Qu’en est-il aujourd’hui de la protection sociale et de la santé en Grèce ?

, par  DMigneau , popularité : 0%

Qu’en est-il aujourd’hui de la protection sociale et de la santé en Grèce ?

La prétendue amélioration de la situation sociale et sanitaire en Grèce est une fiction du gouvernement SYRIZA-ANEL, avalisée par les créanciers. Derrière les déclarations fallacieuses se cache la mise à mort de l’état social et la pérennisation de la précarité. Budget social au rabais et politique de santé sans lendemain.

La soupe à la grimace d’Alexis Tsipras

Nouvelles vagues d’attaques contre les droits sociaux

Depuis août 2015 à ce jour de nouvelles mesures d’austérité sont imposées au peuple grec par le gouvernement de SYRIZA et de son allié de Droite ANEL.

Ainsi les retraites ont été davantage abaissés et l’âge de départ relevé.

Les salaires minimaux et les allocations chômage gelées.

L’imposition des foyers modestes a été intensifiée et le marché du travail dérégulé.

Les saisies des résidences principales des foyers surendettés ont commencé à être mises en œuvre.

Les lois de réforme de la protection sociale (4336/2015 et 4387/2016) surnommées " lois-guillotines ", ont appliqué la baisse des prestations et la hausse des cotisations.

La clause de déficit zéro des caisses d’assurance complémentaire, tellement décriée par SYRIZA lors de la campagne électorale de janvier 2015, a été appliquée sous une forme renforcée : « la clause de l’excédent ».

A tout cela, il faut ajouter la privatisation des infrastructures du pays et la revente scandaleuse des banques grecques à un prix dérisoire.

Budget social 2018

Monsieur Yannis Baskozos, membre du gouvernement grec affirmait le 24/10 sous la coupole de Colonel Fabien que : « aucune nouvelle mesure de réduction de l’État social ne sera appliquée par le gouvernement SYRIZA jusqu’à la fin de la mandature, au contraire des allocations exceptionnelles seront attribuées aux citoyen-ne-s dans le besoin ».

Mais, dans la soirée du 21/10, la majorité SYRIZA déposait au Parlement grec le projet de budget social pour l’année 2018 qui va dans une toute autre direction. Peut-être Monsieur Baskozos, trop occupé à préparer son voyage à l’étranger, ne s’est pas rendu compte. D’ailleurs, il nous a bien répété « qu’il fallait l’excuser de ne pas être au courant de tout ».

Pour saisir la mesure des chiffres exposés, je vous propose la règle de multiplication par 6, ratio approximatif de la population de la France par rapport à celle de la Grèce.

Dans le sillage de toutes les précédentes contre-réformes antisociales, le projet de budget social 2018 :

- diminue davantage les retraites et augmente l’âge de départ,

- réduit à néant (35 euros mensuels) " l’Allocation de Solidarité Sociale " des Retraités (EKAS),

- diminue les avantages sociaux et augmente les cotisations des salariés et retraités.

Le financement public alloué aux caisses d’assurance, à " l’Organisme National d’Offre de Services de Santé " (EOPYY) et aux hôpitaux est diminué de 616 millions pour l’année 2018.

En particulier, les transferts budgétaires réguliers de l’État vers les caisses, EOPYY, les hôpitaux et " l’Organisme pour l’Emploi " (OAED) passent de 17,911 milliards d’euros à 17,273 milliards d’euros (- 3,56 %).

En même temps, le « budget social » affiche un excédent de 1,929 milliards d’euros, contre un excédent de 1,560 milliards d’euros pour l’année 2017, un décollage supplémentaire de 369 millions d’euros, qui correspond à des charges supplémentaires pour les classes travailleuses, notamment par l’augmentation des cotisations des salarié-e-s et retraité-e-s, des « restants à charge » pour les soins , etc.

Il est significatif que, même si il est annoncé par le gouvernement qu’enfin seront payées en 2018 les retraites en retard (principales, auxiliaires, allocations forfaitaires de départ), malgré cela, les dépenses totales pour les retraites seront réduites dans la nouvelle année de 174 millions d’euros par rapport à 2017.

Rappelons ici la précédente réduction des retraites et autres avantages de 1,076 milliards d’euros de plus de ce qui était prévu par le plan d’application du mémorandum, dans le budget 2017.

