Robert Mugabe perd le contrôle du Zimbabwe

, par  DMigneau , popularité : 31%

Robert Mugabe perd le contrôle du Zimbabwe

Robert Mugabe règne d’une main de fer sur le Zimbabwe depuis 1980 - ZINYANGE AUNTONY / AFP

L’armée du Zimbabwe a pris ce mercredi 15 novembre le contrôle des rues de la capitale de cet État d’Afrique australe, Harare, prétendant non pas renverser le gouvernement mais éliminer des " criminels " de l’entourage du président Robert Mugabe.

" Ceci n’est pas un coup d’État ".

Tout de même : l’armée du Zimbabwe a pris ce mercredi 15 novembre le contrôle des rues de la capitale Harare dans le cadre d’une opération destinée - selon elle - à éliminer des " criminels " de l’entourage du président Robert Mugabe.

Celui qui règne sans partage sur le pays depuis 37 ans a affirmé à son homologue sud-africain qu’il était détenu. Les bureaux où le chef de l’État réunit ses ministres sont encerclés par des troupes et des soldats avec des véhicules blindés ont pris position dans la matinée pour barrer l’accès des véhicules au Parlement, au siège du parti au pouvoir ou à la Cour suprême, ont constaté des journalistes de l’AFP.

Est-ce la fin du règne Mugabe ?

" Il ne s’agit pas d’une tentative de renverser le gouvernement ", a assuré dans la nuit le général Sibusiso Moyo. " Nous ne faisons que viser les criminels qui entourent " le président, a-t-il poursuivi en lisant une déclaration, " dès que notre mission sera accomplie, nous nous attendons à ce que la situation retourne à la normale ".

" Nous assurons à la Nation que son Excellence le président (...) et sa famille sont sains et saufs et que leur sécurité est garantie ", a-t-il encore ajouté, suggérant que ses troupes assuraient la surveillance du couple présidentiel.

Depuis 1980, sous le régime autoritaire et répressif de Mugabe, le Zimbabwe s’est considérablement appauvri et traverse une grave crise économique et financière, marquée par un chômage de masse et le retour d’une forte inflation.

Malgré son âge et sa santé fragile, le doyen des dirigeants de la planète (93 ans) avait déjà été investi par la Zanu-PF, le parti au pouvoir, pour la présidentielle de l’an prochain.

Crise avec l’armée sur fond de succession à Mugabe

Inédite, l’entrée en scène de l’armée à son encontre intervient en pleine crise ouverte avec le chef de l’armée après le limogeage, la semaine dernière du vice-président, Emmerson Mnangagwa, 75 ans, longtemps présenté comme le dauphin du chef de l’État.

Celui-ci a annoncé avoir fui le pays, après un bras de fer avec la Première dame qu’il a accusée d’avoir tenté de l’empoisonner, suscitant une vive réaction de l’intéressée qui a obtenu son éviction.

Connue pour ses accès de colère, la controversée Grace Mugabe, 52 ans, dirige la puissante " Ligue des femmes " de la Zanu-PF et compte de nombreux opposants au sein du parti au pouvoir et du gouvernement.

Avec le limogeage du vice-président, elle s’est retrouvée en position idéale pour succéder à son époux.

Lundi, le général Constantino Chiwenga, chef d’état-major, avait publiquement dénoncé la décision du chef de l’Etat de limoger le vice-président Mnangagwa. L’armée pourrait " intervenir " si cette " purge " ne cessait pas au sein du parti présidentiel, avait-il mis en garde.

Le général Chiwenga et Emmerson Mnangagwa, qui entretient des liens étroits avec l’appareil sécuritaire du pays, ont tous deux été des figures majeures de la lutte pour l’indépendance du Zimbabwe, au côté de l’actuel chef de l’Etat.

Fidèle soutien de Robert Mugabe, le président sud-africain Jacob Zuma s’est déclaré dans la matinée hostile à tout changement de régime " inconstitutionnel " chez son voisin, exhortant les autorités et l’armée zimbabwéennes à " résoudre amicalement l’impasse politique ".

Magazine Marianne