« République de la délation » : les craintes des classes dominantes après la démission de De Rugy

, par  DMigneau , popularité : 0%

« République de la délation » : les craintes des classes dominantes après la démission de De Rugy

Crédit photo : Georges Gobet/Ritzau Scanpix.

Après l’annonce de sa démission, à l’occasion de laquelle François De Rugy a dénoncé un « lynchage médiatique », journalistes, politiques et jusqu’à Emmanuel Macron s’inquiètent du sentiment " anti-classes dominantes " qui règne…

En visite en Serbie, Macron s’était exprimé pour la première fois hier, lors d’une conférence de presse, sur " l’affaire De Rugy " : « J’ai demandé au Premier ministre d’apporter toute la clarté. Mais je ne prends pas des décisions sur la base de révélations et de faits. Il y a encore dans notre pays le respect de la personne individuelle, des droits de la défense et de la possibilité de répondre. Sinon cela devient " la République de la délation ". ».

Finalement, malgré leur volonté de repousser la pression à la démission, les nouvelles révélations que devaient annoncer " Mediapart ", concernant l’utilisation de ses « frais de députés » pour payer ses cotisations à EELV, auront fini par convaincre le gouvernement ainsi que François De Rugy de démissionner.

Un camouflet pour le gouvernement qui voulait précisément faire de « l’écologie » l’un des axes centraux de son « Acte II », mais aussi un nouveau signe de la polarisation sociale, qui rend le mode de vie et les privilèges des classes dominantes chaque jour plus insupportables à tous ceux à qui l’on impose l’austérité.

Les privilèges des classes dominantes en question

Au cœur de la crise des " Gilets jaunes " et des multiples polémiques qui ont émaillé le début du quinquennat de Macron, la colère face aux privilèges des classes dominantes semble toujours plus explosive, au point d’effrayer ceux qui en bénéficient.

C’est ainsi que la semaine dernière, les révélations sur le mode de vie luxueux de François De Rugy ont donné lieu à des réactions outrées de la part de nombreux journalistes, relevées notamment par " Arrêts sur Images ".

Pointant qui le danger d’une « scandinavisation », en référence aux pays scandinaves où les affaires de corruption et les scandales concernant « les politiques » sont traités de façon particulièrement drastique, différents journalistes ont ainsi pu dénoncer une dérive « anti-élite », tandis que d’autres comme Ruth Elkrief ou la députée LREM Cendra Motin défendaient le Ministre de " la Transition Écologique " au nom du « prestige » et de la « gastronomie » française.

Du côté du gouvernement, la « République de la délation » évoquée par Emmanuel Macron semble s’inscrire aussi dans une inquiétude globale concernant la pression populaire contre la « classe politique ».

Loin du triomphalisme du fameux « qu’ils viennent me chercher !! », les classes dominantes ont renoué avec la peur à l’occasion de la crise des " Gilets jaunes " et constatent avec crainte que cette séquence de contestation est loin d’être refermée.

Cette tendance est repérée à « l’international », qui scrute avec inquiétude l’évolution de la lutte des classes dans un pays aussi central que la France.

En Italie, le " Corriere della Serra " note ainsi à propos de la démission de De Rugy que : « Même si les manifestations du samedi sont quasiment finies, l’ère d’un syndrome " post-gilet jaune " pourrait bien avoir commencé. ».

Une crise de légitimité impossible à résorber ?

Symboliques des privilèges des dominants, les révélations sur le « train de vie » de De Rugy, Ministre, qui plus de " la Transition Écologique ", semblent inquiéter d’autant plus que les faits pointés semblent relativement banals : dîners luxueux, achats personnels sur le budget politique, accès à des logements sociaux.

« Il n’était pas, loin de là, le ministre le plus " bling-bling " de la République » note ainsi un député " macroniste ", interrogé par " Libération ".

Un autre parlementaire, François-Michel Lambert, note quant à lui : « N’importe quel symbole fera tomber le prochain homme politique. Hier, c’était les emplois familiaux, aujourd’hui des dîners… Demain, ce sera une voiture à 50 000 euros alors qu’il y en a à 20 000. »

Une inquiétude qui va de pair avec des attaques contre le journalisme indépendant, en particulier lorsque celui-ci met en branle « le pouvoir ».

A ce titre, la défense de François De Rugy l’a conduit à dénoncer un « lynchage médiatique » et à accuser le « journal militant » de chercher à « couper des têtes » avant d’annoncer qu’il attaquerait en justice le journal pour diffamation.

Une rhétorique qui se rapproche de l’idée de « République de la délation » mobilisée par Emmanuel Macron, visant à délégitimer la presse indépendante et qui n’augure rien de bon pour l’information critique du gouvernement.

Pourtant, par-delà leur volonté de faire taire les voix critiques qui ont acquis, du fait de la polarisation sociale et de la dégradation des conditions de vie des travailleurs, un écho large, il est peu probable que Macron et « le patronat » qu’il sert réussissent à faire taire la contestation.

La sensibilité actuelle de l’opinion à leurs privilèges a de quoi perpétuer leur crainte de tout perdre : elle constitue un indice clair de l’intensification à venir de la lutte des classes.

Pablo Morao

revolutionpermanente.fr