Référendum. Obtenir dans les urnes ce que l’on n’a pas obtenu (encore) par la grève ?

, par  DMigneau , popularité : 0%

Référendum. Obtenir dans les urnes ce que l’on n’a pas obtenu (encore) par la grève ?

Crédits photos : O Phil des Contrastes

Du " beau monde ", signataire du texte publié, ce lundi, sur " L’Huma ", en une.

L’idée de la tribune ? Demander à Macron un référendum sur les retraites.

On retrouve, au bas du texte, quelque 140 signatures de politiques, d’artistes ou d’universitaires : toute la « gauche institutionnelle », avec, bien entendu, Jean-Luc Mélenchon, Olivier Faure, pour le PS, Julien Bayou, pour EELV, Fabien Roussel, pour le PCF, des parlementaires comme Clémentine Autain, des cinéastes comme Bertrand Tavernier et Jeanne Balibar, les Pinçon-Charlot ou encore Emmanuel Todd.

Il faut, disent-ils, que « le peuple ait le dernier mot » après deux mois de mobilisations.

Le « niveau de défiance » vis-à-vis du texte est toujours aussi important, avec « une majorité de Français qui demandent toujours le retrait  », ce qui « pose un problème démocratique majeur ».

La solution au problème ?

« A ce stade, seule une consultation populaire permettrait de le résoudre ».

La démonstration semble relever du bons sens : comme la majorité des Françaises et des Français sont opposés à la « contre-réforme » des retraites voulue par Macron-Philippe, si « l’exécutif » venait à solliciter l’opinion des électeurs dans les urnes, le texte serait envoyé à la poubelle.

Ou, pour d’autres encore, ce serait une façon de démontrer que Macron ne veut pas de la démocratie et a peur d’un " vote-sanction ".

A quelques semaines des élections municipales, on appelle cela " faire de la politique politicienne ".

Plus encore compte-tenu du fait qu’il est évident que jamais Macron n’irait vers un référendum qui serait pour lui un désaveu. Rien ne l’y oblige et il n’en a pas la moindre intention.

Pour ce qui est de la « démonstration », après plus d’une année de répression, en continue, d’abord des " Gilets jaunes ", puis des grévistes et, maintenant, de lycéennes et lycéens mineurs, il ne doit pas rester plus grand monde à convaincre, dans notre camp, que Macron préfère les matraques aux libertés démocratiques.

Mais la question est ailleurs.

La lutte contre la « réforme des retraites » a passé un cap et le gouvernement - dans un sens - a réussi " à passer le gué " de la très dure grève des transports parisiens et de la SNCF. Cela ne veut pas dire que la question du rebond ne se pose pas et que d’autres secteurs ne pourraient pas prendre la relève, indépendamment des journées d’action qui sont prévues.

Mais pour " relancer la machine ", il faudrait un plan de lutte qui soit à la hauteur des exigences du mouvement, soit à même de l’élargir en direction du « privé », le grand absent de la première phase de la mobilisation, et capable de mettre de larges secteurs du « monde du travail » et de la jeunesse dans la bataille, en continu.

C’est ce qui a manqué, au cours de la première phase, en partie compte-tenu des atermoiements des directions syndicales, de l’incapacité à poser la question des salaires et de la précarité, alors que des luttes éclatent, ça et là, dans le « privé », autour des « Négociations Annuelles Obligatoires », autour des problématiques salariales et qu’enfin, un calendrier de grèves " en saute-mouton " ou " perlées " a montré son inefficacité.

Au Parlement, la « guérilla des amendements » proposée par LFI ne marche pas. En « Commission », la majorité refuse d’examiner les 15 000 restants et s’apprête à proposer en « séance plénière » le texte initial.

Que le gouvernement refuse, selon ses déclarations, de recourir au « 49.3 » ne change rien au caractère " bonapartiste "de sa méthode, pas davantage que les 29 ordonnances qu’il contient.

Même avec un calendrier « plus respectueux » du calendrier législatif, cette « contre-réforme » doit être combattue et rejetée. S’il y a eu des " fenêtres de tir " pour la grève générale, en décembre, poser la perspective d’un référendum qui n’aura jamais lieu, c’est contribuer à refermer celles qui pourraient se rouvrir.

Plus qu’un référendum, il s’agirait de dénoncer la politique de division des dates de " l’intersyndicale ", au premier titre de la CGT et la CGT-RATP, qui n’a pour l’heure rien d’autre à proposer qu’une nouvelle journée " saute-mouton " le 20 février, refusant à se joindre à l’appel de syndicats de la RATP, décidée préalablement, le 17 février.

Une manœuvre de division de " l’intersyndicale " à dénoncer avec force d’autant plus qu’elle sert à isoler les grévistes de la RATP principal moteur de la première phase du mouvement contre la « réforme des retraites ».

Dans ce cadre, il s’agira aussi de se donner les moyens de renforcer les structures d’auto-organisation, en créant un cadre, qui puisse à l’échelle nationale et interprofessionnelle jouer un rôle analogue à celui joué par la « Cordination RATP-SNCF », et regroupant les principaux secteurs qui ont été - ou sont encore - en grève (RATP, cheminots, électriciens, raffineurs, portuaires, hospitaliers, enseignants, avocats) en y associant, là où elles ont une réalité, des AG " interpro " ou encore des cadres comme la « Coordination nationale lycéenne ».

Un pas dans la création de ce type de cadre serait un pas important pour créer les conditions d’un nouveau souffle, le démarrage d’un mouvement de grève reconductible majoritaire, « tous ensemble » et - pourquoi pas, dans la foulée - une manifestation nationale à Paris qui ne serait pas un " baroud d’honneur " mais une étape du " bras-de-fer " pour faire plier le gouvernement avec lequel il n’y a rien à négocier.

Si, dans ce cadre, Macron convoquait à un référendum, pour trouver une " porte de sortie ", la question se poserait différemment. Mais commencer par mettre en avant le référendum, c’est prendre - dans le meilleur des cas - les problèmes à l’envers et donner l’impression, encore une fois, que Macron est un interlocuteur légitime, et fermer la voie aux grèves alors que c’est le chemin à suivre.

L’extrême gauche, les structures d’auto-organisation, les syndicats combatifs, à la base, par fédérations - UL ou UD - auraient toute leur place pour construire cette perspective et coordonner nationalement nos initiatives pour conférer un nouveau souffle à notre mobilisation.

En attendant, Macron - lui - a le souffle court : avec les députés de sa majorité, avec le « Conseil constitutionnel », avec la question des " municipales ".

C’est l’occasion où jamais pour le bousculer encore plus, pour le faire trébucher.

Damien Bernard et Corinne Rozenn

revolutionpermanente.fr