Pourquoi la primaire de " la gauche " fait " plouf "

, par  DMigneau , popularité : 0%

Pourquoi la primaire de " la gauche " fait " plouf "

La proposition d’Anne Hidalgo d’organiser une large primaire à gauche a rencontré peu d’écho. JEANNE ACCORSINI/SIPA

La proposition d’Anne Hidalgo d’organiser une élection pour désigner le " champion " d’une gauche unie par la présidentielle a rencontré le refus catégorique de Yannick Jadot, de Fabien Roussel et de Jean-Luc Mélenchon. Chacun a ses raisons pour écarter la perspective d’une primaire de " la gauche ".

Ce mercredi 8 décembre, on pouvait légitimement se demander si l’avenir de " la gauche " pour cette présidentielle venait de basculer.

Quarante-huit heures plus tard, il semble que le " bougé " provoqué par les propositions successives d’Arnaud Montebourg (retrait en échange d’un projet commun à " gauche ") et Anne Hidalgo (organisation d’une vaste primaire " à gauche ") s’annonce limité : le " communiste " Fabien Roussel, " l’écologiste " Yannick Jadot et « l’Insoumis » Jean-Luc Mélenchon ont tous les trois opposé une fin de non-recevoir aux suggestions de leurs concurrents.

Même si la division de " la gauche " semble condamner ses représentants à échouer au premier tour de l’élection présidentielle, chacun a ses raisons de rester dans son couloir…

Anne Hidalgo, la " primaire " de la dernière chance ?

Parfois, les " coups de poker " ne fonctionnent pas.

La proposition d’Anne Hidalgo au journal de 20 heures de " TF1 ", consécutive à un demi-tour rocambolesque à la gare de Poitiers, reste pour l’heure " lettre morte ".

Mercredi, la maire de Paris a appelé " la gauche " à " organiser une primaire " réunissant " les candidates et candidats qui veulent gouverner ensemble " à " gauche ". Pour Hidalgo, cette initiative constituerait l’unique " possibilité pour cette gauche de continuer à exister dans ce pays ".

Mais la candidate investie par le Parti " socialiste " (PS) fin octobre s’est surtout résolue à émettre cette proposition en raison de l’échec de sa campagne et de sa stagnation à un niveau très bas (3 à 6 %) dans les sondages.

«  Anne vit un calvaire , résume, lapidaire, un cadre du " PS ". Elle est cramée dans les sondages, il n’y a rien qui bouge, ses tournées en France ne donnent rien. Elle avait peu de cartes en main et elle fait un gros pari, elle met tout sur le " 5 rouge " au dernier tour de la roulette en espérant l’électrochoc. »

Problème : cette proposition rencontre peu d’écho en raison de son " timing " tardif et du sentiment qu’elle n’est mise sur la table que parce qu’Anne Hidalgo est en situation d’échec.

François Hollande a d’ailleurs " torpillé " l’idée de cette " primaire ", en estimant sur " BFMTV " qu’une candidature d’union de la gauche " n’a de sens que s’il y a un projet commun et que si tous les candidats qui se désistent pour la personnalité qui pourrait les réunir partagent les mêmes propositions, les mêmes conceptions. »

Ce qui est loin d’être le cas tant les désaccords de fond sont nombreux entre les candidats classés " à gauche ".

Autre ex-candidate du " PS " à la présidentielle, Ségolène Royal a taclé, elle aussi, sur " LCI " : " L’union ne se décide pas sur un plateau de télé (...). Hidalgo doit se désister pour l’un des deux candidats qui est devant elle [Yannick Jadot ou Jean-Luc Mélenchon] ».

La maire de Paris espérait mettre la pression sur les autres, elle se retrouve acculée dans son propre camp. Le " PS " compte toutefois tenter de " passer par la base " en s’adressant directement ces prochains jours aux cadres locaux des partis " de gauche " (LFI, EELV, PCF, PRG…) " pour leur demander de prendre officiellement position sur l’organisation de la primaire ".

L’idée est de parier sur une aspiration unitaire du " peuple de gauche " pour pousser Jadot, Roussel et Mélenchon à accepter l’idée d’une candidature unique.

