Pourquoi Trump a rejeté l’accord sur le nucléaire Iranien

, par  DMigneau , popularité : 0%

Pourquoi Trump a rejeté l’accord sur le nucléaire Iranien

Le président des USA, Donald Trump, a donc signalé le 9 mai 2018 qu’il retirait son pays des accords conclus entre " la communauté internationale " et l’Iran concernant le programme nucléaire Iranien.

Accord qui obligeait l’Iran à accepter une supervision de ses installations nucléaires – mais pas de ses bases militaires – en échange de la levée des sanctions économiques.

Parmi ces sanctions figure le bannissement du système monétaire SWIFT qui permet les payements internationaux.

Je vais ici fournir une réflexion - j’aimerais pouvoir dire " analyse " - sur les raisons de cette décision.

La première explication est que Trump est stupide et ignorant.

Ce n’est pas impossible, mais il est entouré de conseillers et eux ne sont certainement pas tous des crétins. Ils n’auraient pas permis une telle décision si ils n’avaient pas – au moins un peu – approuvé la chose.

Le président des USA n’est pas omnipotent, il est plutôt « la figure de proue » - ou « la marionnette » - de tout l’appareil étatique des USA, qui va de l’industrie militaire aux « géants » de la Silicon Valley, en passant par « la machine à propagande Hollywoodienne » et « la pompe à fric » de Wall Street.

Partons donc du principe que la décision a été réfléchie et qu’il y a des vrais avantages pour les USA à avoir rejeté cet accord.

Commençons par le critère généralement approuvé du cui bono : " à qui profite le crime ".

Et, inversement, à qui est-il nuisible.

Premièrement, les 2 seuls pays à avoir immédiatement applaudi la décision sont Israël et l’Arabie Saoudite. Ceux qui l’ont immédiatement condamné sont l’ONU et les pays Européens.

Israël

Israël est obnubilé par l’Iran et déclare depuis 1984 - plus de 30 ans ! - que l’Iran n’est qu’à 2 ans de fabriquer une bombe nucléaire.

On comprend donc qu’Israël soit content que les USA soient " de leur côté " à condamner l’Iran et son – supposé – " programme nucléaire ". Même si tous les organismes internationauxONU et AIE inclus – affirment que l’Iran respecte tous les termes de l’accord.

Israël a la bombe atomique sans être signataire du « Traité de non-prolifération », ce qui fait que les Iraniens savent que leur pays serait rayé de la carte si vraiment ils attaquaient Israël avec des missiles atomiques.

Il faut donc voir les intérêts d’Israël dans le rejet de cet accord ailleurs. Et comme souvent, des problèmes de politique intérieure peuvent être cachés par une bonne petite guerre à l’extérieur.

D’un, le premier ministre Netanyahu est accusé pour corruption et « détournement d’argent public » dans plusieurs affaires, et agiter l’épouvantail de la « bombe atomique Iranienne » permet de détourner l’attention de la population du pays.

C’est un subterfuge classique.

Deuxièmement, la pression internationale sur Israël concernant les territoires occupés Palestiniens devenait très forte depuis quelques années, surtout depuis la guerre non-gagnée contre le Hezbollah en 2006, l’opération " Plomb Durci " dans la bande de Gaza en 2008-2009 et l’abordage des « bateaux de la flottille pour Gaza » dans les eaux internationales de la Méditerranée en 2010.

Le « printemps Arabe » puis la guerre de Syrie ont permis de moins parler de l’occupation des territoires Palestiniens, mais la fin prochaine de ces conflits remettra inévitablement ce problème " sur la table ".

Il en résulte que l’intérêt d’Israël n’est pas une grosse guerre ouverte avec l’Iran dont l’issue serait incertaine, encore moins une invasion avec troupes au sol, mais plutôt une guerre larvée " de basse intensité " qui permettrait à Israël de s’afficher en victime et repousserait automatiquement toute tentative de résolution de la question Palestinienne.

Arabie Saoudite

Les problèmes de l’Arabie Saoudite avec l’Iran sont doubles :

D’un côté, il y a une composante religieuse, « Islam Shiite » contre « Islam Sunnite », qui est millénaire.

