Pourquoi ?

, par  DMigneau , popularité : 66%

Pourquoi ?

Réflexion qui se veut sans prétention sur la domination moderne....

Il existe deux grands types de dominations qu’exerce le système capitaliste aujourd’hui.

La première, la plus ancienne, très ancrée dans l’imaginaire occidentale, vieille descendante des anciennes sociétés hiérarchisées, est la domination dite " Physique ". Celle-ci entend préserver les tendances dominatrices de la société via la force brute ce qui consiste en :

- Épuisement physique et mentale des classes populaires et moyennes, notamment par le travail. (Voir ci-après)

- Lobbying forcené auprès des pouvoirs publics, corruptions ou menaces (la ruine économique que pourrait engendrer une politique alternative, par exemple)

- Stratégie du choc qui consiste, dans un moment de crise, d‘approfondir les politiques capitalistes, soi en douce soi en les présentant comme une solution miracle.

La seconde domination est " Insidieuse ". Elle utilise notamment les ressorts culturels pour mettre en avant au sein de la société certaines valeurs ou idées, comme, par exemple, l’individualisme et la notion de chacun pour soi ou encore un certain catastrophisme qui voudrait que le système économique capitaliste soit indépassable et seul à même d’apporter la stabilité. Évidemment cette liste n’est pas exhaustive...

LES MIRAGES DU SYSTÈMES

La puissante courroie de transmission des idées capitalistes est le média généraliste et notamment télévisé, toutefois ce dernier se heurte à une nécessaire « illusion de liberté », (c’est-à-dire ne pas réprimer les voix discordantes contre le régime afin de ne pas créer de désir autour de ce dernier, voir même dans certains cas à participer à la moquerie et à la dénonciation du système, le but étant de concentrer une potentielle énergie révolutionnaire à dénoncer plutôt que combattre.)

De ce fait, les valeurs produites et diffusées dans la société paraissent hétéroclites. Cependant quelques grandes valeurs se démarquent, notamment l’individualisme, la recherche de la satisfaction immédiate et l’immaturité « adulte ». Au niveau des références dites « morales », on y retrouve des concepts comme la charité, le mérite, la valeur travail et le culte de la possession. Ces derniers sont intimement lié au système de domination qui fut précurseur du Capitalisme, le dogme dominateur " monarcho-religieux ".

Néanmoins, ces valeurs ont tendance à être plus ou moins présentes selon les époques. Si elles furent très influentes durant les débuts d’expansion du Capitalisme occidental, elles se sont peu à peu affaiblies avec « l’humanisation » de celui-ci. Parfois, elles refont surface quand le système traverse une crise et est incapable de respecter le contrat social.

Évidemment, ces valeurs, leurs racines, contenus et liens avec le Capitalisme peuvent fortement varier d’un pays à l’autre et ne sont pas à confondre avec les « bonnes » valeurs morales issus des longues luttes de résistances et de conquête et qui permettent de contrebalancer l’influence culturelle libéral.

Au niveau politique, sous-entendre que les partis politiques libéraux peuvent représenter l’opposition dans un système lui-même libérale est un facteur vitale pour sa survie.

Elle soumet l‘idée que, même dans une société profondément libérale, les thèses de cette dernière y sont mal appliquées ou dosées. Afin de renforcer cette perception, les médias substituent généralement les débats économico-sociales aux débats sociétaux, ces derniers permettant de créer de faux clivages au sein de la société et donc de donner une posture antisystème a des partis libéraux, ce qui peut aboutir au détournement de certaines colères, révoltes ou interrogations légitimes sur l’économie.

Par ailleurs, sur le plan économique, il existe aussi une rhétorique « libéralo-populaire » qui généralement se base sur la dénonciation de l’État et plus particulièrement de l’impôt, qui a une influence très palpable sur le quotidien afin de rallier les couches prolétaires aux idéaux libéraux.

Le détournement, appropriation et falsification sémantique et terminologique est enfin la dernière clé de voûte dans la manipulation des masses.

Elles permettent aux thuriféraires du Libéralisme de s’approprier des concepts abstraits, généraux et qui provoquent l’unanimité chez plus ou moins tout le monde, comme par-exemple la « liberté » la « responsabilité » le « pragmatisme » ou la « modernité », parallèlement un terme comme " libéral " ne sera jamais quasiment jamais employé en France, car connoté.

Cette technique s’applique aussi dans le détournement visuel, extrêmement utilisé dans la pub, afin que des images, couleurs ou dessins spécifiques soient intrinsèquement liés à un concept. Par exemple dans le cas de produits, un design soigné, sobre avec des couleurs reflétant une certaine valeur (tel que l’or ou l’argent) donnera la fausse impression que c’est forcément un produit de qualité.

Enfin, le Libéralisme se veut aussi anti-idéologique et objectif. Contrairement aux idéologies adverses, il se proclame neutre, se reposant uniquement sur une prétendue efficacité.

L’HÉGÉMONIE CULTURELLE

Afin de transmettre efficacement ses valeurs le Capitalisme a su développer toute une série d’astuces.

La destruction - ou du moins l’affaiblissement ou la soumission - de l’Education nationale en est le point central. Il est combiné à l’épuisement physique et mental infligés aux parents via le travail, ce qui amène au développement de « l’éducation alternative » avec principalement la surexploitation de la télévision. Ceci causant une attente démesurée des parents envers l’Education nationale, alors qu’elle est elle-même affaiblie.

La boucle est bouclée et le matraquage idéologique peut être martelé dès le plus jeune âge.

