Retraites : motion de censure de droite et celle de gauche, quelles différences ?

, par  DMigneau , popularité : 0%

Retraites : motion de censure de droite et celle de gauche, quelles différences ?

@AFP - Quelles différences entre la motion de censure de droite et celle de gauche ? (photo d’illustration d’Édouard Philippe à l’Assemblée nationale le 21 février)

" Les Républicains " dessinent un contre-projet, quand la gauche - du " Parti socialiste " au " Parti communiste " en passant par " la France insoumise " - s’attache à fustiger " la désinvolture inacceptable " de la majorité.

POLITIQUE - Chacun chez soi. Depuis que le Premier ministre Édouard Philippe a dégainé l’article 49 alinéa 3 de la Constitution pour couper court aux débats parlementaires sur la réforme des retraites, les oppositions fourbissent leurs armes pour riposter à « l’Assemblée nationale ».

Mais pas question toutefois pour les élus de droite et de gauche de s’unir contre le gouvernement : deux motions de censure différentes ont été déposées.

Une impossible entente résumée par le président du groupe " Les Républicains " à « l’Assemblée nationale » ce lundi 2 mars depuis le studio de " franceinfo ".

On ne veut pas de confusion des genres. On veut la clarté, pas la confusion. On pense l’exact contraire de la gauche sur la réforme des retraites. (...) Nous on est pour une réforme, la gauche est pour le blocage ”, a-t-il expliqué.

Il est vrai que les deux textes, l’un déposé par les députés communistes, " « Insoumis » " et " socialistes ", l’autre par les élus " Les Républicains ", ne se rejoignent pas sur grand-chose malgré quelques critiques similaires.

Elles ont toutefois un point commun central : discutées a priori mardi 3 mars après les traditionnelles questions au gouvernement, elles n’ont quasi aucune chance d’être adoptées, Édouard Philippe pouvant compter sur une large majorité à « l’Assemblée ».

La droite dessine un " contre-projet "

Et ce sont les parlementaires de droite qui ont dégainé les premiers avec une motion de censure déposée samedi, “ moins d’une heure trente après le 49-3 ”, comme l’affichait fièrement Damien Abad sur son compte " Twitter ".

Le texte, d’une page, est une longue anaphore.

Commençant chacune de leur phrase par la formule “ nous ne pouvons accepter un projet de loi qui... ”, les députés " Les Républicains " dessinent ainsi leur projet de réforme des retraites en opposition avec celui du gouvernement.

https://twitter.com/damienabad/status/1233827541443588097

Au programme : le recul de l’âge légal de départ à la retraite ou encore “ l’extinction indispensable des régimes spéciaux au-delà de 2045.

Car en critiquant chaque point de la refonte du système souhaitée par " La République en Marche " - d’une réforme non financée à la baisse massive des pensions de retraite - la droite promeut son propre projet à travers sa motion de censure.

De nombreuses attaques sur le fond, donc, mais également quelques unes sur la forme.

Pour encadrer leur anaphore, " Les Républicains " n’oublient pas de fustiger l’attitude du gouvernement et l’utilisation de l’article « 49-3 » de la Constitution.

Une triste première de l’Histoire parlementaire ”, jugent les élus en référence au fait d’user d’une disposition souvent considérée comme “ l’arme atomique ” sur la réforme que le gouvernement présente comme “ la plus importante du quinquennat.

La gauche unie contre un “ piétinement ” du Parlement

C’est ce créneau-là qu’ont choisi les parlementaires de gauche pour s’attaquer au gouvernement. Comme ils l’ont fait tout au long des débats à « l’Assemblée nationale », les députés " socialistes ", communistes et " Insoumis " dénoncent le mépris de la majorité pour la représentation nationale.

De l’avis du « Conseil d’État » fustigeant l’impréparation de la réforme, à la prétendue insincérité de « l’étude d’impact » du projet en passant par le choix du gouvernement de raccourcir la durée des débats via une procédure parlementaire accélérée... les élus refont le match brutalement interrompu par le « 49-3 ».

https://twitter.com/PCF/status/1233872553489453060

Contrairement à la motion de censure de droite, exclusivement signée par les élus " Les Républicains " - et qui devrait être soutenue par les députés du " Rassemblement national " - le texte de gauche est l’œuvre d’une coalition de trois formations politiques.

Difficile dès lors d’attaquer le fond du projet de la majorité pour formuler des propositions communes. La gauche se concentre donc uniquement sur la forme et la critique d’un “ simulacre de démocratie parlementaire ”.

L’occasion de cingler, en six pointsla désinvolture inacceptable ” du pouvoir en place - comme les attaques contre le Parlement “ et le peuple lui-même ”- sur une réforme qui va changer “ la nature de notre sécurité sociale pour des millions de personnes au cours des prochaines décennies.

Preuve de la difficulté de s’accorder sur des propositions communes, la gauche a beau être d’accord sur le diagnostic, elle se désunit toutefois sur les solutions à apporter et les suites à donner à l’opposition au projet de réforme de la majorité.

" Les Insoumis " plaident pour de nouvelles manifestations populaires, quand les " socialistes " appellent à un vote sanction lors les élections municipales.

" L’électron libre " François Ruffin estime pour sa part que les motions de censure “ c’est du bidon ” et réclame depuis samedi une dissolution de « l’Assemblée nationale ».

Anthony Berthelier

huffingtonpost.fr