Sans le soutien de l’Église il n’y aurait pas cette crise au Venezuela

, par  DMigneau , popularité : 0%

Sans le soutien de l’Église il n’y aurait pas cette crise au Venezuela

Il y a un dicton qui a de quoi nous interpeler : " En Amérique latine, aucun coup d’État ne serait possible sans le soutien de l’Église. "

L’histoire des 50 dernières années confirme cette phrase.

Cela se confirme encore davantage dans le cas du Venezuela où l’épiscopat, soutenu par le Vatican, mène la lutte contre la révolution bolivarienne.

Voyez ce que le cardinal Porras a récemment déclaré : " L’institution qui a le plus affronté le régime vénézuélien est l’Église. "

Plus clair que cela, ce n’est pas possible.

DE QUEL " RÉGIME " S’AGIT-IL ?

Hugo Chávez, grand croyant de cette église, définit ce régime de la façon suivante : humaniste, socialiste, chrétien, avec une démocratie " participative " et anti-impérialiste.

On peut se demander en quoi ces caractéristiques vont à l’encontre de la doctrine sociale de l’Église.

Le socialisme dont on parle est un socialisme qui place les intérêts du peuple avant les intérêts des oligarchies et des multinationales qui opèrent dans le pays.

Les richesses du pays doivent avant tout servir les intérêts du bien commun du peuple comme la santé, l’éducation, le logement, le travail avec des salaires justes, entre autres font partie de ces priorités.

QU’EST-CE QUE LA " DOCTRINE SOCIALE " DE L’ÉGLISE ?

En substance, l’ensemble des encycliques sociales de l’Église des cinquante dernières années, que ce soit celles du pape Jean XXIII, du pape Paul VI, du pape Jean-Paul II, du pape Benoît XVI auxquelles s’ajoute l’Exhortation apostolique « Évangilii Gaudium » du pape François vont toutes dans cette direction du " régime " de Chavez.

S’affranchir de l’impérialisme, donner priorité au bien commun de tous, assurer la défense des droits de la personne, transformer le « capitalisme sauvage » en un socialisme humain et juste.

QU’ATTEND LE PAPE FRANÇOIS POUR REMÉDIER À CETTE CRISE ?

L’Église, y compris le Vatican et les épiscopats, ne peut promouvoir une doctrine sociale, condamnant le capitalisme sauvage tout en luttant contre ceux-là mêmes qui veulent le transformer en socialisme humain.

C’est exactement ce qui se passe au Venezuela.

L’épiscopat et le Vatican vont de pair avec les oligarchies et « l’Empire » pour empêcher que cette transformation du capitalisme sauvage devienne réalité et que « l’empire » ne puisse plus intervenir dans les affaires internes d’autres pays.

Sans cette présence active, de l’épiscopat vénézuélien, soutenu par l’État du Vatican, l’opposition et « l’Empire », ne ferait pas ce qu’ils font présentement.

Il n’y aurait pas de crises au Venezuela, comme celle que nous voyons.

S’il y a une crise, c’est parce qu’ils sont pleinement impliqués pour que le régime socialiste, tel que défini par Chávez, soit éliminé, par tous les moyens possible.

En aucun cas, ils n’élèvent la voix pour condamner l’interventionnisme des États-Unis et encore moins les sanctions et la guerre économique qui affectent directement le peuple.

La raison est simple ; ils font partie de toute cette opération.

Nous avons déjà une idée de ces moyens utilisés :

- mensonges,

- manipulations,

- appel à la désobéissance civile,

- violence de rues,

- sanctions de toute nature,

- « guerre économique »,

- menace d’invasion militaire, etc.

Tout cela pour que les gens qui accompagnent la révolution et les autres qui ne les accompagnent pas souffrent suffisamment pour blâmer le régime Chavez de tous les malheurs qui leur tombent dessus et pour qu’ils se révoltent contre le gouvernement et soutiennent l’opposition et « l’Empire » dans leurs projets de prise en main de l’État et de celui du plein contrôle sur les richesses du pays.

Il y a un jésuite, au Venezuela, curé d’une paroisse de Caracas, qui a eu, la semaine dernière, une rencontre avec le pape Francisco pour lui dire la vérité sur le Venezuela.

Je ne saurais croire que le pape François soit complice de tout ce montage. Je suis plutôt enclin à penser qu’il a été manipulé et induit en erreur par ses collaborateurs au Secrétariat du Vatican et par un épiscopat sans scrupule.

Quelque chose qui ressemblerait un peu à ce qui s’était passé au Chili, lors de son voyage. Il est donc urgent, suite aux révélations que le père Numa Molina lui a confié qu’il fasse une enquête sérieuse et qu’il mette fin à cette coopération avec l’opposition et Washington en dénonçant avec vigueur les sanctions et toutes les formes d’interventionnisme qui vont à l’encontre du droit international.

Il faut que le monde sache qu’il a été victime d’une manipulation interne et qu’il est bien décidé à tirer toute cette histoire au clair. Il s’agit d’un problème politique, économique et social aux conséquences très lourdes pour l’Église et les peuples qui en sont les premières victimes.

S’il n’est pas complice de ces manœuvres, il est urgent qu’il intervienne pour identifier et condamner ces manipulateurs, tout comme il est urgent qu’il dise aux États-Unis de mettre fin aux sanctions, à la guerre économique et à toutes les entraves de nature à nuire au bon fonctionnement de l’État et au bien-être du peuple.

Le silence du pape François, sur ce drame dont le peuple vénézuélien est victime, en ferait un complice.

Ce serait de quoi à ébranler " les murs du temple ".

Oscar Fortin

AgoraVox