Pour une stratégie énergétique audacieuse en Algérie

, par  DMigneau , popularité : 38%

Pour une stratégie énergétique audacieuse en Algérie

La fée électricité et la vision du futur. Au moment où l’Algérie traverse une situation délicate eu égard à son addiction au " tout-pétrole ", il est salutaire d’écrire qu’il y a un autre destin pour le pays que celui d’être à la remorque d’un ordre mondial formaté à la taille des puissants technologiquement et partant financièrement.

« Il n’est pas nécessaire pour entreprendre ni de réussir pour persévérer. »

Guillaume d’Orange

Le monde qui se prépare n’est pas celui du baril de pétrole dont on surveille les errements en regardant dans une boule de cristal s’il va se stabiliser, augmenter ou au contraire chuter. Malgré des efforts que l’Algérie fait, en ce sens, il est important de comprendre que la décision ne lui appartient pas !

Elle n’appartient pas non plus aux rentiers du Golfe, ni même à ce qu’on appelle les fondamentaux - l’offre, la demande, l’humeur du président américain - mais aussi l’agressivité scientifique et technologique des compagnies américaines qui arrivent à produire du pétrole de schiste à 50 $ le baril alors qu’« on avait fixé la barre à 80 dollars comme seuil de rentabilité ! »

En clair, il n’y a rien à attendre des rentiers de l’Opep et notamment de ceux du Golfe qui vendraient père et mère au plus offrant qui leur garantit de continuer à profiter d’une rente imméritée au lieu de faire de cette rente un instrument de développement pour sortir de la rente.

En fait, un nouveau monde est en train de se dessiner. Le pétrole n’est plus au centre et de plus en plus les pays industrialisés et technologiquement avancés se tournent vers tout ce qui peut diminuer le recours au pétrole du fait d’une mutation et d’une transition vers les énergies " vertes " : la diminution de l’intensité énergétique et le développement d’une technologie basée sur l’informatique, l’Internet, de l’énergie, ce que l’économiste Jeremy Ritkins appelle " la 3ème révolution ".

Dans ce cadre, la révolution basée sur le " tout-électrique vert " paraît être le nouveau Graal. L’Algérie devrait prendre le train de cette mutation et adapter son développement industriel à la révolution de l’électricité.

La voiture électrique détrône les voitures à essence et enterre les véhicules diesel

La voiture électrique n’est pas le seul secteur à connaître un succès croissant.

Depuis quelques mois déjà, le marché du bus électrique est en pleine effervescence et les constructeurs multiplient les nouveautés pour tenter de répondre aux attentes des collectivités, de plus en plus attentives aux solutions alternatives pour les transports en commun.

Bien décidé à conquérir l’Europe, le groupe chinois BYD annonce un investissement de 10 millions d’euros pour la construction d’une usine de bus électriques en France.

Les voitures électriques et thermiques pourraient faire jeu égal d’ici 2024.

Posséder et gérer une voiture économe en carburant devrait devenir beaucoup plus abordable entre 2020 et 2030 par rapport à aujourd’hui et l’ambition de la Chine est de vendre 15 % de véhicules hybrides et électriques d’ici 2020.

La Chine encourage les nouveaux véhicules de l’énergie. Les constructeurs automobiles étrangers opérant en Chine vendront en 2018 huit pour cent de toutes les voitures produites en NEV, à partir de 2019, dix pour cent et à partir de 2020 douze pour cent.

Ainsi, le transfert de technologie est garanti. La production de voitures électriques passera de 500 000 véhicules en 2016 à 5 000 000 en 2020 faisant de la Chine le leader.

À titre d’exemple, Volkswagen ne fera plus de moteur diesel à partir de 2025, donc il ne faut plus acheter des véhicules diesel, car il n’y aura plus en parallèle de pièces détachées.

Pour l’expert, il y a une révolution de l’électricité renouvelable dans la voiture, le bus et le camion.

L’année dernière il y a eu 2 millions de voitures électriques dans le monde et en 2030, on prévoit que 35 % des voitures seront électriques. Soit plus de 400 millions de voitures.

