Scandale de corruption en Équateur : quand le récit autour de Lenin Moreno s’effondre

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Scandale de corruption en Équateur : quand le récit autour de Lenin Moreno s’effondre

© Agencia de Noticias ANDES / Wikimédia

Un scandale de corruption qui concerne des millions de dollars de " pots-de-vin " implique le président de l’Équateur et son cercle proche comprenant son épouse, Rocio González ; son frère, Edwin Moreno Garcés ; le conseiller présidentiel, Santiago Cuesta et son ami proche Conto Patiño. La justice équatorienne vient d’accepter que soient menées des enquêtes contre Lenin Moreno.

Sont également mêlés à cette histoire, largement ignorée par les groupes médiatiques équatoriens, Xavier Macías Carmigniani, un " lobbyiste " impliqué dans des affaires de trafic d’influence, de vente d’armes et d’activités illégales diverses, et son épouse María Auxiliadora Patiño, qui est la fille de Conto Patiño.

Il est important de préciser que dans ce contexte, " lobbies " ne fait en aucun cas référence à quelqu’un qui représente les intérêts politiques d’une entreprise devant l’État, mais plutôt à quelqu’un qui assure des contrats publics aux entreprises en échange de " pots-de-vin " qu’il partage ensuite avec l’agent de l’État qui a signé le contrat.

En réalité, c’est un moyen de verser des " dessous-de-table " via un acteur intermédiaire.

INA Investment Corporation

Tout a commencé avec " INA Investment Corporation " – INA est l’acronyme des prénoms des trois filles de Lenin Moreno : Irina, Karina et Cristina – une entreprise " off shore " enregistrée au Belize en mars 2012.

Un des actionnaires principaux était le frère du président, Edwin Moreno Garcés.

" INA Corporation " a ouvert le compte numéro 100-4-1071378 à la " Balboa Bank " au Panama. Comme le montre les documents, ce compte était utilisé par Xavier Macías pour gérer les transferts et/ou les paiements vers des tierces parties, en utilisant la même logique que pour les autres comptes.

Il est ensuite revenu dans les mains de ses propriétaires et a été utilisé pour les acquisitions de ses mécènes. Des années plus tard, en mars 2015, Edwin Moreno a demandé que son nom soit retiré de l’entreprise, au profit de celui de María Auxiliadora Patiño, épouse de Miguel Macías Carmigniani.

L’existence de cette entreprise a été révélée au grand jour lorsque en décembre 2015, Auxiliadora Patiño a commis l’erreur de payer directement avec le compte d’" INA Investment " pour des meubles et d’autres biens de luxe achetés à Genève pour Rocío González de Moreno, actuelle première dame d’Équateur.

Cette preuve de corruption souligne les contradictions importantes de Lenin Moreno, de son administration et de leur prétendue promesse de s’attaquer à la corruption après les élections de mai 2017.

Le " lobby " de la famille Moreno

En 2009, alors vice-président de l’Équateur, Lenin Moreno, a organisé des rendez-vous d’affaires pour son ami proche Xavier Macías Carmigniani, qui se sont soldés par l’attribution de plusieurs contrats à l’entreprise publique chinoise " Sinohydro " en Équateur.

Le vice-président Moreno envoyait en son nom Xavier Macías Carmigniani rencontrer des entreprises étrangères. Il agissait alors comme " lobbyiste ", recevait des " pots-de-vin " de l’entreprise chinoise desquels il reversait ensuite une partie à Moreno via la société écran " INA Investment Corporation ".

Avec le soutien de son beau-père, Corto Patiño, Macías a servi de lien entre les entreprises chinoises, les hommes d’affaires équatoriens et Lenin Moreno, pour recevoir et gérer, comme une " figure de proue ", une énorme fortune personnelle supérieure à 20 millions de dollars.

Corto Patiño a lui-même reçu une " commission " de 18 millions de dollars de " Sinohydro ", qu’il n’a jamais déclaré aux autorités fiscales équatoriennes et a cherché à dissimuler en la déposant au Panama.

Sous le gouvernement de l’ancien président Rafael Correa, cela avait été détecté par le « Service de revenues internes » (SRI) équatorien.

Des enquêtes ont été ouvertes en mars 2015, qui ont conduit Edwin Moreno à demander que son nom soit rayé de la liste des actionnaires d’" INA Investment ".

Xavier Macías a également fait du " lobbying " pour l’attribution du contrat de " Coca Codo Sinclair ", d’un montant d’environ 2 800 000 000 de dollars américains, le plus important projet d’infrastructure publique de l’histoire de l’Équateur.

Les courriels de décembre 2015 indiquent également que l’on avait promis à Xavier Macias un contrat avec Moreno pour la construction de la centrale " ZAMORA " de 3 000 MW. Cette promesse a été faite lors d’un voyage en Europe avec Maria Patiño et l’épouse de Moreno, Rocio González.

De plus, les messages de Macias de 2016 signalent « le retard de 6 mois dans le paiement des commissions » d’août à septembre, et que Lenin Moreno, qui vivait alors à Genève, se plaignait du fait que " Sinohydro " n’avait pas respecté les dispositions précédemment convenues de paiement des " pots de vin ".

