulement.

Les investigations ont aussi démontré que 7 essais de vaccins contraires à toute éthique médicale avaient été menés dans ces pensionnats catholiques entre 1934 et 1973.

En 2014, des éléments indiquaient déjà que la " Welcome Fundation " qui allait bientôt devenir le géant pharmaceutique britannique " GlaxoSmithKline " (GSK) aurait été l’auteur de ces tests sur au moins 123 enfants placés dans ces maisons dont 58 pour la seule année 1960-1961 du côté de Bessborough-Cork.

Parmi ces « enfants-cobayes », Mari Steed, recueillie dans une des maisons de " l’Ordre du Sacré-Coeur ", vit aujourd’hui à Philadelphie aux Etats-Unis. C’est en faisant des recherches sur sa mère biologique il y a quelques années, que cette femme a découvert ses origines et les circonstances très particulières dans lesquelles elle avait été placée.

Alors qu’elle complète le dossier de son historique médical nécessaire à ses recherches, elle tombe un jour sur une feuille de papier à l’en-tête " Sacred Heart Hospital ".

Le document fait notamment référence à 3 dates de tests de vaccins subis par Mari Steed mais sans qu’aucun organisme officiel ni médecin ne soit mentionné. Elle apprendra plus tard dans un texte publié en 2000 par le ministère de la Santé irlandais sous le titre de " Rapport sur trois essais cliniques impliquant des bébés et des enfants d’institutions 1960-1961, 1970 et 1972 " que les essais consistaient à observer les effets potentiels de 4 vaccins (diphtérie, pertussis, tétanos et polio) combinés en un seul en lieu et place des 3 habituellement réunis.

Une note sur le document médical de Mari Steed précise qu’au lendemain de ce " test ", " l’enfant était tombé malade et avait eu des vomissements. "

Combien d’années ont duré ces tests ?

Combien d’enfants en sont potentiellement morts ?

Nul ne peut encore le définir. Cette interrogation, ce doute, assaille toujours Mari Steed. Aujourd’hui âgée de 60 ans, l’ancienne pensionnaire de Bessborough, a cependant vu son combat avancer. Grâce notamment à l’action d’associations comme " Adoption Rights Alliance " fondée par Susan London, Mari reconnaît volontiers que ces enquêtes et ces rapports ont été un débit de reconnaissance substantiel pour ces enfants de la mort.

Jointe par " Marianne ", elle nous confie ses pensées et sentiment après les excuses officielles du gouvernement irlandais... qui arrivent bien tard.

Marianne : Après plusieurs années de lutte, considérez-vous ces excuses du gouvernement irlandais comme une victoire pour vous et les victimes de ces maltraitances ?

Mari Steed : Non, je ne considère pas ce genre de communication comme une victoire. Ce sont des paroles creuses et je ne suis pas " fan " d’excuses qui ont été demandées. J’aurais préféré que cela vienne de manière plus spontanée.

Il faut que « l’Etat » et « l’Eglise » irlandais reconnaissent que nos mères et nous autres bébés étions victimes d’un système, les excuses ne suffisent pas.

Trop de choses ont été laissées de côté dans le rapport final. Et la commission s’est tellement trompée. Certes, je suis heureuse d’entendre « l’Etat » irlandais dire qu’il avait été porteur d’une culture misogyne qui a eu des conséquences graves dans la vie de milliers de jeunes femmes. Mais ce qui est dommageable, c’est que « l’Etat » continue de ne pas condamner réellement un système dont il était complice avec « l’Eglise ».

De même qu’il ne reconnaît pas le fait que ces jeunes femmes étaient littéralement incarcérées. Nous devons donc nous assurer que le gouvernement mettra en œuvre les recommandations qu’il a formulées qui pourraient peut-être aller dans ce sens, ainsi qu’une justice réparatrice supplémentaire.

Marianne : « L’Eglise » n’a pas fait d’excuses publiques ?

Mari Steed : Certains ordres ont effectivement fait un pas en avant pour le moins timide. Par exemple les mots d’excuse de " l’Ordre du Sacré-Coeur " ont débuté ainsi : " Nous regrettons que… "

Honnêtement cela ressemble à un répondeur de " Service après-vente " pour restaurant qui commencerait son message en disant : " Nous regrettons que vous n’ayez pas trouvé le repas à votre goût ". Ces excuses-là, une fois encore, n’ont guère de sens. Elles ont néanmoins l’avantage d’ouvrir ces ordres religieux à la responsabilité légale. Et si cela se confirme, ce sera un pas important à l’avenir.

Marianne : Concernant le géant pharmaceutique britannique " GSK " dont le nom a été évoqué à propos de tests illégaux sur des bébés, dont vous-mêmes, quelle est sa part de responsabilité ?

Mari Steed : Pour GSK, il sera difficile d’établir une responsabilité. Néanmoins, j’espère qu’il sera nommé dans le cadre d’une action civile que j’ai l’intention de poursuivre. À moins que le gouvernement irlandais n’aborde franchement la question de la responsabilité du laboratoire dans le cadre de ses actions en réparation.

Je pense qu’en fin de compte « l’État » irlandais et " l’Ordre du Sacré coeur " portent d’abord la responsabilité principale dans cette affaire n’ayant pas obtenu le consentement de nos mères dans ce qui pouvait advenir aux bébés.

J’ai bon espoir que tous ces dossiers avancent. Depuis six, sept ans des centaines de personnes nous ont rejoints dans cette quête de vérité. De nouvelles victimes sont sorties du silence. Grâce à notre travail, des hommes et des femmes, des familles ont pu connaître leurs origines et les dessous de cette terrible histoire.

Le fait que de plus en plus de personnes s’engagent nous a permis de faire avancer la cause des " bébés de Tuam ".

Marianne : Personnellement, avez-vous eu des complications de santé qui auraient pu être liées à ces tests illégaux ?

Mari Steed : Personne n’a jamais fait de suivi pour savoir s’il y avait des effets à long terme. Aucune étude en longueur n’a jamais été réalisée pour le déterminer avec les personnes ayant été testées de force. Je ne peux donc pas dire aujourd’hui quel impact cela a eu ou aura sur ma santé. Mais ce que je peux vous dire, c’est que cela me rend nerveuse dans cette période de pandémie de " Covid-19 ". Et particulièrement l’idée de me faire vacciner. Au fond de moi, je crains très fort qu’il y ait une interaction avec mes antécédents vaccinaux.

Stéphane AUBOUARD

Marianne