Selon Matthias Müller, le nouveau patron du groupe, le « dieselgate » constitue « un catalyseur ». La stratégie Volkswagen à l’horizon 2025 est que pas moins de trente modèles destinés à représenter jusqu’à 25 % des ventes seront électriques.

Plus crédible, plus performante en termes d’autonomie, l’automobile électrique progresse aussi sur un autre plan : elle est en train de devenir plus désirable. Les utilisateurs rechargent leur véhicule à la maison ou sur leur lieu de travail et sur les bornes publiques ce qui devrait inciter à mettre davantage aussi l’accent sur l’installation de bornes dans les logements collectifs.

Patrick Pouyanné, le président du groupe Total, a laissé entendre que son groupe pourrait désormais s’engager dans le secteur de !a mobilité électrique. Le géant pétrolier souhaiterait en effet proposer à court terme un nouveau service de recharge pour véhicules électriques dans une grande partie des stations-service composant son réseau national.

La locomotion électrique, c’est aussi le camion et le bus électrique. Tesla se lance aussi dans la fabrication de camions, de bus et de véhicules utilitaires. Pour Elon Musk, « il faut accélérer l’avènement de l’énergie durable. Par définition, nous devons à un moment donné parvenir à une économie de l’énergie durable ou nous allons manquer de fossiles à brûler et la civilisation s’effondrera. »

Une transition écologique vers le Développement humain durable

C’est un fait, l’Algérie ne peut pas continuer à consommer de cette façon qui fait que dans vingt ans, s’il n’y a pas de découvertes majeures, nous ne pourrions plus exporter ni du gaz ni du pétrole.

Ce sera tout juste si nous pourrons nous satisfaire des faibles quantités qui restent et pis encore, si la diversification ne se fait pas rapidement, il n’y aura plus de recettes de la rente.

Certes, un plan de développement de 22 000 MW de solaire et d’éolien est prévu. Le retard est important et, de plus, il me semble qu’il ne repose pas sur une dynamique profonde, mobilisatrice qui fait que la transition écologique est l’affaire de tous, en premier lieu des citoyens qui eux auront à traduire par leur comportement d’éco-citoyens cette vision de la sobriété énergétique (al kana’â).

De plus, le ministère de l’Energie ne peut pas être tenu pour seul responsable de la réussite ou de l’échec de cette vision du futur qui devrait être aussi celle de tous les autres départements ministériels :

- commerce : qui doit nous prémunir contre l’achat d’équipements énergivores,

- l’eau qui est responsable de l’utilisation rationnelle de l’eau. Il faut savoir qu’un m3 d’eau dessalée coûte 90 DA

- l’environnement qui devrait s’occuper d’édicter et de suivre les normes de salubrité, mais aussi d’exploiter avec les collectivités locales l’exploitation des décharges pour en retirer à la fois de l’énergie (biogaz), mais aussi des matériaux recyclables (papier, plastiques, verre, métal),

- le transport qui a la charge d’imaginer le transport du futur écologique non polluant qui abandonne le diesel et qui mise sur la mobilité électrique, dans les transports en commun (rail, bus, tramway, métro) transport de marchandises (rail, camions électriques).

La consommation dans le tertiaire (résidentiel)

Une étude préliminaire faite à l’Ecole polytechnique par des élèves ingénieurs montre que l’on peut mettre en place un modèle énergétique qui aboutira en 2030 à une consommation d’énergie renouvelable à 50 %.

Cela veut dire que graduellement la mise en place d’un Plan énergie renouvelable multidimensionnel (solaire, éolien, géothermie, hydraulique bois) adossé à une politique drastique de chasse au gaspillage, à l’augmentation de l’efficacité énergétique - consommer moins en consommant mieux -, mais aussi à une vérité graduelle sur le coût de l’énergie, de l’eau permettra de ne pas consommer du gaz naturel du pétrole qui doit être laissé en partie aux générations futures.

Le principe est que chaque m3 de gaz ou tonnes de pétrole exportés devrait correspondre à l’acquisition d’un savoir-faire pour mettre en place un kWh renouvelable. Dans cet ordre d’idée, nous allons brièvement donner quelques aperçus sur ce que devrait être la transition énergétique dans deux grands domaines de la consommation : le résidentiel (consommation domestique) et le transport.

