Précariser les travailleurs pour faire baisser le chômage

, par  DMigneau , popularité : 28%

Précariser les travailleurs pour faire baisser le chômage

L’Allemagne, la Grande-Bretagne, les Etats-Unis, ils ont tous un niveau de chômage de moins de 5 %.

Comment font-ils ?

Le sauvetage de l’emploi se fait toujours par la destruction du salaire, et par le dénigrement du travail.

Doit-on précariser l’emploi pour le sauver ?

Les statistiques du chômage des Etats-Unis sont-ils valables ?

Selon les chiffres américains, le taux de chômage est de 4,4 %, un record depuis 10 ans (1). Pourtant, lorsque l’on regarde de plus près, le calcul du chômage aux Etats-Unis est bien plus complexe qu’il ne le prétend.

En effet, la politique américaine « maquille » en partie les statistiques, dans le but de faire descendre le taux du chômage.

Nous avons déjà vu çela en France. Le taux de chômage peut diminué selon la façon dont Pôle Emploi classe les chômeurs (2).

Revenons chez l’oncle Sam. Le gouvernement américain utilise plusieurs méthodes pour relativiser le taux de chômage :

- la suppression des chômeurs " longue durée ",

- l’augmentation des " inactifs ",

- les emplois " très précaires ".

Dans un premier temps, la suppression pure et simple des chômeurs " longue durée ". Lorsque la fin des allocations chômages arrivent à terme, les chômeurs ne font plus partie des statistiques du chômage. Ils sont tout simplement retirés des listes.

Puis, il y a une augmentation des " inactifs ". Les individus qui ne s’actualisent pas mensuellement sont retirés également du taux de chômage pour passer dans la catégorie des " inactifs " (3).

Bien entendu, les raisons sont diverses : oubli d’actualisation, désespoir de trouver un travail etc.

Cela peut paraître " logique " que les personnes ne faisant pas de mise à jour soit retirés des listes, mais ce sont tout de même des personnes qui ne travaillent pas. Ils ne sont ni " retraités ", ni " étudiants ", ni " en formations ", ni en " arrêts maladies ".

Dernière chose avec les emplois " extrêmement précaires ".

Au Etats-Unis, tout comme en Allemagne et en Grande-Bretagne, on mettent en place des emplois " très précaires " de quelques heures mensuelles. Un américain travaillant 1 heure par mois est donc " logiquement " retiré des statistiques de chômage.

Attention, je ne parle pas de contrats précaires de 20 h dans le mois, mais des contrats de quelques heures mensuelles. Je suis bien d’accord sur le fait que ces personnes ont un emploi, mais travailler 5 heures mensuelles n’est pas quelque chose de volontaire.

Nombre d’entres eux restent des " demandeurs d’emploi " pour un contrat à plein temps. Mais ils ne rentrent plus dans les statistiques.

Comme le montre ce graphique, entre 2013 et 2015, le taux de bénéficiaires de l’aide alimentaire a explosé au USA. Malgré le faible chômage, la pauvreté a augmenté.

Je dois signaler que B. Obama a facilité les conditions pour le droit à l’aide alimentaire. Mais cela n’explique pas la seule raison de cette augmentation.

Nous remarquons un baisse du chômage les mêmes années.

Beaucoup d’emplois très précaires ont été mis en place, et logiquement, font disparaître des individus du taux de chômage. Ce qui prouve que le faible niveau de chômage n’est pas incompatible avec une augmentation des inégalités.

Les emplois " extrêmement précaires " plutôt que le chômage

Le taux du chômage américain diverge selon comment on le calcule, comme nous le montre ce graphique :

En rouge, c’est le chiffre officiel : 4,2 % environ

En gris, le taux de chômage calculés avec les chômeurs considérés comme " inactifs " et les travailleurs en emploi " très précaires ".

En bleu, le taux de chômage prenant en compte les chômeurs de " longue durée ", les " inactifs " et ceux en emploi " très précaires ".

Le chômage aux USA est bien plus complexe qu’on le prétend.

