Réforme de l’assurance chômage : Jean Castex suspend la " boucherie " pour six mois au moins

, par  DMigneau , popularité : 0%

Réforme de l’assurance chômage : Jean Castex suspend la " boucherie " pour six mois au moins

Jean Castex a suspendu jusqu’en janvier 2021 la réforme de l’assurance chômage. - /MAXPPP

Ce vendredi 17 juillet, le « Premier Ministre » a donné au patronat et aux syndicats, réunis à Matignon, des preuves de sa bonne volonté, en suspendant pour six mois la réforme de l’assurance chômage, qualifiée de " boucherie " par Laurent Berger.

Devant « l’Assemblée Nationale » le 15 juillet, puis le 16 devant le Sénat, le nouveau « Premier Ministre », Jean Castex, s’était présenté en " homme du dialogue " et de la " concertation sociale ".

Ce vendredi 17 juillet, devant les patronats et syndicats réunis pour une première conférence à Matignon, celui qui se revendique du " gaullisme social " leur a donné les premières preuves de sa " bonne volonté " : il a suspendu pour six mois au moins, jusqu’en janvier 2021, cette réforme brutale de « l’assurance chômage » imposée par son prédécesseur Édouard Philippe, que Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT avait qualifié de " boucherie ", tant elle arasait l’indemnisation des précaires enchaînant sur des contrats courts.

Faire plaisir à tout le monde

Concrètement donc, pour tous les privés d’emplois, ce retour aux règles de la convention Unedic précédente négociée par les " partenaires sociaux " est une bonne nouvelle, car ils seront de nouveau indemnisés dès qu’ils auront travaillé quatre mois (et plus six), et pourront " recharger " leurs droits à allocation au bout d’un mois d’activité.

Ce n’est pas tout.

Le calcul de leurs indemnités journalières ne sera pas davantage durci au 1er septembre, comme prévu initialement.

Quand aux indemnités des " hauts cadres ", touchés comme les " cols bleus " par les " plans sociaux " dans l’aéronautique et l’automobile, elles ne seront plus dégressives au bout de 8 mois.

Et comme il fallait faire plaisir à tout le monde, Jean Castex reporte également de 6 mois, à septembre 2021, l’entrée en application d’un système de " bonus-malus " qui devait, de façon différentiée selon les branches, pénaliser les employeurs qui abusent des CDD " hyper précaires " de quelques jours ou d’un mois, en augmentant leurs cotisations à l’Unedic.

Les « privés d’emplois » qui ont souffert des mesures de la réforme de « l’Assurance chômage » version Philippe-Pénicaud, entrée pour partie en vigueur dès septembre 2019, verront-ils leurs dossiers ré-ouverts et leurs droits bonifiés par les services de " Pôle Emploi " ?

Ce serait à priori équitable. Mais tout dépendra, laisse-t-on entendre dans l’entourage d’Élisabeth Borne, la ministre du Travail, de la date à laquelle la suspension de la réforme décidée par Jean Castex interviendra en droit. Or, ce sujet fera l’objet de discussions avec les " partenaires sociaux " dans les prochaines semaines...

Et dans six mois ?

Il parait peu probable que la réforme de « l’Assurance chômage » 2019 soit réimposée à l’identique en janvier 2021.

D’abord parce que tout dépendra de la façon dont la pandémie du " Coronavirus " et la crise percuteront dans la durée le « marché du travail ». Ainsi, à la sortie de la " Conférence sociale ", Geoffroy Roux de bézieux, le Président du " Medef ", doutait-il qu’un million d’emplois soit effectivement détruit avant la fin de l’année, car les chefs d’entreprise constatent, dans certaines branches du moins, une reprise plus rapide que prévue.

De son point de vue donc, si le chômage " flambe " cet automne, ce sera dû d’abord à la difficulté de créer suffisamment d’emplois pour accueillir 700 000 jeunes, plutôt que du fait d’une hausse brutale des licenciements...

Pour prévenir ce danger, le « Premier Ministre » Jean Castex demande donc aux " partenaires sociaux " de se pencher en priorité cet été, sur l’articulation territoriale de son plan " Jeunes " qui facilitera l’embauche de ces derniers par des baisses de charges ou des primes selon les modalités qui seront retenues. Ce afin d’éviter que 250 000 d’entre-eux restent inoccupés.

Mais les " partenaires sociaux " veulent aller plus loin. Ils ont donc demandé aussi à plancher sur ces métiers " en tension " qui peinent à recruter, et qui dans certains discours politiques justifiaient les durcissements de la réforme 2019 de « l’Assurance chômage ».

Branche par branche, bassin d’emploi par bassin d’emploi, ils chercheront donc à les rendre plus attractifs, y compris au niveau des rémunérations. Ce qui, in fine, permettrait aussi de limiter le recours au " travail détaché ", que nombre d’acteurs veulent assécher.

Enfin, le gouvernement dit avoir entendu leur désir de revenir à une gestion paritaire de « l’Assurance chômage »... sans diktat de « l’exécutif ».

Laurence Dequay,

Grand reporter social

Marianne