Populisme en question(s) ou « Is populism a problem ? »

, par  DMigneau , popularité : 64%

Populisme en question(s) ou « Is populism a problem ? »

D’abord identifier, analyser des initiatives et pratiques expérimentales, puis encourager des innovations démocratiques de la base et les mener à un niveau systémique, c’est l’objet, en raccourci, que se propose ce Forum.

Ce n’est pas le FEM ( Forum Économique Mondial) qui réunit depuis 1971 les « Grands » à Davos, loin s’en faut , ni celui de Porto Alegre où fut créé le FSM (Forum Social Mondial) en 2001. Pour celui-là, les « alter-mondialistes » migrent : ils étaient à Montréal en 2016 et seront à Salvador au Brésil l’an prochain.

De son côté Strasbourg pérennise fièrement son forum, favorisée en cela par la présence précieuse et essentielle du Conseil de l’Europe, l’initiateur, et l’investissement de la Ville, de l’Euro-métropole et de la Région Grand Est.

Le public s’y fait également peu à peu bien que trop souvent assis passivement sur la certitude qu’il ne peut en être autrement.

On aura noté que l’intitulé du thème est légèrement différent en anglais ; le français et l’anglais sont les langues obligatoires au Conseil sans que d’autres soient proscrites.

Écoutons Pierre Rosanvallon, historien, Collège de France qui donne une définition claire du mot, en français sous-titré en anglais :

https://youtu.be/qefQ-tM1Drc?list=PLMD_RYvUcCYmtDzsfVSny7SEXg3wrbgdS

" What is Populism and is it a Threat to Democracy " © Council of Europe

On trouve ce lien sur le programme.

Tout n’est pas dit évidemment mais quelle belle ouverture à la réflexion ! On ne pourra se passer de la garder à l’esprit.

Le « In » produit par le Conseil de l’Europe

Un programme ambitieux décliné sur 3 jours - les 8 ,9 et 10 novembre - semble à première vue requérir une initiation bien avancée, une participation studieuse, du sérieux dans la bonne humeur, ce qui n’est pas incompatible dans une configuration de « collègues de circonstance » venant de toute la planète, trois jours ensemble dans le temple de la démocratie et des droits de l’Homme.

Qu’on se rassure : des pauses-café, des cafés du savoir et même des pauses déjeuner font un peu office de récréation entre les séances plénières dans l’hémicycle (4 avant la séance de clôture), 2 séries de « labs » qui couvrent 13 thèmes substantiels affinés de sujet et qui parcourent la planète.

Tout dans le programme !

http://www.strasbourg.eu/vie-quotidienne/grands-evenements/forum-mondial-de-la-democratie

Quelques chiffres : 2 000 participants sont inscrits et bénéficieront des lumières de 200 intervenants dont quelques personnalités connues et parmi les plus médiatisées

I . Cérémonies d’ouverture et de clôture :

- Helen Clark, Nouvelle Zélande.

Helen Clark est l’ancienne administratrice du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et l’ancienne Première Ministre de Nouvelle-Zélande. Elle a été la première femme à diriger le PNUD et a obtenu un large soutien populaire pour sa candidature au poste de Secrétaire générale des Nations Unies.

- Stéphane Dion, Canada

Stéphane Dion est l’Envoyé spécial du Premier ministre canadien auprès de l’Union européenne et de l’Europe. Auparavant, M. Dion a été ministre des Affaires étrangères du Canada de novembre 2015 à janvier 2017 et ministre de l’Environnement de 2004 à 2005.

- Kevin Rudd, Australie

Kevin Rudd a été le 26e Premier ministre australien de 2007 à 2010, puis ministre des Affaires étrangères de 2010 à 2012.

M. Rudd a été l’un des fondateurs du G20, la première institution décisionnelle économique mondiale. Il a également présidé la Commission indépendante sur le multilatéralisme qui s’efforce d’identifier la façon de rendre le système multilatéral des Nations Unies plus « adapté à l’objectif » pour relever les défis du XXIe siècle.

