" Pôle Emploi " licencie Yann Gaudin, " lanceur d’alerte " accusé d’avoir aidé les chômeurs

, par  DMigneau , popularité : 0%

" Pôle Emploi " licencie Yann Gaudin, « lanceur d’alerte » accusé d’avoir aidé les chômeurs

Photo Damien MEYER / AFP

Voilà plus de quatorze ans qu’il exerçait le métier : Yann Gaudin, anciennement conseiller à " Pôle Emploi ", a récemment été licencié par sa hiérarchie.

En cause ?

Sa dénonciation des pratiques de l’institution.

« Pendant six ans, j’ai essayé qu’on règle toutes ces anomalies en interne parce que j’avais bien conscience de l’aspect choquant pour le public. Découvrir qu’on les a spoliés de droits, qu’on leur a volé de l’argent, qu’on ne leur a pas donné ce qu’on devait leur donner. »

Yann Gaudin s’adresse alors à " Le Média ", fin juin.

Il subit alors depuis plusieurs années l’acharnement de sa hiérarchie.

Tout commence en 2014, alors qu’il remarque que plusieurs milliers de personnes n’avaient pas été informées de l’existence d’aides auxquelles ils avaient pourtant droit.

L’initiative, parfaitement légale, lui attire pourtant les foudres de sa hiérarchie. Dès lors, Yann Gaudin se plonge plus profondément dans les dossiers de " Pôle Emploi " et y découvre ce qu’il décrit auprès de " Médiapart " comme un système de « pratiques frauduleuses généralisées ».

Mail non transmis, salaires omis, dossiers perdus : au final, c’est un plus de 200 000 € qui ne sont pas transmis à ceux qui y avaient pourtant droit.

Et lorsqu’il tente de régler ces problèmes, M. Gaudin se heurte a une farouche résistance. D’abord systématiquement " recadré " par sa hiérarchie et victime de multiples pressions, il est finalement " mis à pied ", de manière momentanée en 2019.

Il accuse alors sa hiérarchie de " ne pas respecter le devoir d’information de Pôle Emploi, et de l’empêcher d’appliquer ce principe dans son travail ", dans une interview accordée à " France 3 ".

Dans " 20 Minutes ", il va plus loin encore : " Les décideurs connaissent en plus ces dysfonctionnements et les entretiennent. "

Le 22 juin dernier, Yann Gaudin est de nouveau convoqué auprès de sa direction. Une dizaine de jours plus tard, la décision tombe : au bout de plusieurs années de harcèlement, il est licencié, mais entend bien contester la décision : " Je m’y attendais et je m’y étais préparé ", assure-t’il auprès de " 20 Minutes ".

Car ces pratiques ne sont pas étrangères à la direction de l’administration : en 2014 déjà, les parents d’Aurore Moësan, salariée de " Pôle Emploi " qui s’était suicidée après voir remis en question les pratiques de sa direction, avaient déposé plainte contre " Pole Emploi " pour « harcèlement moral », « mise en danger délibérée de la personne d’autrui », « non-assistance à personne en danger », « homicide involontaire » et « conditions de travail contraires à la dignité de la personne ».

Des pratiques qui, loin d’être exceptionnelles, semblent même devenir la règle pour ceux qui refusent le " flicage " des chômeurs.

Et si l’institution s’acharne autant à combattre ceux qui informent les chômeurs d’aides qui leur sont pourtant dues, c’est que cette répression s’inscrit dans une politique beaucoup plus large.

Augmentation du nombre de contrôleurs, réduction et suppression d’aides, radiations par dizaines.

Les politiques " anti-chômeurs " se multiplient à un rythme effrayant depuis le début du quinquennat avec l’objectif, à peine dissimulé, de pousser ces derniers vers les " petits boulots " les plus précaires.

De plus, si le gouvernement a annoncé qu’il entendait repousser sa réforme de « l’assurance-chômage », aucun recul n’est à attendre sur le projet de réforme qui prévoit notamment une baisse généralisée des indemnités avec un nouveau système de calcul, un " flicage " plus répressif encore des chômeurs et des conditions d’accès toujours plus restreintes.

Dans le cadre d’un tel projet, la présence d’agents qui informeraient les chômeurs d’aides qu’ils pourraient percevoir est bien évidemment inacceptable. Bien loin d’un prétendu " virage social ", c’est là la réalité du projet " macroniste " et c’est tout cela qui se trouve cristallisé dans la répression que subit Yann Gaudin, viré pour l’exemple :

« Le message est clair : il ne faut pas " faire de vagues ". Mes collègues vont devoir " fermer les yeux " et ce sera pire qu’avant », déclare-t-il auprès de " 20 Minutes ".

Et si " Pôle Emploi " entend faire taire Yann, ce dernier a dès maintenant annoncé, à travers un post " Facebook ", qu’il n’entendait pas se rendre de sitôt : « Je constate la diffamation à laquelle se livre la direction de " Pôle emploi Bretagne " et pour laquelle elle sera poursuivie. »

A l’heure de la crise " post-coronavirus ", contre la répression anti-chômeurs et anti-travailleurs, il est aujourd’hui impératif de soutenir Yann : à travers lui, c’est tout un système de solidarités qui est touché et que le gouvernement, qui entend faire payer la crise aux travailleurs et réduire leurs droits à " peau de chagrin ", tente de démanteler.

Nicolas ARNAIZ

revolutionpermanente.fr