Pourquoi " Uber " est en train de se prendre le mur de Wall Street

, par  DMigneau , popularité : 0%

Pourquoi " Uber " est en train de se prendre le mur de Wall Street

Le grand saut d’Uber dans l’univers agité de la bourse s’est soldé par une baisse de 8 % - Xinhua News Agency/Newscom/MaxPPP

La célèbre plate-forme de VTC affolait l’imagination des boursiers. Ils attendaient une valorisation supérieure à 100 milliards de dollars. Après le premier jour de cotation, l’affaire vaut en réalité 70 milliards. Et réalise toujours des pertes !

" Uber ", que 70 milliards de dollars !!

Que ” ?

Familier des sommes à multiples zéros, « Wall Street » peut s’autoriser une telle formule. Grisés par la " techno-spéculation ", des investisseurs attendaient une valorisation à 120 milliards pour la célèbre plate-forme de VTC.

Son " grand saut " dans l’univers agité de la bourse s’est soldé par une baisse de 8 %. Le " bouillon " pris par " Lyft ", son challenger qui l’a précédé de quelques semaines au " New York Stock Exchange " (NYSE), n’est pas pour rien dans cette valorisation “ au rabais ”.

En quelques jours de bourse, le cours de " Lyft " est passé de 72 à 55 dollars.

Le cours d’" Uber " suivra-t-il le même chemin ?

Difficile à dire à quelques heures de la deuxième séance. Au-delà des gestes de mauvaise humeur des boursiers, des séances en " montagnes russes " les premiers jours de cotation, le destin économique d’" Uber " repose sur un triple pari économique.

- S’imposer comme un monopole

Le premier d’entre eux : s’imposer comme un monopole.

C’est la stratégie de base de la plate-forme. Être partout dans le monde, sur tous les terminaux mobiles, et disposer d’un maximum de véhicules roulant pour elle.

C’est ce pari de " la rente à venir " qui justifie qu’" Uber " soit en perte et crame 3 milliards de dollars " de cash " par an. Or, sur cette activité comme dans d’autres, la Chine a fermé ses portes aux entreprises de la Silicon Valley, au profit de ses champions nationaux.

Résultat : " Uber " a dû vendre sa filiale de " l’Empire du milieu " à son concurrent local.

Ensuite, la concurrence n’a pas dit son dernier mot. Même aux Etats-Unis, " Uber " continue d’être concurrencé par les taxis mais également par " Lyft ".

Enfin, un petit sujet et pas le moindre : la taille du marché.

Le secteur du transport individuel avec chauffeur pèse 100 milliards d’euros... l’équivalent de la valorisation d’" Uber ".

- Ne pas se faire rattraper par la réglementation

Deuxième pari : ne pas se faire rattraper par la réglementation.

Or, c’est le contraire qui est observable. Partout dans le monde, la régulation se durcit et les actions en justice se multiplient, notamment dans le sens de la requalification en contrat de travail de la relation d’" Uber " avec ses chauffeurs.

Il faut dire que pour gagner leur croûte, les chauffeurs doivent travailler un temps considérable, ce qu’" Uber " cherche d’ailleurs à masquer au travers de différentes études.

L’écrasement des prix de la course, rend le " turn over " des chauffeurs trop important et fragilise le système pour " Uber " lui-même.

En France, la commission de la plate-forme est ainsi de 25 % hors taxe.

- Quel atout technologique ?

Troisième pari : « l’atout technologique ».

La technologie développée par la plate-forme, c’est un peu comme si " Tinder " et une « carte bleue » avaient fait un bébé, soit une plate-forme de mise en relation de chauffeur et de client, avec un système de micro-paiement, adossé à de la géolocalisation.

Pas exactement " le must " technologique.

Et surtout, n’importe quel acteur peut le répliquer et capter les clients d’" Uber ".

Contrairement, à " Facebook " où les consommateurs ont " nourri la bête ", mais disposent en contrepartie d’une sorte de " journal intime " collé à une messagerie, l’utilisateur d’" Uber " ne dispose au mieux que de son " historique de course ", dont la valeur sentimentale est proche de zéro….

Et l’avenir n’est pas rose.

Si " Uber " a encore besoin de chauffeurs pour conduire ses clients, il mise à terme sur la voiture autonome. Or, à ce jeu-là, " Google " et surtout " Tesla " ont pris une sacrée longueur d’avance.

Voilà qui explique pourquoi le titre " Uber " risque fort d’être chahuté. Mais tout n’est pas perdu pour tout le monde. En particulier pour les premiers venus - donc avant l’introduction en Bourse - comme " First Round Capital ", " Sequoia Capital ", " Benchmark ", " Goldman Sachs ", " Google Ventures ", " Kleiner Perkins " mais aussi les premiers employés payés en " stock options ", comme Travis Kalanick, l’ex-patron d’" Uber " propriétaire de 9 % des titres.

Et puis on trouve Jeff Bezos, qui est entré assez tôt dans la danse. Il a posé sur la table 3 millions de dollars qui en valent près de 400 millions.

La société " façon cool " de la Valley pour millionnaires avec tout plein de " petites mains " payées " au lance-pierre " pour assurer les tâches à faible valeur ajoutée, avant leur remplacement par des robots : voilà en fait le vrai pari d’" Uber ".

Emmanuel Lévy

Marianne

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