Les retraites principales avaient été réduites de 446 millions d’euros, les retraites auxiliaires de 115 millions d’euros et les autres prestations de 515 millions d’euros par rapport aux prévisions.

D’après le budget (anti)social 2018, " l’Organisme grec pour l’emploi " (OAED) doit afficher des excédents budgétaires. Ceci est choquant compte tenu que seulement 10 % des chômeurs sont indemnisés et que les allocations chômage stagnent depuis 2012, année où elles avaient été diminuées.

Il s’agit d’un excédent budgétaire de 586 millions d’euros sur un budget global de 2,993 milliards d’euros provenant essentiellement des cotisations des salarié-e-s.

De ce budget seulement 986 millions d’euros (33 %) seront alloués à l’indemnisation du chômage.

En même temps, le budget 2018 prévoit des subventions aux entreprises de 450 millions d’euros - contre 350 millions en 2017 - « pour tout premier recrutement de salarié-e, pour financer les salaires, et les autres coûts occasionnés par une embauche, pendant 12 mois  ». Elles seront aussi accordées aux entreprises pour « les aider à sortir des situations bloquées », les situations où des patrons ont cessé de payer les salarié-e-s alors qu’ils les obligent toujours à travailler.

De leur côté les retraité-e-s verront leur retraites, déjà fortement diminuées, amputées d’une somme globale de 623 millions d’euros !

" L’Organisme des Assurances des agriculteurs et éleveurs " (OGA), dont la compétence a été réduite à l’octroi d’allocations spécifiques, souffrira aussi d’une baisse de financement à hauteur de 60 millions, ce qui préfigure de nouvelles coupes aux allocations sociales dont il est prestataire.

Au total le budget grec 2018 alloue à la protection sociale et à la Santé 19,4 milliards d’euros contre 21 milliards du budget 2017, soit une baisse de 1,6 milliards d’euros.

L’allocation extraordinaire prévue pour foyers « à faibles revenus », dite « dividende sociale » de SYRIZA, est à hauteur environ de 700 millions d’euros, moins de la moitié des coupes dans le budget social.

La galère des patient-e-s grec-que-s

Nouvelles coupes dans le budget de la Santé

Voilà les déclarations que nous avons entendues : « Le gouvernement de SYRIZA a autorisé l’accès aux soins de toutes les personnes non assurées. Nous mettons en place un nouveau système de soins primaires de santé. Nous avons recruté de nouveaux personnels médicaux et paramédicaux et nous en recruterons davantage »

La vérité si je mens !

Voici alors le tableau réaliste de la situation de la Santé publique en Grèce et de son financement.

De nouvelles coupes drastiques dans le financement de la Santé Publique sont inscrites dans le budget de l’État.

Ainsi le financement d’EOPYY - " Organisme National d’Offre de Services de Santé " - par l’État sera réduit en 2018 de 214 millions d’euros, alors que déjà en 2017 il avait été réduit de 200 millions (- 38 %) par rapport à 2016.

En raison de l’augmentation des cotisations santé imposées aux retraité-e-s, il est prévu qu’EOPYY présente un excédent de 333 millions d’euros en 2018. Le financement de l’Organisme par l’État - limité à 100 millions - sera utilisé « pour couvrir les coûts de soins de santé des citoyens non assurés ».

C’est-à-dire que la couverture des personnes non assurées sera financée essentiellement par les cotisations des salarié-e-s et retraité-e-s, sans subvention sérieuse par l’État.

En 2017, les cotisations représentaient 82,3 % du budget d’EOPYY, contre 79,2 % en 2016. Cela signifie la continuation dans relâche de la politique de sous-financement de la Santé et de la protection sociale par le gouvernement, alors que ne cessent d’augmenter les contributions des salarié-e-s et retraité-e-s.

Selon « Rizospastis », quotidien du « Parti Communiste grec » (KKE), il s’agit là d’une politique « d’excédents ensanglantés » !

Par ailleurs, le budget des hôpitaux publics et du " Réseau National Public de Soins primaires " (PEDY) va diminuer de 363 millions d’euros par rapport à 2017. Cette coupe brutale vient se rajouter à la réduction du financement des hôpitaux publics de 22,8 % en 2015, une réduction qui a ensuite été maintenue.