Arnaud Montebourg en butte aux " boîtes vocales "

Il était le plus " à la traîne " dans les sondages et a été le premier à " tendre la main " : dans l’après-midi du mercredi 8 décembre, Arnaud Montebourg se déclarait " prêt à offrir [sa] candidature à un projet commun et à un candidat commun ", refusant « la fatalité des cinq candidatures " de gauche " lorsque toutes les autres familles politiques sont quasiment réunifiées derrière la leur ».

Une " main tendue ", mais aussi un aveu de faiblesse, à l’issue de trois mois de campagne schizophrènes marqués par les divisions de l’entourage de l’ancien ministre, tiraillé entre tentation d’un dépassement du clivage " gauche-droite " et fidélité à sa famille politique d’origine.

Décidé à jouer son " va-tout ", Montebourg a animé les « réseaux sociaux » en mettant en scène ses quatre coups de fil à Jean-Luc Mélenchon, Anne Hidalgo, Yannick Jadot et Fabien Roussel.

Si les vidéos ont beaucoup amusé les internautes, le Nivernais est systématiquement tombé sur la messagerie de ses concurrents

https://twitter.com/montebourg/status/1469251902894399488?ref_src=twsrc%5Etfw%7Ctwcamp%5Etweetembed%7Ctwterm%5E1469251902894399488%7Ctwgr%5E%7Ctwcon%5Es1_&ref_url=https%3A%2F%2Fwww.marianne.net%2Fpolitique%2Fgauche%2Fpourquoi-la-primaire-de-la-gauche-fait-plouf

L’idée d’un programme commun, mise en avant par Montebourg, est différente de celle d’Hidalgo. Pour l’ex-ministre de l’Economie, l’objectif est de fondre les cinq programmes " de gauche " dans un socle de 25 propositions, constitué par cinq projets sélectionnés par chaque candidat.

Pour le Bourguignon, le mois de janvier constitue une limite raisonnable.

Peut-il participer à une primaire de " la gauche " ?

" L’idée de la primaire semble morte ", indique-t-on dans son entourage. L’ancien " socialiste " serait ouvert à l’idée d’une telle compétition, mais il refuserait de se mesurer uniquement " en tête-à-tête avec Anne Hidalgo ". Il sera visiblement difficile de convaincre les autres de s’y frotter…

Yannick Jadot ne veut pas revenir cinq ans en arrière

Les " écologistes " ont été les premiers à donner leur avis publiquement au sujet de la primaire de " la gauche " et leur réponse fut lapidaire : " L’élection, c’est dans quatre mois et demi, il faut être un peu sérieux ", a tranché Yannick Jadot sur " Europe 1 " jeudi matin.

Pour " les Verts ", les temps ont changé : affaiblis, ils avaient " fait bloc " derrière la candidature de Benoît Hamon en 2017, avec un résultat calamiteux (6,36 % des voix pour le " socialiste ", aucun député EELV à « l’Assemblée »).

Plus question de se ranger sagement derrière le " PS " : ragaillardis par leurs bons résultats aux élections européennes et municipales, les " écologistes " se rêvent en " leaders " de la gauche française du XXIe siècle.

" Il n’y a pas d’alternative pour le camp du progrès à un projet écologiste ", martèle Jadot, qui a appelé les " socialistes " à prendre " conscience de leur faiblesse " et à se rallier à sa candidature.

Pour Julien Bayou, secrétaire national, le " bricolage " d’Anne Hidalgo s’apparente à " un coup tactique pour masquer une impasse stratégique ".

Comme son candidat, le chef des " Verts " estime qu’il serait « complètement anachronique qu’en 2022, il n’y ait pas de candidature " écologiste " » à la présidentielle. À noter, toutefois, que ce point de vue n’est pas unanimement partagé au sein du parti : Alain Coulombel, porte-parole du parti, s’est dit " très en colère face aux réponses sèches et brutales de Yannick Jadot, Fabien Roussel et Jean-Luc Mélenchon ", espérant une " candidature unique " à gauche d’ici janvier.