- Terje Rod Larsen, Norvège

Larsen est actuellement président de l’Institut international pour la paix. Diplomate, il est surtout connu pour avoir été le coordinateur spécial de l’ONU pour le processus de paix au Moyen-Orient.

Lisa Simone, USA

Lisa Simone, fille de l’illustre chanteuse de jazz, Nina Simone, est un vétéran de la guerre en Irak et a été l’une des grandes militantes pour les droits civiques aux Etats-Unis.

Une rencontre avec la star espagnole Raphael lui permet de bifurquer vers le monde de la musique.

A 55 ans, Lisa Simone chante pour nous parler du bonheur de trouver enfin sa place dans le monde. Au fil des expériences et des rencontres, elle a su transcender les souffrances passées et souhaite aujourd’hui partager avec le public une joie profonde, une sérénité nouvelle

II . Plénières :

- Carmen Perez, USA

- Carole Cadwalladr, Royaume Uni

- Thenjiwe Mtintso, Afrique du Sud

Militante anti-apartheid et journaliste sud-africaine, Thenjiwe Mtintso a occupé divers postes de direction au sein du Congrès national africain (ANC) et du parti communiste sud-africain (SACP) avant de participer à plusieurs gouvernements multiraciaux en Afrique du Sud à partir de 1994.

- Naguib Sawiris, Égypte

Actionnaire majoritaire d’ " Euronews " Naguib Sawiris fait la " une " des journaux en 2015, lorsqu’il propose d’acheter une île grecque ou italienne pour y installer des réfugiés ayant fui la guerre en Syrie.

III . Présentations éclair et Storytelling

- Paula Gaviria Betancur, Colombia

Paula Gaviria Betancur est conseillère du président colombien pour les droits de l’Homme depuis juin 2016. Elle dirige la mise en œuvre de la " Stratégie nationale pour la garantie des droits de l’homme ".

- Hannes Grassegger, Switzerland

Hannes Grassegger est économiste et journaliste. Il écrit sur l’influence du numérique sur notre façon de vivre. Il est connu pour ses enquêtes "
révolutionnaires " sur " Cambridge Analytica " et, plus récemment, les règles secrètes de la censure de Facebook pour une " modération du contenu ".

De nombreux militants…

- Miguel Syjuco, Philippines. Écrivain et militant contre la guerre de la drogue que mène Rodrigo Duterte.

- Inna Shevchenko, Ukraine, FEMEN

- Nathalie Jeffers et Joshua Virasami, " Black Lives Matter ", Royaume Uni

- Salai David Van Bawi Mang, Burma, Fondateur de " Ethnic Youths Development Center " (EYDC)

… et des personnalités locales :

- Joseph Spiegel, maire de Kingersheim

- Herrade Igersheim, Chercheuse au CNRS, Université de Strasbourg, partagera son expérience de systèmes de vote alternatifs

- Dan 23 – artiste de rue, proposera des peinture en direct / live paintings sur le parvis du Conseil de l’Europe

- Laurent Salles – caricaturiste et dessinateur de presse qui illustrera les sessions plénières en direct

Le « Off » chaque année plus ambitieux :

On a dit « populiste » et oublié « populaire ».

On l’aurait sans doute vu dans les « labs » : les adjectifs se ressemblent, peuvent s’assembler mais se distinguent. Le premier décrit un mode d’action politique, l’autre plutôt un état.

Rappel sémantique ci-dessous *.

Ville et Métropole comme la Région Grand Est ont « mis le paquet » dans un programme quelque peu " fourre-tout " mais à bon escient car le côté très théorique pur est assuré par le « In » qui accueille les « étudiants » des écoles d’études politiques du Conseil qui, d’ailleurs, ont suggéré la création du forum.

Les prestations proposées si l’on peut dire, sont plutôt colorées et attrayantes comme l’est le fascicule de 32 pages qui les présente. C’est dire qu’il y en a pour tous les goûts. Une fois de plus on regrettera compte tenu de la largesse de l’offre, de ne pas avoir le don d’ubiquité.

Il faudra donc choisir les sujets, les intervenants et les lieux.

