Pourquoi ne mettent-ils pas Guaido en prison ?

, par  DMigneau , popularité : 0%

Pourquoi ne mettent-ils pas Guaido en prison ?

C’est une question qui revient sans cesse. Et c’est d’ailleurs dommage que cette question soit si courante, car cela signifie que tous ceux qui se la posent n’ont pas compris le problème. Il y a pourtant une réponse courte et une réponse longue à cette question.

La réponse courte : ce n’est pas le moment. Peu importe ce qu’il a fait. Ce n’est pas le moment.

La réponse longue : Guaido est la principale source d’information et d’erreurs dont ont besoin les services de renseignement vénézuéliens pour enquêter et démanteler avec succès toutes les attaques qui ont été perpétrées contre le Venezuela.

C’est Guaido et l’infiltration de son entourage, ses lignes de communication, ses contacts, ses alliés, ses ennemis internes, ses rivaux au sein de " l’antichavisme ", ses actions, ses mouvements - " secrets " ou au sein de l’espace public - qui ont permis les succès des services vénézuéliens.

Si Guaido est fait prisonnier aujourd’hui, s’il quitte le pays, ou si Leopoldo Lopez et les États-Unis le remplacent demain, il faudra repartir de zéro et ce brusque changement nous sera préjudiciable.

La course contre la montre ne joue pas en notre faveur.

En fait, nous devons accepter - même si cela ne nous plaît pas - que Guaido est nécessaire pour tendre des pièges politiques et opérationnels qui annuleront son action et détruiront les plans que les États-Unis ont construit autour de lui.

Même si cela est douloureux pour le pays, cela va au-delà des opérations secrètes. En politique, Guaidó est nécessaire car il est usé et même parce qu’il ne doit pas être un obstacle aux différentes options politiques de sortie de crise.

Guaido est devenu le principal foyer de division du camp " antichaviste " et cette division est nécessaire pour la survie de la République.

Sa position aujourd’hui est celle d’un loup (ou plutôt d’un idiot) solitaire, sa présence ne tient que par la grâce des États-Unis, mais elle ne pourra pas se prolonger éternellement.

L’opposition l’a abandonné, sauf les rares exceptions de son entourage salarié.

Guaido devient alors une " pierre d’achoppement " qui devra inévitablement céder par inertie ou par la force. La touche finale reviendra au " chavisme " mais aussi à une partie de plus en plus évidente de l’opposition.

Cela signifie qu’il existe une possibilité d’accord politique entre le " chavisme " et les deux ou trois partis politiques qui soutiennent encore Guaido et qui permettra de résoudre partiellement les problèmes liés au blocus, et de sortir de l’impasse politique en convoquant des élections parlementaires.

Même les " adecos " [membres de AD, un des deux partis qui a gouverné le Venezuela pendant 40 ans avant Chávez - NDT] souhaitent que cette élection ait lieu cette année.

Si l’objectif est la préservation de la Nation et des institutions ainsi que la cohésion du pays, alors la guerre doit être évitée.

Un Guaido en prison ou mort ne sert pas à répondre aux besoins actuels du pays ; au contraire, un Guaido en prison ou mort ne sert qu’à déclencher d’autres situations.

Lorsque Guaido ira en prison, nous saurons que son utilité en liberté est terminé et qu’il peut être éliminé une fois pour toutes du " jeu politique ".

Nous devrons attendre. On ne tardera pas à le voir.

Si certains " chavistes ", plus " chavistes " que Chávez, ceux qui « commandent » sur " Twitter " - et ils sont nombreux ! - étaient " aux commandes " du pays et décidaient de résoudre le problème à leur manière, nous serions anéantis.

J’ai le regret de vous informer qu’aucun enfantillage ou imbécilité n’est admise sur le front de la " Realpolitik ". Certaines décisions pour sortir des situations conflictuelles ne peuvent se prendre sous le coup de l’émotion ou de manière impulsive.

En tout cas, pas dans la situation actuelle du Venezuela.

Le contraire ne se produit que dans les livres d’aventures du Che, à une autre époque, sans jamais se référer à la politique qui se jouait « en coulisse » à ce moment-là.

Face à cette situation, vous avez deux options. Soit relire ce que nous venons d’exposer calmement, plusieurs fois, bien analyser « l’échiquier politique » et vous injecter une dose de réalisme.

Soit vous pouvez continuer à réagir en " bisounours " dans un monde politique imaginaire tout en affirmant haut et fort : " Je suis le plus patriote de tous ".

Franco VIELMA

Traduction de l’espagnol par Romain Migus

Source : http://ciudadvalencia.com.ve/guaido-agarran-preso/

Le Grand Soir