Fabien Roussel dans son couloir

Le " communiste " avait surpris par sa détermination à se présenter contre " vents et marées " et surtout contre Jean-Luc Mélenchon : il a logiquement refusé de s’engager dans la primaire de " la gauche " proposée par Anne Hidalgo.

« Une primaire permet seulement de régler un problème de casting , a fait savoir l’entourage du candidat à l’AFP. Or, le problème de " la gauche " aujourd’hui, c’est qu’elle ne parle plus aux classes populaires. Fabien Roussel est candidat et le restera. »

L’intéressé a complété sur " France Info ", en refusant de relier " l’espoir à gauche " à " un problème de personne ".

Le " communiste " s’est lancé dans une campagne qui résonne comme un enjeu identitaire pour le PCF : absent des deux dernières élections présidentielles, le parti est décidé à s’émanciper de la tutelle de Jean-Luc Mélenchon pour cette fois. Et ne risque pas de s’engager dans une " primaire " provoquée par les " socialistes "…

Mélenchon, un refus logique

Il est le candidat le mieux placé et serait sans doute le favori d’une primaire de " la gauche " qui pourrait le propulser en position favorable pour le premier tour

Mais personne n’a été surpris de voir Jean-Luc Mélenchon repousser sans hésitation la perspective de se confronter à Anne Hidalgo et les autres. Même s’il souhaite changer les institutions, « l’Insoumis » joue le jeu de la présidentielle version Ve République, rencontre d’un homme et d’un peuple : il a toujours refusé de s’engager dans des primaires partisanes.

« On est à quatre mois de la présidentielle et on va faire un congrès du PS à " ciel ouvert " ? Franchement, cela respire l’improvisation  », a-t-il cinglé sur " LCI ".

Autre point fondamental pour les « Insoumis » qui entretiennent des relations exécrables avec quasiment tous les autres partis " de gauche " : la centralité de leur programme, " L’Avenir en commun ", décrit par Mélenchon comme " le cœur de l’union populaire " qu’il souhaite mener.

" Jean-Luc Mélenchon est le seul candidat avec un programme ", assène le député « Insoumis » Alexis Corbière.

" La France insoumise " espère profiter de la même dynamique qu’en 2017, en bénéficiant d’un phénomène de " vote utile " qui agrégerait dans les dernières semaines les suffrages de gauche en faveur du candidat le mieux placé.

Pour l’instant, « JLM » est effectivement en tête de la gauche dans les intentions de vote. Mais son score reste pour l’heure faible (autour de 10 %) et il reste une personnalité clivante.

Cacophonie en vue ?

Les organisateurs de la " primaire populaire " sont probablement les Français les plus réjouis par la proposition d’Anne Hidalgo.

Depuis le lancement de leur initiative, ces militants, qui revendiquent 260 000 inscrits sur leur plateforme, ne cessent de pousser les appareils de gauche à organiser un vote pour déterminer un candidat unique.

La proposition d’Anne Hidalgo, qui les avait pourtant " snobés " fin novembre, les a regonflés " à bloc " et motivé à organiser de pittoresques " sit-in " devant les QG de campagne de Jean-Luc Mélenchon et Yannick Jadot pour leur mettre la pression.

Si la désignation d’un candidat de gauche devait passer par la " primaire populaire ", la situation se complexifierait encore davantage.

L’organisation a déterminé son propre " modus operandi ", qui implique la participation impérative des dix candidats potentiels ayant reçu le plus de parrainages : Hidalgo, Jadot et Mélenchon… mais aussi l’économiste Gaël Giraud, les « Insoumis » François Ruffin et Clémentine Autain, le député européen Pierre Larrouturou (le seul à se réclamer de la " primaire populaire ")… et Christiane Taubira, icône de " la gauche " des centres-villes, qui laisse bruisser de nombreuses rumeurs sur sa volonté de participer à cette élection présidentielle.

Même Ségolène Royal a tenu à faire savoir que " si [son] nom sortait, [elle] prendrait [ses] responsabilités ".

De quoi rajouter deux candidates potentielles à un environnement déjà très chargé.

Hadrien MATHOUX

Marianne.fr