Proche d’Obama et perçu comme conservateur : les raisons du plébiscite de Joe Biden par les Afro-Américains

, par  DMigneau , popularité : 0%

Proche d’Obama et perçu comme conservateur : les raisons du plébiscite de Joe Biden par les Afro-Américains

Augustin Herbet analyse le profil des électeurs " afro-américains ", afin de comprendre pourquoi ils soutiennent massivement Joe Biden à la primaire " Démocrate ".

Joe Biden est désormais le grand favori pour représenter le " Parti démocrate " face à Donald Trump, après de multiples victoires aux " primaires ".

Après le tournant décisif du « Super Tuesday », l’avance de l’ancien vice-président de Barack Obama en terme de voix et de délégués s’est accrue au point qu’il est très improbable que Bernie Sanders, désormais son seul rival, soit en mesure de le rattraper.

Alors qu’il était très menacé au sein du camp " Démocrate " centriste par les milliardaires Tom Steyer et Michael Bloomberg (celui-ci ayant dépensé des sommes extrêmement importantes pour le « Super Tuesday ») ainsi que par Amy Klobuchar et Pete Buttigieg, Biden a réussi à apparaître comme le candidat centriste “ crédible ” après sa victoire en Caroline du Sud.

Ce triomphe dans les États du Sud, avec des scores très importants (40 % minimum,et jusqu’à 60 % en Alabama) s’explique par l’audience de Joe Biden auprès de l’électorat " afro-américain ".

Les États du Sud sont d’ailleurs restés, après le « Super Tuesday », ceux où le septuagénaire a obtenu ses meilleurs scores. En effet, alors qu’à l’échelle nationale 60 % des électeurs " Démocrates " sont " blancs ", 23 % hispaniques et 17 % afro-américains, dans le Sud, 25 % des électeurs " Démocrates " sont hispaniques, 37 % afro-américains et 38 % " blancs ".

Les sondages confirment ce rôle crucial des électeurs " afro-américains " pour Biden, notamment dans sa victoire avec une courte marge sur Bernie Sanders dans le Texas.

Les électeurs " afro-américains "

Cette popularité est souvent expliquée par l’attachement de cet électorat à Obama ou encore par son désir de trouver le candidat le plus efficace contre Trump. Mais la structure même de l’électorat " afro-américain " explique bien des choses.

D’après un portrait réalisé par le " Pew Research Center " sur les électeurs afro-américains " Démocrates ", on apprend que dans ce groupe, la proportion de ceux qui se voient comme " libéraux " (au sens américain, c’est à dire plus " à gauche ") est bien plus faible que chez les Hispaniques et Blancs " Démocrates ".

43 % se voient comme " modérés ", 29 % comme " libéraux " et 25 % comme " conservateurs ".

A l’inverse, les Hispaniques 37 % se définissent comme " libéraux " et la proportion atteint 55 % chez les " Blancs ". Cela n’est, en réalité, pas lié au fait que les électeurs " afro-américains " sont plus " conservateurs " mais au fait que le vote " noir " en faveur des " Démocrates " est massif (90 % des Afro-Américains ont voté Clinton ou Obama).

L’implication de ce phénomène est simple : les Afro-Américains se voyant comme conservateurs votent malgré tout démocrate, et soutiennent assez logiquement le candidat démocrate le plus conservateur à leurs yeux.

Enfin, alors qu’entre 2000 et 2019 la proportion de Blancs et d’Hispaniques se voyant comme " libéraux " a nettement augmenté, elle est restée stable chez les " Afro-Américains " ce qui a pu renforcer leur sentiment d’appartenir à " l’aile droite " du parti.

Cet élément explique les faibles scores de Bernie Sanders et d’Elizabeth Warren (les deux candidats les plus " à gauche " de la " primaire ") auprès de cet électorat, mais n’explique pas la prédominance de Biden par rapport aux autres candidats " centristes ".

Le fait que Biden ait été vice-président de Barack Obama, qu’il soit présenté par les médias comme le " meilleur candidat pour battre Trump " et les liens qu’il a bâtis avec un certain nombre d’élus " Démocrates " dans les États du Sud et d’élus " afro-américains " ont pu jouer en sa faveur.

Différences de positionnement

Quand on regarde en détail les différences de positionnement entre les " Démocrates " afro-américains et les " Démocrates " blancs, on observe que l’électorat " afro-américain " considère le racisme comme un thème central ce qui est logique et est une explication de leur vote massif pour les " Démocrates ".

Mais il s’agit aussi d’un électorat assez fortement opposé au mariage homosexuel par rapport au reste de l’électorat " Démocrate ", plus sceptique sur les régulations environnementales et étant plus attaché une vision patriotique des Etats-Unis.

On l’observe à travers la différence assez nette avec le reste des électeurs " Démocrates " sur la question : " Les Etats-Unis doivent prendre en compte les intérêts de leurs alliés même si cela signifie faire des compromis avec eux ", qui est un bon indicateur d’unilatéralisme.

L’électorat afro-américain " Démocrate " est par contre autant " à gauche " que les " Démocrates blancs " sur les questions socio-économiques ce qui est à relier au fait que ce groupe est nettement plus pauvre.

En résumé, les Afro-Américains " Démocrates " sont donc moins " à gauche " que les autres groupes pour une raison simple : quasiment tous les Afro-américains votent " Démocrates ". La diversité politique s’exprime donc en leur sein à l’intérieur du vote pour le " Parti démocrate ".

En étant le seul candidat " centriste " après plusieurs défections, Joe Biden a encore vu ses résultats augmenter lors des " primaires " dans les États du Sud : il a ainsi réalisé le score quasi-stalinien de 81,1 % dans le Mississippi, État où les Afro-Américains sont nombreux et ont donc logiquement voté " en bloc " pour leur candidat favori.

Des éléments permettent toutefois de nuancer cette analyse, et montrent qu’il existe bien un vote afro -américain plus " à gauche ". Bernie Sanders a notamment fait jeu égal face à Biden auprès des Afro-Américains dans le Minnesota (alors qu’il y a perdu l’élection), et accuse beaucoup moins de retard auprès des électeurs afro-américains dans les États ne faisant pas partie du Sud.

De manière générale, le courant " centriste " est plus fort auprès des " Démocrates " du Sud et pas uniquement auprès des Afro-Américains parmi ceux-ci.

En outre, Sanders reste en tête auprès des jeunes afro-américains ce qui rappelle que le clivage entre Sanders et Biden est assez nettement générationnel au niveau électoral.

De quoi faire naître une question en direction de " l’establishment Démocrate " : comment maintenir sa ligne " centriste " alors que les jeunes générations " Démocrates " - y compris les Afro-Américains - semblent de plus en plus " à gauche " ?

Augustin Herbet

Marianne