Personnellement, je doute que ce soit autre-chose qu’un prétexte, même des crétins « Wahabites » ne feraient pas la guerre pour si peu, mais ça permet de galvaniser les foules à peu de frais.

Mais surtout, l’Arabie Saoudite a un problème démographique interne : la moitié de la population a moins de 25 ans. Ces jeunes sont privés de tout ce qui est disponible pour la jeunesse partout dans le monde – musique, alcool, danse, sorties, cinéma, sport ... – et ont pu être occupé « à rien faire » avec l’argent facile du pétrole jusqu’à maintenant.

Mais les finances publiques sont devenus déficitaires avec la chute des cours du pétrole et donc " l’argent ne coule plus autant à flots ".

Le risque est trop grand que ces jeunes se rendent compte qu’on leur vole à la fois leur vie présente avec des restrictions moyen-âgeuses, mais aussi tout espoir d’améliorations futures, et en suivant l’exemple du « printemps Arabe », ils pourraient se révolter contre la maison des Saouds avec ses centaines de princes milliardaires.

Le régime de l’Arabie Saoudite a donc besoin d’une guerre pour occuper ses jeunes, voire, si on est encore plus cynique, pour éliminer une partie de ses jeunes en vue de réduire leur nombre et donc le risque de révolte qu’ils représentent.

Une guerre avec « l’ennemi Shiite » de toujours permettrait à la fois " d’envoyer à la boucherie " des jeunes en mal d’activité, mais aussi de supprimer la production pétrolière Iranienne qui feraient remonter les cours du pétrole et aideraient donc les finances Saoudiennes.

Sans ça, c’est la révolution assurée. Il s’agit donc d’un mouvement désespéré de la part du régime en place.

Europe

« L’Europe » a beaucoup plus de relations économiques avec l’Iran que les USA, donc un retour de l’Iran dans le cercle économique mondiale aiderait « l’Europe » et peu les USA.

Or, même si certains prétendent que l’Union Européenne est une invention des USA, il est certain que la puissance économique Européenne fait de l’ombre aux USA, à tel point que désormais ce sont les normes Européennes qui font les normes internationales.

Affaiblir l’Europe, mais sans la faire exploser totalement, permet de garder ce " partenaire " devenu concurrent sous tutelle.

Et ce d’autant plus que « l’€uro » commence à faire concurrence au dollar dans certains échanges internationaux et une des raisons de la terminaison de l’accord Iranien serait que l’Iran fait désormais son commerce international en €uros et plus en dollars.

C’est d’ailleurs une décision similaire qui avait provoqué la troisième guerre de l’Irak ; celle de W. Bush Jr, après celle de Bush Sr. et celle de Clinton-Levinsky.

Le fait que la guerre d’Irak a, en supprimant Saddam Hussein, renforcé l’Iran et la population shiite en Irak, a peut-être échappé aux décideurs US.

Ou alors, ils pensent avoir tiré les conséquences de ces erreurs, qui sait.

En tout cas, vu d’Europe, la conséquence sera probablement que les Européens se détourneront du " leadership " US et se forgeront une organisation militaire Européenne plus indépendante de l’OTAN.

On peut l’espérer en tout cas.

Russie

Sous Vladimir Poutine, la Russie a redressé la tête après les années noires de l’ivrogne Yeltsin, et avec l’annexion réussie de la Crimée puis la défense réussie de la Syrie, elle a montré sa puissance militaire retrouvée, et aussi sa détermination à ne plus subir le dictat US.

Les sanctions US n’ont pas affaibli ni le régime ni même la population, car la Russie s’est lancée dans la modernisation de son économie et de son industrie, en se tournant en particulier vers la Chine qui est devenue la première puissance économique.

Chine qui a aussi ses propres antagonismes avec les USA et joue donc volontiers " le partenaire " pour la Russie.

L’objectif des sanctions contre l’Iran servirait donc à affaiblir un " partenaire " de la Russie, mais franchement on ne voit pas très bien ce que ces sanctions pourraient concrètement faire à la Russie.

Par contre, c’est encore une épine dans le pied des Européens, dont les industriels aimeraient en finir avec les sanctions économiques contre la Russie.