Le surdéveloppement de la société de consommation qui multiplie les divertissement « intellectuels » permet d‘exploiter l’aliénation mental exercé par certains travails. Elle tire également profit de l’effondrement des grandes idéologies politiques et religieuses engloutis par la pensée unique.

Cette " sur-multiplication " d’une société de divertissement hédoniste où la consommation tout azimut est reine, permet de dévier la pensée intellectuelle, ou de flatter ses plus bas instincts, vers d’autres centres d’intérêts que la politique non politicienne. Cette dernière étant entretenue et même largement mis en avant par les médias, afin de créer une image particulièrement connotés et élitiste du politique, ce qui contribue à encore plus éloigné l‘homme de la rue de la réelle pensée politique...

Les effets de la domination capitaliste sur la masse pensante sont diverses. Tout d’abord, elle n’aura que peu d’effet sur les électeurs dit " convaincus " c’est-à-dire ceux qui sont déjà influencés par une idéologie politique notamment grâce à leur éducation.

Sur l’électeur dit " neutre ", qui sont les plus nombreux, dont l’éducation n’a pas su créer un ralliement à une idéologie politique particulière et qui donc se cherche politiquement, les effets peuvent être multiples. A noter que l’expérience personnelle et sa propre condition sociale peut avoir un effet particulier sur les convictions qu’importe l’individu.

LE LAVAGE DE CERVEAU

L’électeur " croit " les balivernes claironnées par la pensée unique, avec plus ou moins de foi. Généralement, ce seront des approbations à quelques idées simples, (et non l’idéologie en bloc), mais déterminantes pour la conduite d’un pays au sein d‘un système capitaliste, comme le remboursement de la dette, la baisse des dépenses publiques, des impôts ou des cotisations...

LA RÉSIGNATION

Elle découle de deux symptômes, l’arrivée au pouvoir d’un parti qui entend " changer " les turpitudes traversées par le peuple (généralement un parti de " Gauche " donc) et qui se renie sur la question et trahit son électorat. Cela aboutit souvent à une posture de résignation de ces derniers, le fameux " ça ne sert à rien de voter ".

LA RÉVOLTE

L’électeur se révolte contre le système et va donc chercher à donner corps à cette révolte. Selon l’époque, le pays, l’éducation, la portée de la révolte, (conquête ou défense des acquis), le statut social de l’électeur en question, elle peut donner des ralliements diverses : de la Gauche " radicale " à l’Extrême Droite en passant par l‘implication " anarchiste " ou " associative ".

Plusieurs facteurs vont guider le révolté durant sa prise de conscience.

Tout d’abord les valeurs globales inconscientes de la société en question ; étant donné qu’elles sont largement infusées par la pensée capitaliste (l’individualisme notamment), elle favorise le ralliement à des pensées d’extrême droite. Ainsi, « pousser » le révolté à l’Extrême Droite est une autre composante essentielle de la domination du système afin de stériliser une éventuelle opposition.

L’Extrême Droite se servant généralement de l’immigration et plus globalement du thème de l’identité comme cause des maux sociaux, cela permet de détourner à nouveau les critiques envers le capitalisme.

De plus, les médias savent profiter de l’Extrême Droite, notamment en « poussant » ou favorisant son travail de conquête des révoltés en mettant l‘accent sur des faits divers, ou des problèmes de société, corrélés de manière subtile aux questions soulevés par l‘Extrême Droite, ceci favorisant sa conquête de l’électorat.

La peur du déclassement (voir la peur tout court) est un carburant essentiel pour la montée de la Droite alternative, contrairement à un esprit de conquête des libertés qui favorisent généralement la Gauche.

Pousser l’électeur à s’abstenir est également une technique qui a fait ses preuves. Pour cela, les médias présentent une certaine caricature du politique en général, afin que la pensée d’un électeur aboutisse à un " tous pourris " si il se révolte. Ce " tous-pourris " est également un bon coup de pouce à l’Extrême Droite qui surfe souvent sur ce thème.

LE CYNISME JE M’EN FOUTISTE

Il s’agit tout simplement de ne pas du tout s’intéresser à la question et de se débrouiller " soi-même ". Cette égoïsme spécifique, accompagné parfois d’un cynisme particulier, qui se veut moqueur du système de ses affidés et de son antithèse, est aussi une résultante de l’influence des valeurs capitalistes.

À noter qu’au sein même des convaincus politiquement, le Capitalisme a ses effets, notamment sur l’expression de certaines valeurs. Si les libéraux sont lovés dans ce système, mais toutefois applique la règle du « mal appliqué / toujours plus », les penseurs de Gauche sont eux aussi touchés. Ce qui peut affecter, non pas leurs votes, mais la division du dit vote.

Or, le Capitalisme n’a rien à craindre d’une pensée révoltée si celle-ci n’est pas en ordre de marche et n’a pas les capacités d’atteindre le pouvoir. Mieux encore, le Capitalisme peut approuver voir encourager l’hyper multipartisme, appliquant l’adage « diviser pour mieux régner ».

Si le Capitalisme permet ceci sur les penseurs de Gauche, reste à connaître ce qui motive la division et ceci est principalement dû à la sempiternelle question de l’égo intellectuel de la Gauche, ce qui aboutit à des querelles de chapelles pour savoir qui est le mieux à même de représenter l’alternative.

Ces disputes permanentes pour détenir le « monopole » de la pensée anti-capitaliste est non sans rappeler la recherche à tout prix du profit et les comportements que cela induit. Ainsi donc, la recherche incessante de l’auto satisfaction intellectuelle prend le pas sur la nécessaire convergence des forces pour vaincre le système...

Burlesque

SOURCE : https://blogs.mediapart.fr/burlesque/blog/010415/pourquoi

Le Grand Soir