Procès Benalla : " C’est une scène violente mais je ne porte pas de coups volontaires ", affirme l’ex " chargé de mission " de l’Elysée

, par  DMigneau , popularité : 0%

Procès Benalla : " C’est une scène violente mais je ne porte pas de coups volontaires ", affirme l’ex " chargé de mission " de l’Elysée

Alexandre Benalla a minimisé vendredi ses agissements le 1er mai 2018 place de la Contrescarpe, parlant de " gestes techniques mal maîtrisés "

. Alexandre Benalla, 30 ans, est jugé depuis lundi pour avoir violenté et interpellé des manifestants, le 1er mai 2018, alors qu’il suivait la police en tant " qu’observateur ".

. Il est aussi accusé d’avoir détenu illégalement une arme à feu qu’il a exhibée sur une photo révélée dans la presse, et pour avoir continué à voyager avec des passeports diplomatiques plusieurs mois après son licenciement.

Il encourt jusqu’à sept ans de prison et 100.000 euros d’amende.

. Ce vendredi, Alexandre Benalla et Vincent Crase ont défendu le " bien fondé " de leur intervention, arguant qu’ils voulaient " simplement " aider les forces de l’ordre à interpeller " un agresseur de policier ".

Au tribunal judiciaire de Paris

Dans la salle d’audience, tous les visages sont tournés vers l’écran.

Le magistrat assesseur, Edmond Brunaud, est bien décidé à décortiquer séquence par séquence la vidéo tournée par le journaliste Tahaf Bouhafs le 1er mai 2018, place de la Contrescarpe.

Les images montrent l’interpellation brutale d’un couple par deux des quatre prévenus : Alexandre Benalla et son ami Vincent Crase, un gendarme " réserviste ", ancien salarié de LREM.

" La scène que tout le monde a vue est violente mais je ne porte pas de coups volontaires. Il y a deux personnes dont une qui essaie de maîtriser l’autre. Ce sont des gestes techniques qui sont mal passés, mal maîtrisés ", se justifie ce vendredi l’ex- " chargé de mission " de « l’Elysée », qui est jugé notamment pour " violences volontaires en réunion ".

Le magistrat passe et repasse la vidéo, parfois au ralenti, afin de bien comprendre le déroulement des faits.

" Ça s’appelle de la chirurgie ", sourit le juge.

Le début de la scène se passe pourtant " hors champ ". Georgios D. et sa compagne, Chloé P., la trentaine, mangent une crêpe rue Mouffetard pour fêter leurs six années de vie commune. La situation " se tend " dans le quartier où policiers et " Blacks blocs " jouent au chat et à la souris.

Soudain, le jeune homme prend un coup de matraque tandis qu’un autre CRS donne un coup de pied dans une bouteille en verre dans leur direction.

Georgios D. le reconnaît et le regrette : il s’est emporté et a lancé une carafe sur les policiers. Le couple, qui n’avait jamais mis les pieds dans une manifestation, a été condamné à 500 euros d’amende en 2019.

https://www.20minutes.fr/justice/2446711-20190208-affaire-benalla-jeune-couple-moleste-1er-mai-condamne-500-euros-amende

" Ça m’avait coupé le souffle et j’ai commencé à vomir "

Dans les minutes qui suivent, des dizaines de CRS leur tombent dessus. Et parmi eux, se trouvent Alexandre Benalla et Vincent Crase, qui suivaient les " forces de l’ordre " ce jour-là en tant " qu’observateurs ".

Le premier ceinture la jeune femme et la traine sur plusieurs mètres tandis que le second aide les CRS à interpeller Georgios D..

Il lui fait " peur " lorsqu’il lève la main au-dessus de lui, comme s’il allait le frapper. Le jeune cuisinier grec est plaqué au sol. Il est calme et essaie de parler à Crase lorsque Benalla arrive par-derrière.

" Je l’agrippe au niveau du biceps gauche et au niveau du menton, pas du cou ", assure le prévenu, précisant qu’il ne s’agissait pas d’une " prise d’étranglement ".

https://twitter.com/T_Bouhafs/status/991381135631486976?ref_src=twsrc%5Etfw%7Ctwcamp%5Etweetembed%7Ctwterm%5E991381135631486976%7Ctwgr%5E%7Ctwcon%5Es1_&ref_url=https%3A%2F%2Fwww.20minutes.fr%2Fjustice%2F3132599-20210924-proces-benalla-scene-violente-porte-coups-volontaires-affirme-ex-charge-mission-elysee

Effrayé, Georgios D. se débat.

Benalla lève la main et semble lui donner un coup sur la tête.

" J’essaie de l’attraper à l’épaule ", poursuit Benalla.

Rires de la salle.

Georgios se retrouve une nouvelle fois par terre. L’ancien proche d’Emmanuel Macron lui marche alors dessus.

" Ça m’avait coupé le souffle et j’ai commencé à vomir ", se rappelle Georgios D..

" J’étais agrippé à lui, j’ai été entraîné dans la chute et j’ai essayé de l’éviter , se défend Benalla. Si je lui avais marché dessus, je ne pense pas qu’il se soit relevé : 110 kg projetés sur quelqu’un, il y aurait eu des dégâts ".

Par la suite, Benalla empêchera les gens d’approcher du couple qui était en train de se faire interpeller.

Mais n’était-ce pas aux policiers présents en nombre de le faire ?

" C’est comme s’il y avait eu un accident de la route, c’est déjà arrivé que je demande aux gens de ne pas approcher pour filmer avec leur téléphone un accident. "

Un acte " citoyen "

Alexandre Benalla est toujours persuadé du " bien-fondé " de son intervention. Il a agi en " citoyen " » pour " maîtriser quelqu’un qui a commis des violences sur des policiers ".

Sans lui, " il y aurait eu un agresseur de policier libre en plus dans la rue ", car il affirme que Georgios voulait fuir.

" Si nous n’avions pas été là, ce monsieur n’aurait pas été entendu [par la justice] par la suite ", complète Vincent Crase. Ils sont certains d’avoir respecté l’article 73 du " code de procédure pénale " qui prévoit que " dans les cas de crime flagrant ou de délit flagrant puni d’une peine d’emprisonnement, toute personne a qualité pour en appréhender l’auteur et le conduire devant l’OPJ le plus proche ".

Même si une centaine de CRS sont présents autour ?

" C’est une tentative de maîtrise de ma part qui a été très brouillonne, mais je n’ai pas mis de coups volontaires pour lui faire mal ", insiste Benalla.

Trois ans après, Chloé P., elle, semble toujours marquée par les événements de la Contrescarpe.

" Ça a été très difficile à vivre, surtout quand l’affaire a éclaté, il y a eu beaucoup de choses dites sur nous dans les médias, explique-t-elle. Je n’attends pas grand-chose de ce procès, ce qu’on veut ce sont des excuses, ça va rester un traumatisme à vie ça c’est certain. "

Le procès d’Alexandre Benalla doit durer jusqu’au 1er octobre. Il encourt jusqu’à sept ans de prison et 100.000 euros d’amende.

Thibaut CHEVILLARD

20minutes.fr