Les " petro-dollars "

Et là, bien-sûr, c’est la gros morceau.

Jusque-là, on n’a évoqué que des avantages indirects pour les USA, que ce soit en aidant " des alliés " ou en incommodant des concurrents.

Il n’est d’ailleurs pas toujours évident de savoir si « l’Europe » est un " partenaire " ou un adversaire pour les USA, et qui entre Israël et l’Arabie Saoudite est le vassal ou le Maître.

Mais quand il s’agit du dollar, les USA ne connaissent aucune pitié.

Et là, je me réfère à un de mes articles précédents : " Les raisons de l’effondrement financier ".

L’idée est que le système monétaire " occidental ", celui qui a résulté de la sortie des USA des « accords de Bretton-Woods » et la fin de la convertibilité des dollars en or, est basé sur un principe qui oblige une expansion exponentielle de la quantité de monnaie en circulation.

Ce système marchait " à-peu-près convenablement " avec une économie en expansion, mais est incompatible mathématiquement avec une économie mondiale en stagnation, ce qui a résulté dans l’effondrement du système bancaire en 2008.

Depuis, ce système est " sous perfusion ", mais cette perfusion va un jour prendre fin et alors l’effondrement sera final, ne pourra plus être rafistolé par les « Banques centrales ».

A cause des intérêts manquants, il y a beaucoup plus de dettes que « d’avoirs », c’est-à-dire d’argent en circulation, et un jour ou l’autre ce système va imploser.

Il y a alors 3 issues possibles :

- les « Banques centrales » peuvent créer l’argent des intérêts manquants sans contreparties économiques (" monétiser la dette ") ce qui historiquement mène à l’hyperinflation.

Les « Banques centrales » ont essayé cette technique mais les Allemands s’y sont opposés et ça n’a donc pas porté les fruits voulus.

- « la société » peut reconnaître l’impasse de la situation et préférer vidanger le système monétaire d’un coup en « faisant défaut » sur ses dettes jugées " odieuses " pour repartir sainement.

Il va sans dire que c’est la dernière chose que les " banksters " de Wall-Street accepteront.

- ne prendre aucune décision désagréable dans l’espoir que le problème partira " de lui-même ", ce qui pourrit la situation jusqu’au point de rupture et amène la violence : révolution, dictature ou guerre.

Et là, nous sommes en plein dedans.

L’objectif d’une guerre ne serait donc pas « de la gagner », mais d’utiliser la destruction que cela entraîne pour justifier l’implosion du système monétaire occidental, c’est-à-dire des « petro-dollars ».

Vous imaginez bien que les dirigeants de J-P Morgan ou de Goldman-Sachs ne peuvent pas dire soudainement : " Les gars, votre argent à la banque a disparu, ça fait 100 ans qu’on vous arnaque, mais ça ne sert à rien de vous plaindre car de toutes façons on ne peut rien y faire, c’est fini. ".

Ils seraient lynchés le jour même.

Ils savent comme vous et moi que leur système est fini, mais ils ont besoin d’une excuse, d’un bouc-émissaire à qui ils peuvent attribuer la faute.

C’est sur ce dernier point que je voudrais insister : on a souvent tendance à croire que les gens font la guerre " pour la gagner ", parce-qu’ils pensent qu’à la fin ils auront l’avantage.

Dans ce cas précis, dans le cas de la guerre annoncée avec l’Iran, je suis convaincu que les 3 protagonistes principaux – les USA, Israël et l’Arabie Saoudite – ne compte pas gagner la guerre, mais juste utiliser la destruction qu’elle engendre pour la destruction elle-même, à des fins de politique interne.

Les milliers (voire millions) de morts ne serviront qu’à cacher la faillite du système actuel, que ce soit le Sionisme, le Wahabisme, ou le « petro-dollarisme ».

C’est à cette vision des événements que je voudrais éveiller le lecteur : la prochaine fois que vous entendrez parler de ce sujet, demandez-vous si le but de la guerre en préparation ne serait pas la guerre elle-même, sans aucune volonté de la gagner, sans aucun autre objectif, juste « la destruction pour la destruction ».

Zolko

AgoraVox