Révolte " anti-Bouteflika " en Algérie : les manips du militant " pro-niqab " Rachid Nekkaz

, par  DMigneau , popularité : 0%

Révolte " anti-Bouteflika " en Algérie : les manips du militant " pro-niqab " Rachid Nekkaz

Rachid Nekkaz à Alger, le 23 février. - Crédit Billal Bensalem / NurPhoto

Des centaines de milliers d’Algériens manifestent contre la candidature à un cinquième mandat présidentiel d’Abdelaziz Bouteflika, impotent et muet. Sur la toile de fond de cette révolte pacifique et salutaire, surgissent quelques aventuriers. Comme Rachid Nekkaz, qui défendit en France le voile intégral.

Drapeau algérien sur le torse, un homme est porté en triomphe, le 22 février, par la foule de Constantine, puis au cœur d’Alger. On le verra aussi le dimanche 24 à Tizi-Ouzou. Un " drôle de poisson " dans l’eau pure de cette révolte inédite, la première d’une telle importance à travers les décennies de la sombre histoire algérienne. La clarté, le pacifisme, la dignité sont au cœur d’un mouvement qui a rassemblé près de 800 000 manifestants ce dernier vendredi dans tout le pays.

Il s’appelle Rachid Nekkaz et les Français le connaissent très bien. C’est un de nos ex-compatriotes, né à Villeneuve-Saint-Georges, en 1972. Ce " businessman " prospère s’est illustré en militant contre l’interdiction du voile intégral en France - le niqab- et en payant les amendes des femmes qui le portaient.

Depuis, le défenseur des « 404 bâchées », les femmes salafistes selon le revigorant humour algérois, a renoncé à sa nationalité française pour pouvoir se présenter à la présidentielle en Algérie.

Il sillonnait déjà les routes du pays lors de la précédente campagne en 2014.

« Il est populaire parce qu’il a traversé la Méditerranée dans l’autre sens, analyse Naoufel Brahimi El Mili, professeur à Sciences Po et essayiste *, la procédure est rare et lourde. Elle fait de lui un " harraga " à l’envers ! Il a refusé " le rêve français " et, du coup, il fait rêver.

Tout ce qui permet de nourrir le vieux conflit avec la France sur la toile de fond des frustrations algériennes auprès d’un public mal informé, fait mouche.

Son message est clair. Il dit aux jeunes paumés : " j’ai renoncé à tout parce que l’avenir est ici en Algérie, pas sur la rive vers laquelle vous voulez prendre la mer ". C’est ce qui lui donne son aura... »

En attendant, Nekkaz surfe avec maestria sur les pulsions conservatrices d’un pays en partie obsédé par l’islam comportemental : la valorisation de tous les signes extérieurs de bigoterie.

« Il fait " le buzz " parce qu’il a appris les codes français de la communication, ça change, ça distrait. Mais, dans une émission, il s’est révélé incapable de chanter l’hymne algérien ! » rappelle Naoufel Brahimi.

Mégalo, Nekkaz s’est déjà présenté à la présidentielle française en 2007 après avoir fondé un éphémère mouvement, somptueusement intitulé « Parti de Rachid Nekkaz ».

Boulimique, le " play-boy " joue sur toutes les cartes. Celle d’un pseudo- féminisme très hard en tentant d’acheter le parrainage d’un maire pour le parti de la strip-teaseuse Cindy Lee, « Le parti du plaisir », dénommé aussi « Parti de l’amour et de la liberté ».

Puis en se faisant le mécène des dames intégralement couvertes.

« C’est une attitude philosophique, je suis voltairien ! » clame Nekkaz. Depuis lors, d’aucuns estiment que l’homme soutiendrait n’importe quelle assertion pourvu qu’elle lui permette de faire " les pieds au mur ".

Aujourd’hui marié à une Américaine - « Religieusement ! » martèle-t-il pour ses pieuses ouailles en Algérie - il a fait fortune en montant sa " start-up " et en se lançant dans « l’immobilier ».

Comme il n’y a pas de petits profits, Nekkaz a été condamné dans son récent passé français pour avoir loué deux studios insalubres. Mais tout cela est oublié. Il se " blanchit " en franchissant " la grande Bleue ", jette toutes ses forces douteuses sur les routes d’un pays malheureux.

Il ne rend pas visite à la jeunesse dans les facs et les centres de formation : sa cible, ce sont les « hittistes », ces milliers de " sans-avenir " qui « tiennent les murs », parce que rien ne tient dans leur vie.

Rien de neuf : de génération en génération, ils ont toujours été vus ainsi, prêts " à gober " toutes les supercheries, toutes " les paillettes ", souvent quelques billets, dit la rumeur.

C’est sur ce néant entretenu par le désastre économique et la faillite d’un système que Rachid Nekkaz voudrait régner. Il ne faudrait surtout pas confondre ce " play-boy ", expert en coups d’éclats, avec la véritable espérance d’une nation.

Même s’il obtient le nombre de signatures requises pour se présenter – il en faut 60 000 pour le 3 mars - Rachid Nekkaz ne verra pas sa candidature validée : il n’a pas vécu dix ans en continu sur le sol algérien.

Martine Gozlan

Marianne

* Dernier ouvrage de Naoufel Brahimi El Mili : « France-Algérie. 50 ans d’histoires secrètes.1992-2017 tome 2 » Fayard, 300 pages, 20,90 euros.