Alors 5 % ?

10 % ?

22 ?

La réponse est difficile à trouver. Elle est surtout subjective. Pour terminer avec les Etats-Unis, même J.J Attali et la Banque mondiale avouent que le chiffre du chômage américain est sous-évalué (4).

On prend souvent pour exemple l’Allemagne.

Le pays a trouvé la solution pour réduire le chômage qui est de seulement 3,9 % en juillet 2017 (Source Eurostat) : l’augmentation de la population active et des emplois " extrêmement précaires ".

Je ne dis pas que seules ces deux éléments permettent de faire baisser le chômage en Allemagne, mais ils y contribuent.

Pendant les réformes du marché du travail entre 2003 à 2005, des " minis-emplois " ont été crées. Le salaire ne dépassant pas 450 euros et l’employeur est dispensé de toutes « charges », comme dirait Mme Merkel.

On dénombre 7,4 millions de contrats de travail de ce type !

Les allemands peuvent être embauchés pour travailler quelques heures dans le mois (5). De ce fait, ils ne sont plus dans les statistiques du chômage.

Moins de chômeurs d’accord, mais plus de pauvreté.

De plus, l’Allemagne a prévu de créer 100 000 " minis-emplois " pour les réfugiés, payé 0,80 centimes de l’heure (6) .

L’augmentation de la population " active " joue bien évidement sur le taux de chômage.

En Grande-Bretagne, le chômage est de 4,5 % pour le mois de juillet 2017, (Source Eurostat).

Il y a également les fameux contrats " 0 heure ". Environ 1,4 millions de salariés seraient concernés, selon le " Trade Union Congress " (TUC), la fédération nationale des syndicats (7).

La Grande-Bretagne depuis 2002 a réussi à diminuer la pauvreté, bien que paradoxalement, les salaires ont dégringolés. Mais depuis quelques années, malgré le maintient du très faible taux de chômage, grâce notamment à ces contrats " 0 heure ", les inégalités ont explosé (8).

La France fait toujours mauvaise figure dans le monde.

Le chômage ne diminue pas. Cela dit, on se rend bien compte que le niveau du chômage dans les pays souvent cité en exemple (USA, Alllemagne et Grande-Bretagne), se fait soit par une lecture spécifique des chiffres (USA). Soit en précarisant les travailleurs, pour plus de souplesse, de flexibilité.

En vérité, moins de sécurité et plus d’exploitation (Allemagne, Grande-Bretagne).

Devons nous précariser la société française pour faire diminuer le chômage ?

Je ne pense pas. Mais le rouleau compresseur néo-libéral veut gagner du terrain, pour faire accepter ce chemin à la population. Une société ne fonctionne pas seulement à son faible taux de chômage, mais également à la façon de vivre dignement et sainement.

Astier Valentin

MediaPart

Notes :

1-http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2017/05/0
/97002-20170505FILWWW00188-usa-le-taux-de-chomage-au-plus-bas-en-dix-ans.php

2-http://bfmbusiness.bfmtv.com/emploi/la-vraie-fausse-embellie-des-chiffres-du-chomage-904415.html

3-https://www.youtube.com/watch?v=-Nt1njHyPRE&feature=youtu.be

4 -https://www.youtube.com/watch?v=jDCcM65CzfQ

5 -http://lexpansion.lexpress.fr/actualite-economique/les-minijobs-penalisent-les-vraies-embauches-en-allemagne_1449617.html

6-http://www.lexpress.fr/actualite/monde/europe/l-allemagne-cree-des-minijobs-a-80-centimes-de-l-heure-pour-les-refugies_1823663.html

7 -http://www.la-croix.com/Actualite/Europe/Grande-Bretagne-un-pays-de-plus-en-plus-riche-des-pauvres-de-plus-en-plus-pauvres-2014-06-20-1196426

8-https://business.lesechos.fr/directions-ressources-humaines/droit-du-travail/contrat-de-travail/0204038333968-le-contrat-zero-heure-une-specificite-britannique-qui-seduit-106810.php