De plus, en 2017, le financement des structures du PEDY avait été diminué de 7 millions par rapport à 2016.

Au total, les coupes dans le budget de la Santé sont à hauteur de 616 millions d’euros.

La mise en application de l’accès aux soins des personnes non assurées est une avancée importante dans la direction d’une politique humaniste de Santé. Il faudrait cependant rappeler le retard avec lequel cette disposition à été adoptée, huit mois après l’accès de SYRIZA au gouvernement, alors que la ratification du 3e mémorandum s’est faite en quelques jours.

Les retards dans la mise en application du décret est le résultat des renvois successifs par le Ministère vers la commission " Santé " du Parlement et de la volonté politique de certains membres du premier gouvernement SYRIZA de rendre la loi plus restrictive.

La bataille a été finalement gagnée grâce à l’insistance du mouvement des " Dispensaires Sociaux Solidaires " et des député-e-s de l’ancienne " aile gauche " de SYRIZA.

En application de ce décret les patient-e-s non assuré-e-s ont obtenu l’accès aux examens diagnostiques et aux traitements, la possibilité de consulter un médecin et de se faire prescrire des médicaments, mais la mesure n’a pas été financée.

Comme il a été démontré, EOPYY ne dispose pas de crédits suffisants pour faire appliquer la mesure. Par conséquent, ni même les grandes structures telles que les hôpitaux universitaires « Attiko » et « Laïko » ne disposent des médicaments nécessaires pour les chimiothérapies programmées. C’est donc toujours aux " Dispensaires Solidaires Sociaux " - supposés être des structures provisoires - tel le " Dispensaire Social Métropolitain " d’Elliniko (MKIE) de trouver les moyens pour faire face aux pénuries du système hospitalier officiel.

En ce qui concerne la réforme des Soins primaires de santé, force est de constater qu’elle a bien mal démarré. À peine la moitié des postes annoncés dans les " Groupes locaux de santé " (TOMY) a fait l’objet de candidatures. Et pour cause la précarité des contrats proposés - maximum 4 ans - et les faibles rémunérations peu incitatifs même pour des jeunes professionnels de Santé.

Ici aussi ce sont les diktats des créanciers, auxquels SYRIZA reste toujours docile, qui empêchent la création de postes de professionnels titulaires. Tout cela repose d’ailleurs sur des financements non pérennes et ceci est un frein essentiel à l’élaboration de projets durables.

Le discours du gouvernement grec fait une utilisation sélective des chiffres.

Quelle est aujourd’hui la situation sanitaire en Grèce en termes de mortalité (notamment des nourrissons), de morbidité somatique et psychique, de suicides ?

Quel est le rapport " patients/ soignants " dans les hôpitaux ?

Des questions simples et précises, en réponse auxquelles les " apories socratiques " des dirigeants sont pour le moins déplacées.

Car il existe des données qui démontrent que le taux de suicide continue à augmenter et tout comme la mortalité des nourrissons qui est passée de 2015 à 2016 de 4 à 4,2 sur mille naissances.

Selon les militants du " Dispensaire Social " d’Elliniko le discours du gouvernement grec est éminemment dangereux car, en occultant la crise sociale et sanitaire qui sévit toujours dans le pays, il prive les patient-e-s et les soignant-e-s grec-que-s des soutiens internationaux pour continuer leur juste combat.

Nous avons entendu circuler en France dans les cercles militants la rumeur « de source non identifiée » qu’il n’y aurait plus besoin d’acheminer de médicaments vers la Grèce (…)

C’est aussi un discours politiquement nocif car il dédouane les dirigeants de l’Union Européenne et des instances créancières de la responsabilité pour les souffrances, les infirmités, les décès, occasionnés dans les pays « de la périphérie » par l’application des politiques néolibérales dont ils ont été les instigateurs.

Et il décrédibilise au passage tout discours politique de gauche

Et donc…

Nous affirmons avec conviction qu’il est impossible de faire une politique favorable à la protection sociale et la Santé publique dans le cadre de l’austérité néolibérale, notamment le cadre des traités européens.

Le cas de la Grèce et les turpitudes de la gouvernance SYRIZA-ANEL démontrent clairement cette thèse qui est valable pour tout autre pays européen.

La résistance des soignant-e-s grec-que-s

Emmanuel KOSADINOS

MediaPart