Macías a également consulté le directeur adjoint de " Sinohydro ", Hu Ning, au sujet du financement de biens immobiliers que Moreno voulait offrir comme cadeaux.

Le montant du paiement obtenu pour ces achats s’élevait à 200 000 $. Dans sa réponse, Hu Ning a remercié Macías pour le soutien reçu de " Sinohydro " et expliqué qu’en ce qui concerne les projets d’achat de biens immobiliers, cela se ferait « proportionnellement au progrès économique de l’entreprise », c’est-à-dire sur la base de la signature, en cas de victoire aux élections présidentielles de 2017, des contrats promis par Lenin Moreno.

L’analyse approfondie des courriels, ainsi que des messages " Telegram " et " WhatsApp ", montre que le couple Macías-Patiño est le gestionnaire des actifs de la famille de Lenin Moreno, offrant ainsi " une couverture " pour dissimuler les richesses de l’actuel président.

Les routes de l’argent

Contrairement à d’autres cas présumés de corruption en Équateur, ici les preuves abondent : il existe une série de courriers électroniques, de dépôts, de virements, de reçus et même la délivrance d’une carte de crédit pour l’acquisition de biens de luxe tels que des bijoux, des sacs à main en cuir de crocodile et autres, et même le nom de l’appartement en Espagne, sur les rives de la Méditerranée, acheté pour les vacances de la famille présidentielle.

Par exemple, des transferts d’un montant total de 19 342 dollars ont été effectués depuis le Panama pour l’achat de meubles à " Moinat S.A. Antiquités " en Suisse, qui ont ensuite été transportés vers l’appartement de Moreno à Genève alors qu’il était " l’envoyé spécial " de l’ONU pour les " droits des personnes handicapées ".

Dans un autre cas, des virements d’un montant total de 133 400 euros ont été enregistrés d’" INA Investment " vers un compte bancaire de l’Espagnol Emilio Torres Copado, inscrit à la " Banque Santander ", pour l’achat d’un appartement à Villajoyosa, Alicante.

La piste de l’argent mène également aux frères Edwin et Lenin Moreno, via les services " MAVCCO International " et la société pétrolière " Sertectep ", appartenant à leur ami personnel, Eduardo López.

Les " commissions " en espèces ont été déposées dans plusieurs comptes situés dans des " paradis fiscaux ", qui ont ensuite été traités par " INA Investment ", en tant que bienfaiteur de la famille Moreno pour financer son style de vie luxueux en Europe et ses voyages à travers le monde.

Le 16 avril 2016, plusieurs provinces équatoriennes ont été secouées par un tremblement de terre de magnitude 7,8 sur « l’échelle de Richter », qui a fait 673 morts et des milliers de blessés, en plus de dommages matériels importants.

Il a également été prouvé que des fonds alloués à titre de dons aux victimes du tremblement de terre en Équateur avaient également été détournés.

En ce qui concerne cette tragédie, Lenín Moreno, avec son ami et maintenant conseiller présidentiel, Santiago Cuesta, ont pris l’initiative d’attirer des dons pour " l’aide humanitaire ".

Cependant, l’argent collecté a été détourné vers des comptes privés.

Les répercussions

La conséquence la plus surprenante de ces allégations a peut-être été le silence presque complet d’information dans les principaux médias privés et publics en Équateur, ce qui témoigne d’un effort soutenu pour minimiser ces allégations en faveur du maintien de la présidence de Moreno.

Moreno lui-même a nié toutes les allégations et tout acte répréhensible, affirmant le 20 février qu’on « a attaqué mon honneur et celui de ma famille, avec une série de données qui n’ont rien à voir avec moi ».

Le lundi 25 février, Ronny Aleaga, membre de « l’Assemblée nationale » équatorienne, a présenté les deux premières allégations formelles au bureau du Procureur spécial chargé de « la lutte contre la corruption et le crime organisé » (FECCCO) en Espagne, ainsi qu’à « l’Agence fiscale » de l’État.

Dans les deux cas, les allégations impliquent Moreno et sa famille dans l’achat d’un appartement à Villajoyosa, à Alicante, vendu pour 135 000 euros par Emilio Torres, bien que la valeur réelle du département soit bien plus élevée.

À son retour en Équateur, sa conférence de presse a été perturbée par un groupe d’assaillants qui seraient liés à l’ancien président Abdalá Bucaram ainsi qu’au gouvernement actuel.

Cela souligne en outre la sensibilité et la probabilité que les allégations d’Aleaga soient vraies.

En outre, la gravité des allégations peut potentiellement invalider les accusations de corruption formulées par Moreno lui-même contre son ancien vice-président, Jorge Glas, et l’ancien président, Rafael Correa.

Surtout, ils pourraient potentiellement s’avérer être " le coup de grâce " pour briser le dos du gouvernement de plus en plus instable de Moreno, qui doit faire face à une opposition croissante dans la rue en raison de sa politique de réduction des dépenses sociales et de la demande d’un programme « d’aide financière » totalisant 4,2 milliards de dollars du « Fonds monétaire international » (FMI).

Rédaction

LeVentseLève.fr

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