Pourquoi seuls les pays nordiques en Europe ont suspendu le vaccin d’ " Astrazeneca "

, par  DMigneau , popularité : 0%

Pourquoi seuls les pays nordiques en Europe ont suspendu le vaccin d’ " Astrazeneca "

Le vaccin d’AstraZeneca suscite des interrogations. VACHIRA VACHIRA / NURPHOTO / NURPHOTO VIA AFP

Jeudi 11 mars, le Danemark, l’Islande et la Norvège ont annoncé avoir suspendu l’utilisation du vaccin d’ " Astrazeneca ". Une décision liée à l’apparition de caillots sanguins chez des personnes vaccinées et au nom du principe de précaution.

Pourquoi n’ont-ils pas été imités dans le reste de l’Europe ?

Éléments de réponse avec le médecin Anne Senequier.

Sommes-nous en train d’assister au début d’une nouvelle crise de confiance ?

Ce jeudi, le Danemark, la Norvège et l’Islande ont suspendu " par précaution " l’utilisation du vaccin " AstraZeneca " contre le " Covid-19 " en raison de craintes liées à la formation de caillots sanguins. Une décision qui va à l’encontre des préconisations du « régulateur européen » qui a recommandé de poursuivre les injections.

La position du comité de sécurité de « l’Agence européenne des médicaments » (EMA) " est que les avantages du vaccin continuent de l’emporter sur ses risques et que le vaccin peut continuer à être administré pendant que l’enquête sur les cas de thrombo-embolies est en cours ", a déclaré l’agence après les décisions des trois pays nordiques.

Selon l’EMA, en l’état des informations disponibles, le risque d’une plus forte coagulation sanguine chez les personnes vaccinées contre le " Covid-19 " " n’est pas supérieur à celui observé sur l’ensemble de la population ". Le laboratoire " anglo-suédois " à l’origine du sérum controversé et le gouvernement britannique sont - quant à eux - montés au créneau pour défendre un vaccin " sûr " et " efficace ".

Analyse de la situation avec Anne Senequier, médecin et co-directrice de « l’Observatoire de la santé mondiale » à l’IRIS (" Institut de relations internationales et stratégiques ").

- Marianne : Visiblement les pays nordiques ne sont pas sur la même ligne que « l’Agence européenne des médicaments ». Quelles peuvent être les conséquences induites par ce non-alignement sur la position de cette structure de « l’Union Européenne » ?

Anne Senequier : Il n’y en aura pas, car il faudrait pour cela qu’il existe une réelle entité Européenne sur la santé. C’est d’ailleurs ce qui a manqué dès le début de la pandémie. « L’Europe de la santé » n’existe pas encore, même si elle se construit au fur et à mesure.

L’EMA a pour but d’autoriser l’utilisation des vaccins dans les pays de « l’Union ». Néanmoins la souveraineté nationale domine et laisse le choix à chaque pays d’agir comme il le souhaite.

- Marianne : Quels sont les éléments qui ont mis le doute à ces Pays Scandinaves et sur quels principes se basent-ils ?

Anne Senequier : La question qui est apparue est de savoir si oui ou non une molécule du vaccin est dangereuse. C’est assez banal, ce mécanisme est observé avec tous les médicaments.

Cette vigilance est une sorte de " phase 4 " : une fois qu’un vaccin ou un médicament arrive sur le marché, des effets qui ne s’étaient pas manifestés auparavant apparaissent, car le nombre d’utilisateurs a augmenté drastiquement.

Les pays du Nord se posent aujourd’hui des questions sur le lien entre la formation de caillots sanguins et la vaccination sans pour autant affirmer qu’il en existe un.

Tant que ce lien n’est pas établi - ou réfuté - la vaccination avec l’ " AstraZeneca " a été suspendue.

C’est une bonne chose que le " principe de précaution " existe toujours. Lorsqu’il émerge des doutes, il faut s’en soucier. Mais il faut aussi avoir à l’esprit qu’on vaccine des gens qui ont des comorbidités, parfois âgés, donc susceptibles d’avoir des troubles de la coagulation quoi qu’il advienne.

Malgré le doute qu’une telle communication peut induire dans les têtes, il faut bien comprendre qu’une décision de la sorte fait partie du cheminement usuel de recherche et développement d’un processus scientifique.

On met sur " pause " un médicament car on essaie de répondre à une question. Les médias ne font pas assez la différence entre le temps de la recherche et du questionnement et celui des certitudes.

Ils donnent " en pâture " des informations à la population qui ne fait pas bien la distinction. C’est pourquoi, par la suite, on voit germer de fausses rumeurs qui plombent la confiance envers les autorités et le monde scientifique.

- Marianne : Pourquoi cette suspension a-t-elle été ordonnée uniquement dans les pays Nordiques ?

Anne Senequier : Les autorités de ces pays font attention à ce qui est " non ordinaire " et sont plus inclusives que nous. L’attention apportée à la santé est globale notamment dans le bien-être. Les médecines " douces " et " alternatives " sont davantage présentes dans les pays du nord que dans les États du Sud.

De fait, ils ont cette capacité à conserver une confiance entre population et autorités sanitaires, et se permettent de mettre sur la place publique les questionnements.

En France, on a " politisé " la réponse à l’épidémie et on passe notre temps à " s’autoflageller " en pointant du doigt les échecs en termes de masques, vaccins etc.

- Marianne : Quel poids " AstraZeneca " a-t-il dans la stratégie vaccinale de ces pays par rapport à d’autres pays dont l’Angleterre qui le produit ?

Anne Senequier : En Angleterre, ce vaccin est de plus en plus majoritaire. Le gouvernement ayant coopté les doses, pour les réserver au niveau national.

Du côté des pays scandinaves, mettre en suspension " AstraZeneca " va retarder d’un mois leur calendrier vaccinal. Mais je le répète, la dimension éthique relative à ce choix est une bonne chose dans la mesure où ce n’est pas parce qu’on est en pandémie qu’on doit accepter " tout et n’importe quoi ".

De la même manière que les médicaments périmés sont refusés dans les « programmes humanitaires ». Cette décision me paraît donc pertinente, d’autant plus qu’en l’espèce, il y a plusieurs vaccins sur le marché.

- Marianne : Quelle est la stratégie vaccinale de ces pays ?

Anne Senequier : En termes de " déroulé stratégique ", la logistique est différente de la nôtre.

En France, nous avons fait le choix d’amener le vaccin à la population, quand la majorité des pays de l’UE - scandinaves inclus - ont convoqué les citoyens directement dans des grands centres de vaccination.

En revanche, en termes de " priorisation " des personnes vaccinées, les pays du nord sont dans la même optique que la France qui vise à privilégier les personnes vulnérables puis le « personnel soignant ».

- Marianne : Cet évènement peut-il être bénéfique au sérum de " Johnson & Johnson " qui a l’avantage d’être à dose unique ?

Anne Senequier : En France, seules 20 % des personnes vaccinées ont reçu les deux doses, il y a donc évidemment un avantage avec le vaccin de " Johnson & Johnson ".

Toutefois, cette arrivée ne doit pas être appréciée d’une manière concurrentielle. Plus il y a de vaccins disponibles et mieux c’est. La grande problématique est la disponibilité des doses.

Le fait qu’ " Astrazeneca " soit mis " en balance " est plus un problème dans la mesure où ça peut réduire la vitesse de la vaccination qui n’est déjà pas mirifique. Je constate, par ailleurs, que l’on commence à regarder du côté du " Spoutnik V ".

Il y a un " appétit " vers d’autres vaccins.

Pierre COUDURIER

Marianne.fr