Que vaut l’esclave du capitalisme ?

, par  DMigneau , popularité : 29%

Que vaut l’esclave du capitalisme ?

Je crois bien en avoir déjà causé ailleurs, mais j’ai toujours le doute qu’évoquer un bon sujet au mauvais moment n’ait pas l’impact qu’il pourrait avoir s’il était traité au bon.

Et ces jours derniers convergent tous tellement en ce sens que j’ai décidé de retenter mon sujet.

Il y a eu la conférence " Tedx " de Jorion, Monique Pinçon-Charlot, les « fainéants » de Macron et ceux « qui ne sont rien », les « anti-spécistes » vegan radicaux, des discussions sur le capitalisme comme responsable de tous nos maux…. enfin en gros une sorte de dichotomie entre les discours compréhensibles, logiques, raisonnables de la plupart des gens, avec une réalité contraire qui semble au premier abord indéfendable : les riches possèdent déjà tout et ils essaient encore par tous les moyens d’en gratter un peu plus sur le dos des pauvres.

Personne ne trouve cela normal et pourtant c’est bien ce qui se passe : on veut faciliter les licenciements pour favoriser les embauches !

Face à cette contradiction apparente, monsieur Jorion nous parle de " gratuité " et du " droit fondamental à l’existence ", qu’étant des semblables nous devrions avoir de " semblables droits ".

Tandis que certains dépensent une énergie considérable pour sauver un cochon dans un abattoir qui en tue plus de 2 000 par jour.

Ils revendiquent pour les animaux des droits équivalents à ceux des humains, sans sembler voir que ces mêmes droits accordés aux humains ne sont encore respectés nulle part : des enfants meurent de faim et vivent dans la rue, sont exploités ou contraints à se vendre pour survivre, partout dans le monde.

Si seulement toute cette énergie était dépensée pour les aider !

On peut s’accorder facilement sur le fait que les inégalités de revenus engendrent des inégalités sociales mais il est plus difficile d’intégrer la philosophie qui sous-tend cette réalité : pour ceux qui font partie des " 1 % " ou des " 10 % " si on veut être large, ils considèrent que leur " réussite " est le gage de leur supériorité : ils le méritent.

Par extension - et aussi un peu pour apaiser leur conscience - ceux qui n’ont pas réussi ne le méritent pas : ils sont inférieurs. Lorque le décalage est trop grand, il apparaît que certains Hommes ne valent rien aux yeux de certains autres.

Des fainéants, des gens " qui ne sont rien ".

Leur conception du monde et des Hommes est si éloignée de celle de la majorité que nous avons du mal à l’entendre, mais elle réside pourtant bien  : ceux qui crèvent de faim dans ce monde en sont responsables et c’est tant pis pour eux.

De toutes les manières, il n’y a pas assez pour tout le monde.

Orwell - encore lui ! - avait bien décrit cela : « les prolétaires ne se révolteront que lorsqu’ils seront devenus conscients et ils ne pourront devenir conscients qu’après s’être révoltés ».

Nous sommes la force du nombre et pourtant nous ne faisons rien pour faire cesser cette mascarade. Le système capitaliste nous épuise à la tâche pour ne pas nous laisser le loisir de penser notre condition.

Orwell écrivait aussi, toujours dans " 1984 " : « le travail physique épuisant, le souci de la maison et des enfants, les querelles mesquines entre voisins, les films, le football, la bière et, surtout, le jeu, formaient tout leur horizon et comblait leurs esprits. Les garder sous contrôle n’était pas difficile »

et puis plus loin : « tout ce qu’on leur demandait, c’était un patriotisme primitif auquel on pouvait faire appel chaque fois qu’il était nécessaire de leur faire accepter plus d’heures de travail ou des rations réduites ».

Voilà à quoi nous sommes réduits aujourd’hui.

Le capitalisme est l’ennemi contre lequel il faut lutter de toutes nos forces. Nous devons cesser d’engraisser tous les intermédiaires - qu’ils soient financiers ou politiques - et organiser notre société sans les " 10 % " qui parasitent l’ensemble de l’humanité.

Nous prêter entre nous, échanger entre nous, partager entre nous, décider entre nous, agir entre nous.

Sans notre travail et notre misère, ce sont eux qui ne sont rien. Ils ne valent plus rien. Les fainéants sont ceux qui récupèrent les fruits du travail des autres sans bouger le petit doigt : les actionnaires, les politiques, les héritiers…

Caleb Irri

http://calebirri.unblog.fr

Le Grand Soir