Quand Jean-Luc Mélenchon est accusé d’antisémitisme dans L’Humanité

, par  DMigneau , popularité : 69%

Quand Jean-Luc Mélenchon est accusé d’antisémitisme dans L’Humanité

Jean-Luc Mélenchon a été accusé dans les pages de " L’Humanité " du 12 décembre de verser dans l’antisémitisme. - Nicolas Liponne / NurPhoto

Dans le cadre de sa chronique tenue dans " L’Humanité ", l’écrivain Jean Rouaud a publié un billet accusant sans détour Jean-Luc Mélenchon d’ " antisémitisme ". Ce qui a fait bondir les proches du leader des " Insoumis " avant que le directeur du journal communiste ne prenne la plume en personne, ce mercredi 13 décembre, afin de condamner ce propos.

On savait qu’entre les communistes et le chef de file des " Insoumis ", l’ambiance n’était pas vraiment à la chaude camaraderie. Mais pas que l’animosité irait jusqu’à l’insulte. Pis, que Jean-Luc Mélenchon subirait un procès en antisémitisme de la part de ses ex-alliés du " Front de gauche ".

Pourtant, dans l’édition de " l’Humanité " de ce mardi 12 décembre - journal fondé par Jean Jaurès en 1904 puis passé dans le giron communiste dans les années 20 - l’écrivain Jean Rouaud n’y va pas par quatre chemins dans la chronique hebdomadaire qu’il tient depuis 2015.

Ce texte accuse sans détour Jean-Luc Mélenchon de verser dans " l’antisémitisme ".

Rien de moins.

Selon lui, « on a beau mettre la main sur le cœur en prenant un air outragé du genre " moi, jamais ", c’est du poison qui se distille. Et il est faux de penser qu’il se cantonne aux divisions d’extrême droite ».

Sans jamais nommer l’ex-candidat à la présidentielle mais en l’affublant de sympathiques sobriquets comme " l’apprenti bolivariste " ou " le général Quinoa de l’Assemblée ", Jean Rouaud estime que cet antisémitisme s’est révélé au grand jour dans une note de blog du tribun rédigée après son passage dans " L’Émission politique " le 30 novembre.

" Parce que de rechute en rechute, il n’est pas possible de faire comme s’il ne s’agissait que de dérapages isolés imputables à la fatigue, à un emballement lyrique ou à un journaliste pugnace ", écrit-il.

Triangle rouge contre étoile jaune

Le 4 décembre, le député des Bouches-du-Rhône avait publié une longue, très longue analyse revenant - entre autres - sur son passage dans l’émission de France 2 quatre jours plus tôt.

Dans ce texte d’un peu plus de 40 000 signes, on pouvait lire dans sa première version : " J’ai cru Léa Salamé de bonne foi quand elle m’a invité (…) J’ai cru à un super débat sur les deux doctrines économiques en présence et ainsi de suite. Je ne me suis pas préoccupé de ses liens familiaux, politiques et communautaires. Quand elle m’a pris à partie sur mon patrimoine de riche, moi le fils d’un postier et d’une institutrice, j’aurais pu lui en jeter de biens bonnes à la figure en matière de patrimoine et de famille ".

Une attaque contre la journaliste pas plus détaillée - de quel communautarisme parle Jean-Luc Mélenchon ? - qui sera modifiée quelques heures plus tard, donnant : " Je ne me suis pas préoccupé de ses liens familiaux et communautaires politiques ".

Entretemps, la phrase initiale aura notamment été relevée par l’éditorialiste de " France Inter " Thomas : " Cette phrase n’est normalement pas du registre mélenchonien. Elle est (et je ne fais jamais ce parallèle, mais là…), elle est lepéniste (jean-mariste) ".

https://twitter.com/lofejoma

Pour le chroniqueur de " L’Huma ", cet épisode n’est en fait qu’une pierre parmi tant d’autres.

" Pendant la présidentielle, il n’avait pas été difficile d’interpréter en sous-texte les symboles mis en avant (…) comme le triangle rouge se substituant sur le cœur à l’étoile jaune ", avance-t-il carrément.

Et de se lancer dans une analyse alambiquée estimant que ce triangle rouge arboré sur le veston mélenchonien " revient, par cette substitution de signe (avec l’étoile jaune ndlr), à s’emparer de la souffrance de l’autre, à la recouvrir, et in fine à la nier ".

En si bon chemin, Rouaud ne s’arrête pas là puisqu’il accuse également Mélenchon de complicité avec Renaud Camus, l’écrivain d’extrême droite, chantre du " grand remplacement ".

« Au même moment le fanatique du " grand remplacement " expliquait que la Shoah (sans la nommer, ce serait la reconnaître) n’est rien en comparaison de ce génocide programmé des Blancs européens face à la déferlante de tous ceux qui ne le sont pas. Il est des voisinages qui interdisent absolument de découper comme au pochoir des cercles, communautaires ou autres, à l’intérieur de l’humaine condition », pointe l’auteur de la chronique, intitulée " La répétition ".

Un proche de Mélenchon dénonce une " calomnie "

Un point de vue qui a évidemment fait bondir de sa chaise, et sur son clavier, Benoit Schneckenburger, le garde du corps philosophe du tribun de la " France insoumise " et secrétaire national du " Parti de gauche ".

« Pas dans " L’Humanité ", quand même ? Si, même dans " L’Humanité ", journal fondé par Jean Jaurès, on peut lire des calomnies infâmes sur Jean-Luc Mélenchon, sous la plume du pourtant d’habitude talentueux Jean Rouaud » commence l’enseignant et docteur en philosophie.

Pointant une " calomnie " qui viserait " à empêcher toute critique de la politique du gouvernement israélien ", Schneckenburger dénonce une « manipulation (qui) apparaît non seulement délétère contre ceux qui sont ainsi injustement accusés d’antisémitisme, mais elle finit par en nier le fait même. L’antisémitisme est un crime, une forme de racisme qui disparaît quand tout propos politique anti-israélien est qualifié de tel. »

Et demande à " la rédaction de L’Humanité " de prendre ses " responsabilités (…), elle qui a aussi souvent été accusée à tort d’antisémitisme ".

Le patron de L’Huma voit rouge

Message entendu.

Dans l’édition de ce mercredi 13 décembre, le patron du journal communiste prend la plume, une fois n’est pas coutume, en défense de Jean-Luc Mélenchon.

Dans un billet publié dans les pages " Débats & Controverses " et intitulé " Pas ça ! ", Patrick Appel-Muller dénonce " un texte qui ne passe pas ! ".

« Échappée à notre attention, la chronique de Jean Rouaud, hier, ouvre contre Jean-Luc Mélenchon – jamais nommément cité – un mauvais procès en " antisémitisme " », affirme-t-il.

Mettant en cause la thèse du chroniqueur selon laquelle le port par " l’Insoumis en chef " du triangle rouge aurait pour but de remplacer l’étoile jaune, " comme si les martyrs s’opposaient… ", le directeur de la rédaction voit rouge lorsque " la chronique dépeint un voisinage avec Renaud Camus " : " Qui peut prétendre sérieusement que Jean-Luc Mélenchon, auteur de puissants discours sur l’horizon méditerranéen de la France, puisse avoir quoi que ce soit de commun avec l’écrivain d’extrême droite ? ".

Rappelant qu’à " L’Humanité " « nous ne confondons pas le droit au débat d’idées (…) avec une entreprise de discrédit », le patron conclut : « " Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire ", lançait Jaurès, le 30 juillet 1903. Cela reste notre boussole. »

Ça va mieux en le disant.

Bruno Rieth

Marianne