Pour Notre-Dame ou contre un apaisement, ce que prévoient les " gilets jaunes " pour leur " acte 23 "

, par  DMigneau , popularité : 0%

Pour Notre-Dame ou contre un apaisement, ce que prévoient les " gilets jaunes " pour leur " acte 23 "

Pour leur 23ème jour de mobilisation, les gilets jaunes pourraient se diviser en deux cortèges. - GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

Quelques jours après l’incendie ayant touché la cathédrale Notre-Dame de Paris, les " gilets jaunes " comptent bien poursuivre leur mobilisation ce samedi 20 avril. Mais tous ne sont pas d’accord sur ce que doit être l’" acte 23 ", aussi appelé par certains “ Ultimatum 2 ”.

Leur détermination est loin d’avoir été consumée.

Sur leur terrain premier, " Facebook ", celui qui a permis au mouvement des " gilets jaunes " de se rassembler, les appels à la mobilisation se maintiennent après 22 semaines d’action.

Et sur le terrain, les manifestations promettent de se poursuivre.

Ce samedi 20 avril ne devrait pas déroger à la règle, avec la tenue d’un " acte 23 " bien particulier.

Les événements de cette semaine ont modifié nos plans, c’est certain, concède Mathieu Blavier, un des leaders des " gilets jaunes " des Bouches-du-Rhône, auprès de " Marianne ". Nous allons donc tenter de nous adapter à la situation. Mais sans flancher pour autant ! ”.

" contre " Macron ou " pour " la cathédrale ?

L’incendie de Notre-Dame de Paris, survenu lundi, la forte émotion suscitée dans le pays mais aussi la vague de générosité pour permettre sa reconstruction, ont relégué au second plan médiatique la colère sociale et les réponses qu’Emmanuel Macron promettait d’y apporter.

Mais à l’image d’Ingrid Levavasseur, figure du mouvement, les " gilets jaunes " souhaitent “ que l’on revienne à la réalité ”.

Autrement dit : aux questions sociales et, si nécessaire, à la rue.

" L’acte 23 " doit principalement se tenir à Paris. Sur " Facebook ", plusieurs événements se concurrencent.

Il y a d’abord cet “ appel national et international ”, lancé bien avant l’incendie de Notre-Dame, répondant au nom d’” Ultimatum 2 ”.

Cette page, qui réunit actuellement 5 603participants ” mais aussi 18 392 personnes “ intéressées ”, invite “ tous les citoyens ” à rejoindre la capitale “ de manière non-pacifique ”…

Rien n’a été dévoilé de ce projet mais le cortège pourrait, à en croire certains participants joints par " Marianne ", tenter de prendre le chemin des Champs-Élysées, malgré l’interdiction de manifestation émise par la préfecture de Paris depuis les violences du 16 mars à l’occasion de l’” ultimatum 1 ”.

Un appel qui fait craindre au ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, une “ menace plus forte ” que lors des semaines précédentes. Et de pointer “ un certain nombre d’appels qui invitent quasiment à détruire Paris ”.

Moins opaque et dans un tout autre esprit, l’événement “ Les gilets jaunes honorent le patrimoine du peuple ”.

Improvisé en réponse à l’incendie de la cathédrale parisienne, il a rassemblé un peu plus de 500 participants et 2 300intéressés ” en deux jours.

Le programme : se réunir à midi devant la basilique Saint-Denis puis rejoindre Notre-Dame à pied.

Une manifestation, cette fois-ci déclarée en préfecture, assurent les organisateurs. “ Renoncer à manifester semble inconcevable , peut-on lire dans la description de l’événement. Et nous devons trouver un moyen honorable de le faire avec notre tristesse, de faire union avec l’émoi national (sic), tout en restant vindicatif envers Macron ”.

Une façon de " retomber sur ses pattes " ?

Nous sommes simplement cohérents , justifie Mathieu Blavier, désigné au mois de novembre comme l’un des huit premiers " porte-paroles " du mouvement. Tous les actes ont porté un message. Il y a eu un acte contre les violences policières, un autre pour honorer les " gilets jaunes " décédés… Ce samedi, nous serons donc nombreux à vouloir honorer notre patrimoine tout en dénonçant la misère sociale ! ”.

Des millions pour la pierre, rien pour l’humain

Si, d’après ce leader, il ne fait aucun doute qu’une “ grande majorité ” des " gilets jaunes " vont choisir - comme lui - le second rendez-vous, d’autres en sont moins convaincus.

C’est le cas de Laura, 27 ans, mère de famille du Val-de-Marne, qui fera le déplacement. Même si les dégâts constatés dans le monument historique l’ont touchée, elle redoute de voir le mouvement s’éloigner, avec une marche d’hommage à Notre-Dame, de ses principes fondateurs.

« Nous devrions plutôt défiler pour dire à quel point c’est aberrant de voir des centaines de millions apparaître pour cette reconstruction alors que " les caisses sont vides " pour aider les familles qui vivent dans des taudis insalubres ou pour assurer le fonctionnement d’écoles », s’emporte-t-elle.

D’autant que les annonces préparées par Emmanuel Macron, qui devaient être divulguées lundi à l’occasion d’un discours aux Français et qui ont fuité dans la presse après l’annulation de l’allocution, sont loin d’être au goût de nombreux " gilets jaunes ".

Du vent ”, juge Marie-Ange, retraitée et activiste du Finistère. Son ton, excédé, traduit l’exaspération des “ combattants du quotidien ”, comme elle aime nommer ses camarades de lutte.

Cela fait des semaines que nous sommes mobilisés et que l’on nous dit que l’on va nous écouter, nous entendre, développe-t-elle, tout cela pour finalement nous servir des plats réchauffés ? Nous devons continuer à nous mobiliser, c’est tout ! ”.

Dans ces “ plats ”, on trouve la réduction du nombre de parlementaires ou encore l’introduction d’une dose de proportionnelle aux élections législatives.

Des mesures “ envisagées depuis plusieurs mois ”, s’impatiente-t-elle, “ rien de nouveau ! “.

Impossible de lui donner tort sur ce point, ces deux dispositions étant effectivement prévues dans le cadre de la fameuse « réforme des institutions ». Texte suspendu l’été dernier en raison de " l’affaire Benalla ", puis à nouveau reporté en janvier dernier à l’après-" grand débat national "…

Le RIC local salué

Heureusement, pour cette grand-mère, l’indexation des petites retraites viendrait “ sauver la mise ”, ou presque. “ Mais pour moi, ça ne serait qu’un minuscule coup de pouce de 30 euros de plus par mois, et seulement à partir de 2020 ”.

Bref, pas de quoi laisser son " gilet jaune " au vestiaire.

Et le reste ?

" Trop flou ! ”, évacue-t-elle.

Et si Mathieu Blavier se satisfait de l’idée de « référendums d’initiative citoyenne » (RIC) sur “ certains sujets d’intérêts locaux ”, Laura Chevallot étrille l’“ hypocrisie ” du président de la République concernant la non fermeture d’écoles jusqu’à la fin de son quinquennat et les classes réduites : “ Ces promesses ne vont rien régler, elles ne doivent pas être limitées dans le temps et ne concerner que deux classes au hasard ! ”.

Tous s’accordent sur une chose : ces déceptions, ajoutées au rendez-vous repoussé puis annulé de l’allocution post-" grand débat ", que beaucoup voient d’ailleurs comme une forme de “ mépris pour le peuple ”, assurera une continuité à ce que Christophe Castaner considère comme “ le rituel du samedi ”.

Sur " Facebook ", l’événement de " l’acte 38 " du 13 juillet vient d’être créé.

Anthony Cortes

Marianne