Partant du postulat qu’il faut graduellement remplacer le gaz naturel par l’électricité, une simulation a montré qu’il est tout à fait possible d’aller graduellement vers une consommation domestique basée sur la cuisson électrique (plaques chauffantes...), l’eau chaude sanitaire (en partie électrique et en partie provenant du chauffe-eau solaire), le chauffage des habitations par des radiateurs électriques en prenant la précaution de mettre en place de l’isolation dans les doubles cloisons avec des isolations diverses (polystyrène récupéré, laine de verre disponible dans le pays) disponibles dans le pays.

Une famille de 5 personnes consomme actuellement l’équivalent de 6 000 kWh (1 250 kWh/hab/an). Les calculs des élèves ingénieurs montrent que d’ici à 2030 la consommation serait environ du double si on y a ajoute le chauffage et la cuisson des aliments qui sont actuellement réalisés à partir du gaz naturel.

L’électricité utilisée sera en partie renouvelable et c’est dans ce cadre que l’on peut expliquer le but de ce plan de 22 000 MW qui, non seulement permettra de répondre à l’augmentation démographique, mais aussi au changement de mode de consommation.

Naturellement, tout ceci ne se fera pas en un jour. Les tendances tracées dans cette étude montrent l’effort à faire pour ajouter une capacité additionnelle de près de 25 000 MW en renouvelable ce qui permettrait rien que pour l’année 2030, une économie de près de 40 milliards de m3, soit au total sur la douzaine d’années près de 300 milliards de m3 de gaz épargné qui seraient un viatique pour les générations futures !

La révolution dans les transports

Dans cet ordre, en rappelant que le résidentiel et le transport occupent en Algérie 80 % de la consommation de l’énergie produite, il est intéressant de montrer comment s’y prendre en tournant le dos graduellement au mode de consommation du siècle dernier basé sur le " tout-pétrole ".

On sait que le transport et la mobilité en général sont le signe d’un développement et d’une qualité de vie. L’Algérie est arrivée trop tard dans un modèle de transport qui va disparaître graduellement : celui du transport grâce au moteur à explosion (essence) ou moteur Diesel (gas oil).

Elle a totalement délaissé le " sirghaz " qui, pourtant, lui aurait permis de sortir de ce mode de consommation. c’est la fin d’un cycle et l’émergence d’une nouvelle révolution qui pointe à l’horizon ; celle de la nécessité de décarboner l’énergie sans casser la croissance, en investissant dans les énergies renouvelables en diminuant l’intensité énergétique. Ce qui fait que, graduellement, nous avons vu des véhicules classiques avec des moteurs de plus en plus performants.

Quelles sont les priorités du pays ?

Est-ce la voiture particulière ou le transport en commun pour 80 % de la population ?

Il n’y a pas de doute que les transports en commun sont de loin plus importants que les véhicules particuliers. Dans ce cadre, il serait utile de mettre en place un réseau de transport en commun en rails, en métro, en tramway, en bus, tous ces modes de transport pouvant fonctionner avec une motorisation électrique.

Pendant près de dix ans, le transport se réduisait chez nous à ouvrir toutes grandes les portes pour l’achat des véhicules. Nous devrions nous tourner vers la révolution du mode de transport car la première chose que demande l’Algérien est la disponibilité du transport : le bus électrique, le tramway et le métro.

Notre parc est de 6 millions de véhicules, dont 70 % du carburant est du diesel et 30 % essence et pas moins de 1 % au GPL. « Le diesel est un danger public et cancérigène et de plus en plus interdit dans les pays développés. »

Appuyant ses dires, le professeur a cité à titre d’exemple les USA où la proportion est très faible. Pour freiner la vente des véhicules au diesel, l’Etat devrait sans tarder aligner les prix et graduellement le rendre moins attractif par des taxes, mais aussi par un prix de vente plus cher que l’essence.

Les transports en Algérie, c’est 40 % de la consommation d’énergie. L’Algérie est le pays des paradoxes. L’Algérien est prêt à se saigner aux quatre veines pour avoir une voiture. L’Algérie, c’est le deuxième pays au monde (après le Venezuela) où les carburants sont bradés.

