Qu’est-ce que le scandale des " Windrush ", qui a fait démissionner une ministre britannique ?

, par  DMigneau , popularité : 0%

Qu’est-ce que le scandale des " Windrush ", qui a fait démissionner une ministre britannique ?

Face au scandale des " Windrush ", la ministre de l’Intérieur britannique Amber Rudd a démissionné dimanche 29 avril. - AFP

Ces immigrés venus des Antilles entre 1948 et 1971 ont été autorisés à rester indéfiniment sur le territoire britannique, tout comme leur descendance, sans pour autant obtenir de papier prouvant leur appartenance à la Nation. Une situation qui pose problème alors que Theresa May a durci les règles à l’encontre des immigrés.

C’est le quatrième départ du gouvernement britannique en l’espace de seulement six mois.

Amber Rudd, ministre de l’Intérieur, n’a pas résisté à la tempête du scandale des immigrés " Windrush " et a présenté sa démission ce dimanche 29 avril au soir.

Depuis plusieurs semaines, la polémique liée à la mauvaise gestion des dossiers concernant ces immigrés, arrivés sur le sol anglais entre 1948 et 1971, grossit.

Une main-d’œuvre de remplacement

" Windrush ", c’est le nom du premier bateau, le " Windrush Empire ", transportant des immigrés venus des Antilles, à avoir débarqué au port de Tillbury en 1948.

Appelés par les autorités britanniques pour combler un déficit de main-d’œuvre et aider à la reconstruction après la Seconde Guerre mondiale, 500 000 travailleurs sont venus de Jamaïque, de Trinité-et-Tobago et d’autres territoires du Commonwealth entre 1948 et 1971.

En échange, ils ont obtenu le droit de rester indéfiniment sur le territoire, par le biais d’une « carte de débarquement » reçue à l’arrivée.

Un accord officiel, dont certains se sont contentés pendant des dizaines d’années, sans penser devoir faire les démarches administratives lourdes auxquelles les immigrés sont habituellement contraints.

L’opinion publique britannique a commencé à s’émouvoir de leur situation avec « la médiatisation » de " l’affaire Albert Thompson " (un pseudonyme) : arrivé il y a 44 ans au Royaume-Uni, cet infirmier d’origine caribéenne désormais âgé de 63 ans est atteint d’un cancer de la prostate.

En échange des soins dont il avait besoin, les institutions médicales lui ont demandé plus de 54 000£. En effet, il n’avait pu prouver sa citoyenneté britannique auprès des autorités médicales, et donc bénéficier d’un traitement gratuit

Destruction des « cartes de débarquement »

Albert Thompson, comme plus de 55 000 immigrés " Windrush " de première ou de deuxième génération, est aujourd’hui considéré comme un immigré clandestin et menacé d’expulsion.

En cause, une très mauvaise gestion du ministère de l’Intérieur des dossiers liés à la " génération Windrush ".

En 2010, le " Home Office " a en effet décidé de détruire les « cartes de débarquement » de ces immigrés. La raison alors invoquée était de protéger les données des immigrés. Selon le ministère de l’Intérieur, ces cartes attestant de la date de leur arrivée sur le territoire britannique n’auraient eu aucune incidence sur l’acquisition de la nationalité britannique.

En outre, en 2012, Theresa May, alors ministre de l’Intérieur, a durci drastiquement les conditions d’immigration.

Dans la volonté de créer un " environnement hostile " aux immigrés, une loi exige alors des institutions de santé, des propriétaires de logement et des banques de réclamer à leurs usagers des preuves de leur nationalité britannique.

Or, au Royaume-Uni, la carte d’identité n’existe pas et le passeport n’est pas obligatoire. Et difficile de prouver sa citoyenneté quand les documents qui l’attestent ont été détruits par l’État lui-même.

Selon Satbir Singh, président de « l’Association d’aide aux migrants Joint Council for Welfare of Immigrants » (JCWI), des enfants d’immigrés caribéens, nés sur le sol britannique, sans statut ni papiers officiels, sont menacés d’expulsion vers un territoire que certains n’ont jamais connu.

Mensonges d’Amber Rudd

Face au scandale, Theresa May s’est excusée, ce jeudi 26 avril, auprès des dirigeants des pays des Antilles présents à Londres pour le « Sommet du Commonwealth ».

Elle a alors promis de n’expulser aucun immigré de la " génération Windrush ".

De quoi faire dégonfler la polémique … jusqu’à ce que le journal " The Guardian " révèle ce vendredi 27 avril des documents émanant du ministère de l’Intérieur mentionnant des objectifs chiffrés dans l’expulsion des immigrés clandestins.

La ministre de l’Intérieur, Amber Rudd, avait dans un premier temps nié avoir eu connaissance de ces objectifs, avant de reconnaître dans sa lettre de démission : " J’ai involontairement trompé la commission parlementaire des affaires intérieures sur les objectifs de déplacement des immigrés clandestins pendant leurs questions sur Windrush ".

Le ministre des Communautés, Sajid Javid, vient d’être nommé en remplacement.

Anna Breteau

Marianne