Règles de sécurité anti-virus " impraticables " : l’Opéra de Paris devrait rester fermé jusqu’en 2021

, par  DMigneau , popularité : 0%

Règles de sécurité anti-virus " impraticables " : l’Opéra de Paris devrait rester fermé jusqu’en 2021

Marie Magnin / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Double peine pour « l’Opéra de Paris » : après la grève la plus longue de l’Histoire de la « vénérable maison » qui fêtait l’an dernier ses 350 ans, le " coronavirus " l’a contraint à fermer ses portes, sans doute jusqu’à la fin de l’année. Car, à en croire son directeur Stéphane Lissner, les règles de sécurité contre le virus sont " impraticables " à l’Opéra.

Si le directeur de « l’Opéra de Paris », Stéphane Lissner, estime « évidentes et nécessaires » les règles de sécurité recommandées dans le protocole sur « la Culture et le déconfinement » du Professeur François Bricaire, actuellement à l’étude par le gouvernement, il les qualifie d’ « impraticables » dans son établissement.

En effet, a-t-il déclaré à " France inter ", « le protocole est impraticable pour le public, pour les artistes et pour les salariés.

Supprimer les entractes pour un opéra de cinq heures comme " Tristan et Isolde " de Wagner, c’est impossible, pour les chanteurs. Faire entrer 2 700 personnes à Bastille et 2 000 à Garnier en respectant les distances, c’est impossible.

La distance dans la fosse d’orchestre, dans les chœurs, c’est impossible (…)

Je pense qu’il faut être lucide : en ce qui concerne l’Opéra de Paris, on ne peut pas proposer de spectacles au rabais dans lesquels l’exigence artistique serait mise à mal.

Est-ce à dire que l’Opéra de Paris n’ouvrira pas ses portes à la rentrée ? Je suis bien obligé de constater qu’aujourd’hui, pour respecter les règles de sécurité, on ne peut pas ouvrir », note le directeur de l’Opéra depuis 2014.

« Étant donné que des travaux étaient prévus à l’été 2021, je proposerai peut-être, au prochain Conseil d’administration, de fermer deux ou trois mois à la rentrée pour pouvoir faire ces travaux ».

Autrement dit, l’Opéra resterait fermé au public au moins jusqu’à janvier 2021.

Pour sa dernière saison aux commandes de la « vénérable institution », avant d’aller diriger le " Teatro San Carlo " de Naples, Stéphane Lissner comptait partir sur une inoubliable " Tétralogie " de Wagner, mise en scène par Calixto Bieito et dirigée par Philippe Jordan.

Mais " coronavirus " oblige, toutes les représentations de " l’Or du Rhin ", le prologue de la " Tétralogie ", programmées du 2 au 5 avril, ont été annulées. Puis celles de " la Walkyrie ", prévue du 5 au 27 mai.

Et avec elles, toutes les autres représentations d’art lyrique et de ballet prévues jusqu’à la fin de la saison, le 14 juillet.

L’intégrale de la " Tétralogie ", soit environ 15 heures de musique au total, qui devait être donnée en novembre, est désormais compromise.

« La " Walkyrie " n’a pu être répétée, donc on pensait le faire en juillet et en août, mais si on ne peut finir les décors de " Siegfried " et du " Crépuscule des dieux ", on ne sera pas capables de présenter la " Tétralogie " en novembre. Cela aura des conséquences dramatiques sur l’entreprise »

Car pour la première fois de son Histoire en effet, révèle Lissner, le temple français de danse et l’art lyrique , « se retrouve sans fonds de roulement et avec un déficit de l’ordre de 40 millions d’euros. »

Série de catastrophes

Stéphane Lissner termine en effet son mandat sur une série de catastrophes.

Ce fut d’abord la grève contre la réforme de certains régimes de retraites « spéciaux », dont bénéficient notamment ses danseurs, le mouvement social le plus long de l’Histoire de « l’Opéra de Paris » : il a entraîné, entre le 5 décembre 2019 et le 25 janvier 2020, l’annulation de 76 représentations d’opéras et de ballets programmées dans ses deux salles de « l’Opéra Garnier » et « Bastille ».

Soit 16,5 millions d’euros de pertes, qui avaient conduit Stéphane Lissner à annoncer un plan sévère d’économies, et à annuler trois nouvelles productions parmi celles prévues en 2020-2021.

Le " Covid-19 " a creusé encore ce déficit.

Rappelant que « la culture est cruciale, comme la santé, comme pouvoir se nourrir », Stéphane Lissner a mis en cause « les diminutions régulières du financement de la culture, depuis plus de 20-25 ans, qui nous amènent à une crise qui est révélée par le virus ».

Car, explique-t-il, le désengagement de « l’État » et des collectivités locales contraignent la « vénérable institution » à s’autofinancer à l’hauteur de 60 %.

« L’État a diminué ces dernières années de plus de 15 millions son financement ». Résultat : nous avons augmenté le nombre de représentations, ce qui met tous les personnels en grande tension, nous avons dû augmenter le mécénat, ce qui pose un certain nombre de problème.

Principal responsable, selon lui, « le Pacte de stabilité, arrivé en 2017, qui a plafonné les dépenses des collectivités locales. Et cette restriction les amène à se désengager peu à peu, puisque la culture n’est pas prioritaire. (…) La diversité, l’innovation, la création vont être peu à peu remplacées par une forme de globalisation, de marchandisation, et c’est ça qui est très préoccupant et que révèle aujourd’hui cette situation », prévient-il.

Un message d’alerte clair à l’attention des « autorités », de la part du dirigeant du " temple parisien " de l’art lyrique et de la danse fondé en 1669 à l’instigation de Jean-Baptiste Colbert.

Anne Dastakian

Marianne