Cependant, il est hors de doute que ce qui intéresse l’Algérien, notamment dans les grandes villes, c’est le besoin de transport en commun. Pour lui, l’idéal, c’est de ne pas utiliser sa voiture, mais circuler grâce aux transports en commun.

C’est tout le challenge du futur.

Les gains sont de 1 à 10 en termes de carburants de pollution en moins, d’usure du moteur, de fatigue, du chauffeur. Si on veut réellement impulser rapidement la mise en place de la locomotion électrique, l’utilisation du " sirghaz " (GPL), les actions suivantes de bon sens énoncées et expliquées à travers les médias lourds et légers emporteront l’adhésion : limiter l’achat à ceux des véhicules ne consommant pas plus de 100 g de CO2 au km (actuellement, nous perdons près de 20 % de la consommation).

L’installation de dispositif de " sirghaz " pourra être prise en charge dans le cadre de " start-up " avec obligation graduelle d’intégration. L’Etat doit donner l’exemple à travers sa flotte captive des administrations, de la police des douanes de l’armée. Il en est de même des chauffeurs de taxis et des entreprises de transports publics (Etusa, bus, cars...).

il y a urgence et intelligence pour l’Algérie de ne pas perdre de temps, de griller une étape et d’aller vers la révolution de l’électricité.

Il faut savoir que pour 100 km, les véhicules actuels consomment 6 litres au 100 km, soit environ sur l’année (20.000 km) environ 1 200 l à 35 DA soit 50 000 DA.

Pour le même kilométrage, la voiture consommera 10 000 DA soit cinq fois moins et l’essence et le gasoil non consommés seront laissés aux générations futures ou vendus.

De plus, les progrès technologiques font qu’en 2025, les prix des voitures à essence ou électrique seront alignés. C’est dans le cadre d’une vision globale que l’Algérie mettrait en place un plan énergie solaire, éolien et autres en s’adossant à des leaders dans le domaine.

La Chine et l’Allemagne paraissent tout indiqués.

De plus, la technologie du transport électrique pourrait voir une véritable révolution dans le pays. Il n’est plus question d’importer des modèles de voitures européennes ou asiatiques qui ne se vendent plus du fait qu’ils sont dépassés, qu’ils sont énergivores (consommation supérieure à 4 litres/100 km) ou mieux encore qui étaient voués à la casse comme le montrent les immenses cimetières de voitures neuves, mais invendues.

Cette politique tous azimuts à la fois " électricité verte " et " locomotion verte " pourra être mise en place car il ne faut pas oublier que tout m3 de gaz épargné, toute tonne d’essence non utilisée peut contribuer au paiement de la mise en place de cette stratégie pour une transition écologique respectueuse de l’environnement et une industrie automobile véritablement futuriste quand on sait que l’on peut faire « le plein d’électricité » à partir de chez soi, que l’on peut utiliser dans le cadre de l’Internet, de l’énergie, la batterie de la voiture, dans un mix avec des transferts de l’un à l’autre tels que nous le promet la 3e révolution industrielle.

On le voit, l’Algérie devra plus que jamais compter sur soi.

La panoplie des possibilités est féconde, l’essentiel est d’expliquer pédagogiquement aux citoyens cette transition énergétique vers le développement durable. Tous les secteurs sont concernés par la sobriété en tout et l’appel à l’intelligence. Le Développement humain durable serait la solution au problème, dont le commencement doit se faire à l’école. J’en appelle à la mise en place d’ un système éducatif qui soit face à la réalité au lieu de le soumettre à des changements erratiques.

Nous ne pouvons pas tenir à l’écart l’université.

Depuis sept ans, la filière technologie a été fermée. Nous ne formons plus d’ingénieurs. D’ici 2030, l’homme et les technologies auront fait un bond fulgurant, est-il indiqué. Dans 20 ans, il n y aura plus d’énergie fossile. Le monde de demain sera aussi celui du Web 3.0.

De grâce, sortons du schéma du toujours dernier, faisons preuve d’imagination. C’est aussi cela le développement durable : laisser aux générations futures un pays en ordre de marche...

Article de référence :

http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/263561-la-fee-electricite-et-la-vision-du-futur.html

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique

Le Grand Soir

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