Voyez :

http://www.strasbourg.eu/vie-quotidienne/grands-evenements/forum-mondial-de-la-democratie

Une grande diversité de sujets, de forme d’expression, d’intervenants, de lieux

Des rencontres, des débâts, des ateliers, des joutes oratoires, des remises de prix, une expérience immersive, des expositions, du cinéma, des séries TV, de la musique.. dans l’Agora de l’Aubette ( le cœur), à la Cité de la Musique et de la Danse, à la Cathédrale, au Lieu d’Europe, à l’Opéra, à l’Hôtel de Ville, à la librairie Kléber, aux cinémas Odyssée, Star et UGC et bien sûr à la Maison de la Région du Grand Est comme avant.

Évidemment, on trouvera des invités plus ou moins attrayants. La part belle reviendra sans doute aux plus médiatisés , à commencer par les journalistes, professeurs ou " experts " comme Bernard Guetta, Emmanuel Todd, Nicolas Baverez, Rafaelle Simone, Jean-François Kahn, Marcel Gauchet, des artistes comme Lisa Simone - oui : la fille de Nina !! - et tant d’autres que nous rencontrerons

Rien qu’à feuilleter le programme, on est ébloui et débordé de désirs avec cette petite frustration d’être condamné à un choix difficile. Mais cette abondance là ne nuit pas.

Parti de la sorte, le VI° Forum de la Démocratie de Strasbourg confirme sa pérennité.

Ville et Région savent entourer avec attention " l’Institution de la démocratie et des Droits de l’Homme " qui est l’âme de " l’Europe-exemple ", trop peu ressentie par le grand public et par certains courants politiques tentés par le populisme.

Antoine Spohr.

Petit rappel sémantique, basique.

* « Senatus populusque romanus », le SPQR sur les bannières des Romains dans les albums populaires d’Astérix, affiche une puissance politique impérialiste apparemment partagée - Jules n’est pas César mais c’est tout comme - à côté d’ un sympathique petit peuple gaulois qui résiste à toute oppression voire interne.

Mais à Rome, on distingue les patriciens (élite) et les plébéiens, partie du peuple des citoyens soit aujourd’hui, la bourgeoisie ou noblesse, au sommet, « vertical » et le « petit peuple » à la base horizontale.

Et alors ?

La notion de démocratie telle que nous la concevons n’existait pas car les hautes charges de l’État étaient assurées par des patriciens élus par le peuple selon le « cursus honorum », une sorte de hiérarchie de carrière.

Les " non-citoyens " étaient évidemment à l’écart.

On doit bien entendre le concept de démocratie (gouvernement du peuple par le peuple) à la Cité d’Athènes mais cette vision ne profitait qu’aux citoyens, à peu près 10 % de la population.

Saura-t-on clairement ce que « populisme » veut dire à l’issue de ce forum ?

PS :

Il est ironique et stupéfiant de voir - compte tenu de la conjoncture économique et politique actuelle en Angleterre, Écosse, Espagne, Belgique, Grèce... - que l’Europe et les institutions qui s’en réclament développent une propagande de façade cynique en faveur de la démocratie qu’elle foule au pied tant au niveau européen qu’aux niveaux nationaux dans les différents pays qu’elle abrite.

Le Président de la Commission européenne - instance décisionnelle non élue - M. Jean-Claude Juncker en est le plus éclatant exemple lorsqu’il a déclaré au monde stupéfait que le vote des peuples ne comptait pas dans la construction européenne actuelle.

Le récent positionnement de Mariano Rajoy, premier ministre espagnol, face au droit d’autodétermination du peuple de Catalogne et au référendum d’initiative populaire de la Généralité en est un autre exemple.

L’analyse détaillée des participants énoncés par Antoine Spohr dans sa présentation de l’événement, démontre que la très grande majorité de ces derniers sont des farouches défenseurs du système néolibéral et du capitalisme en règle général.

Disserter et parler de " populisme " et de démocratie dans ce cadre peut laisser songeur les lecteurs conscientisés politiquement ; à chacun de se faire son opinion.

Le Forum, lui, pour sa part, sera bien organisé à la fin de ce mois de novembre.

Le Jdj