Qui menace la paix en Ukraine ?

, par  DMigneau , popularité : 0%

Qui menace la paix en Ukraine ?

La propagande de « guerre froide » ne fait pas dans la nuance. Voilà des mois que les porte-parole patentés de « l’Occident » martèlent d’une seule voix que la Russie va envahir l’Ukraine, que la guerre est imminente et qu’il faut se préparer à l’affronter.

Vieille rengaine !

Au temps de l’affrontement " Est-Ouest ", on prétendait en « Occident » que la menace soviétique était suspendue comme " l’épée de Damoclès " au-dessus des " démocraties ". On affirmait même que l’arsenal militaire de l’URSS était nettement supérieur à celui des États-Unis et qu’elle risquait d’exploiter cette supériorité pour envahir et soumettre l’Europe.

Or, tout était faux.

Cette " menace systémique " était une fiction. L’arsenal soviétique fut toujours inférieur à celui de ses adversaires et les dirigeants de l’URSS n’ont jamais envisagé d’envahir l’Europe occidentale.

En fait, la " course aux armements " fut sciemment entretenue par Washington dès le lendemain de la victoire " alliée " sur l’Allemagne et le Japon.

Cyniquement, le camp " occidental " avait deux bonnes raisons de provoquer cette compétition : la guerre avait exténué l’URSS, causant 27 millions de morts et détruisant 30 % de son potentiel économique et elle avait fantastiquement enrichi les Etats-Unis qui assuraient 50 % de la production industrielle mondiale en 1945.

Forgée par la guerre, cette suprématie économique sans précédent favorisait une politique étrangère agressive, hypocritement revêtue des oripeaux idéologiques de la défense du " monde libre " contre le " totalitarisme soviétique ".

Cette politique impérialiste, conformément à la doctrine forgée par George Kennan en 1947, avait un objectif clair : l’épuisement progressif de l’URSS – rudement éprouvée par l’invasion hitlérienne – dans une compétition militaire où le système soviétique allait dilapider les moyens qu’il aurait pu consacrer à son développement.

Force est de constater que cette politique a " porté ses fruits ".

Surclassée par un capitalisme occidental qui bénéficiait de conditions nettement plus favorables au lendemain de la « Seconde Guerre mondiale », « l’Union soviétique » a fini par quitter la scène en 1991 au terme d’une compétition harassante.

Pourtant rien ne semble avoir changé et la « Guerre froide » continue de plus belle. Trente ans après la disparition de l’URSS, l’hostilité occidentale ne faiblit pas. On continue de prêter à Moscou des intentions belliqueuses, alors même que les démonstrations de force de l’OTAN aux frontières de la Russie illustrent suffisamment la réalité de la menace occidentale.

" De Staline à Poutine "

Quoi de plus ridicule que ce récit où transpire la " bonne conscience " occidentale, attribuant toutes les tares à la Russie, incriminant une puissance maléfique dont la résilience ferait peser une menace irrésistible sur le monde prétendument " civilisé " ?

Ce discours lancinant s’obstine à désigner dans la Russie actuelle une sorte " d’ennemi systémique ", " l’empire du mal soviétique " ayant été simplement repeint aux couleurs russes pour les besoins de la cause. Aux yeux des " élites " dirigeantes occidentales, il faut croire que Moscou reste Moscou, et que la menace venant de l’Est est une donnée permanente de la géopolitique " eurasienne ".

Pour les obsédés de " l’ogre moscovite ", la Russie a tous les torts. Elle ne se contente pas de menacer l’Ukraine en massant ses blindés à ses frontières, elle veut aussi installer à Kiev un pouvoir " pro-russe ".

Singulière inversion accusatoire, qui attribue à Moscou la politique menée par les « Occidentaux » dans un pays qu’ils ont vassalisé à coup de subventions en espérant le transformer en futur " joyau " de l’OTAN. En y fomentant le " coup d’État " de février 2014, ils ont tout fait pour le détacher de son voisin afin d’isoler davantage la Russie, dans la foulée de ces " révolutions colorées " qui ont été savamment orchestrées en Europe orientale et dans le Caucase.

C’est depuis cette date que l’Ukraine est en proie à une grave crise intérieure et Moscou n’y est absolument pour rien, car le " putsch " de Maidan a porté au pouvoir une clique " ultra-nationaliste " dont la politique a humilié la population russophone des régions orientales.

Cette provocation délibérée des autorités usurpatrices de Kiev, soutenues par des groupes néo-nazis, a poussé les patriotes du Donbass et de Crimée à la résistance et à la sécession, mais il n’y a jamais eu d’invasion moscovite. Aucun char russe ne foule le territoire ukrainien et Moscou a toujours recommandé, pour résoudre la crise interne, une solution négociée de type " fédéral " ménageant les intérêts des différentes composantes du peuple ukrainien.

Il est ahurissant de voir l’OTAN stigmatiser la Russie pour sa politique à l’égard de ce pays, alors que la seule armée qui tue des Ukrainiens est celle de Kiev qui bombarde quotidiennement les populations civiles des républiques " sécessionnistes " de Donetsk et Lougansk.

C’est l’agressivité irresponsable de cette armée, noyautée par les " ultra-nationalistes " et portée " à bout de bras " par les puissances occidentales, qui entretient un climat d’affrontement.

C’est l’hystérie " anti-russe " des puissances occidentales qui jette " de l’huile sur le feu " dans la région et non cette " menace " imaginaire contre l’Ukraine que les affabulateurs de la presse " atlantiste " attribuent à la Russie.

Dans la crise actuelle, il est clair que c’est « l’Occident » qui représente une menace pour la paix en défiant outrageusement la Russie à ses frontières et non l’inverse. Que l’on sache, Moscou n’organise pas de manœuvres militaires avec le Mexique ou le Canada et sa flotte de guerre ne croise guère au large de Manhattan.

Washington, en revanche, poursuit l’encerclement de la Russie en étendant systématiquement le périmètre de l’OTAN à ses frontières. Or, cette politique viole l’engagement pris auprès de Mikhaïl Gorbatchev, lequel accepta la réunification de l’Allemagne en échange d’une promesse de " non-extension " de « l’Alliance atlantique » vers l’Est européen. Cette offensive géopolitique est d’autant plus menaçante qu’elle s’est accompagnée de l’installation, sur le territoire des nouveaux " États-membres ", d’un bouclier antimissile américain.

Impensable au temps de l’URSS, ce dispositif fait peser sur Moscou la menace d’une première frappe et rend caduc tout accord de désarmement nucléaire.

Impossible d’oublier, enfin, la " toile de fond " de cette démonstration de force du camp occidental maquillée en riposte aux ambitions de " l’ogre russe " : colossal, le budget militaire des Etats-Unis représente près de la moitié des dépenses militaires mondiales, dépassant en 2021 les 740 milliards de dollars.

En augmentation constante, il équivaut à neuf fois celui de la Russie, proportion qui s’élève à seize fois pour l’ensemble des " États-membres " de l’OTAN.

Hormis les faux naïfs, qui peut accréditer la fable d’une invasion militaire imminente de l’Ukraine par les forces russes ?

Prétendre que Moscou prépare la guerre pour assouvir ses appétits territoriaux aux dépens de ses voisins mériterait un éclat de rire s’il ne s’agissait d’une crise internationale sérieuse au cours de laquelle, une fois de plus, le bellicisme de Washington tente d’enrayer le déclin irrésistible d’un Occident vassalisé.

Bruno GUIGUE

Le Grand Soir.fr