Retraites : Jean Castex face au refus des " partenaires sociaux "

, par  DMigneau , popularité : 0%

Retraites : Jean Castex face au refus des " partenaires sociaux "

Anne-Christine POUJOULAT / AFP

Recevant syndicats et patronat ce 9 juillet, le « Premier ministre » souhaitait les faire plancher cet été sur les moyens de résorber le déficit 2020 des régimes des retraite estimé à 30 milliards d’euros. Mais ces derniers refusent, notamment parce qu’allonger les durées de cotisations des actifs en pleine crise aggraverait la flambée du chômage.

C’est un refus unanime, rare, dans un pays où les " partenaires sociaux " sont le plus souvent divisés.

Recevant hier et aujourd’hui les syndicats comme les représentants du patronat, le nouveau « Premier ministre » - Jean Castex - a fait aimablement " choux blanc " : de la CFDT au " Medef ", de la CGT à FO en passant pas la CFE-CGC, tous ses interlocuteurs lui ont signifié vouloir se concentrer jusqu’à la fin de l’automne sur le déploiement des " air-bags " anti-crise : l’activité partielle de longue durée, les formations orientées vers la " transition écologique " - et leur articulation délicate dans les territoires.

Avancer donc, plutôt que de risquer de s’écharper une nouvelle fois sur le financement " à court terme " des régimes de retraites par répartition qui seraient " déficitaires " selon les prévisions de « l’exécutif » de 30 milliards d’euros fin 2020 ; ou l’avènement d’un régime " universel " des pensions tel que voté en mars par les députés.

" On ne nie pas le problème financier à court terme mais ces discussions doivent attendre ", martèle Frédéric Sève, le monsieur " Retraites " de la CFDT selon lequel la « Caisse d’amortissement de la dette sociale » (Cades) peut au moins jusqu’en 2023 porter une partie de cette dette.

Des arguments que Jean Castex, qui se présente comme un dirigeant " ouvert au dialogue ", a écouté avec " attention ". Pour autant, ce " niet " unanime des " partenaires sociaux " met déjà le « Premier ministre » sous pression politique.

Risque de basculer dans la pauvreté

En effet, pour prévenir les attaques de ses concurrents de droite à la Présidentielle de 2022, Emmanuel Macron veut prouver sous trois mois, qu’après avoir ouvert " grand " les vannes de l’endettement afin de faire face à la crise du " Covid-19 ", « l’exécutif » ne laissera pas les déficits tricolores filer en 2021.

C’est pourquoi il prône un allongement rapide de la durée de cotisation des actifs. Son nouveau « Premier ministre », Jean Castex, se retrouve ainsi dans une situation plus délicate encore que son prédécesseur Édouard Philippe...

Demander en effet aux actifs de travailler plus longtemps pour " équilibrer " les régimes de retraites, lorsque le chômage " flambe " - le gouvernement prévoit 800 000 suppressions d’emplois en 2020 -, est socialement bien plus douloureux que lorsque le " sous-emploi " décroît.

" Si l’on contraint en période crise les salariés à cotiser plus longtemps pour leurs retraites, alors les seniors se maintiennent dans leur emploi. Les jeunes auront plus de difficultés encore à s’insérer sur le marché du travail ! " alerte Régis Mezzasalma de la CGT.

De fait, avant la pandémie, le « Comité d’orientation des retraites » - le COR - estimait déjà qu’un report de l’âge d’ouverture des droits à pension augmenterait le chômage de 0,5 % à 0,7 % à court terme.

" Les jeunes ne seront pas les seuls à être pénalisés , complète Michel Beaugas, secrétaire confédéral FO. Les seniors qui ne pourront se maintenir dans leur emploi, risqueront eux aussi de basculer dans la pauvreté parce qu’ils partiront avec des retraites maigres, faute d’avoir suffisamment cotisé. "

Un vrai " casse-tête " pour le nouveau locataire de Matignon, alors que la CGT appelle déjà les mécontents à manifester le 17 septembre.

Laurence DEQUAY,

Grand reporter social

Marianne