Podemos en ordre de bataille : la campagne citoyenne est en marche

, par  DMigneau , popularité : 0%

Podemos en ordre de bataille : la campagne citoyenne est en marche

Créé en Janvier 2014, le parti Podemos marque aussi bien par son succès que par la nouveauté de sa méthode politique. La campagne pour les générales en décembre prochain a commencé dès le mois de juin dernier à travers les forums pour le changement et continue aujourd’hui avec les assemblées citoyennes. Cette campagne est l’occasion pour le mouvement de montrer qu’une autre manière de faire la politique est possible. Retour sur la genèse de cette campagne au genre nouveau...

« Des trains de réfugiés sont en train de se remplir, comme ces trains des réfugiés républicains qui fuyaient l’Espagne et que le France a envoyé dans des trains pour des camps en Allemagne. Nous ne voulons pas être des collabos, nous voulons être des résistants » clame Arantza responsable du cercle Podemos Paris à l’ouverture du Forum pour le changement de l’extérieur des 5 et 6 septembre.

L’organisation compte sur un appui à l’étranger de plus de 7 000 espagnols exilés organisés dans 25 cercles dans le monde entier. Cet événement est l’un des derniers d’une série de « Forums pour le changement » qui ont eu lieu en Espagne l’été dernier. Avec ces forums le jeune parti de Pablo Iglesias veut s’armer d’un programme capable de lui donner les rênes du pays aux élections générales de décembre prochain.

Pour comprendre l’élaboration du programme chez Podemos, nous nous sommes rendus au Forum tenu à Madrid en Juin dernier, celui que l’on présente comme « le jour pour changer l’Espagne ». Il est à peine 10h, il fait 38°. Vallecas - le quartier populaire du sud de Madrid - est pris à l’assaut par quelques 3 000 participants et volontaires venus de tout le pays pour participer à ce Forum pour le changement.

Rien ne semble les arrêter sauf peut-être un “ café con leche ” glacé pour tenir cette longue journée qui s’ouvre avec 19 débats le matin, autant l’après-midi, avant de terminer par un discours du leader Pablo Iglesias plus tard dans la soirée.

" Nous pensons que les propositions les plus avancées se trouvent dans la société civile elle-même. "

Les ateliers du matin commencent. Ángela Musat de León est membre de Podemos et organisatrice de l’atelier sur le Traité Transatlantique (TTIP), elle nous raconte : “ À Podemos nous avons eu l’idée de faire un événement avec différents secteurs de la société civile qui travaillent déjà sur des thèmes très variés mais qui n’ont pas l’occasion d’unir leurs efforts. L’idée était de créer cet espace de rencontre.

Alors que l’Europe survie difficilement dans le pessimisme et la résignation l’irréductible Vallecas - ou comme l’écrivent les activistes “ Vallekas ” - résiste dans la joie et la bonne humeur débattant contre le TTIP à faveur d’une rente basique universelle ou encore imaginant un modèle de démocratie “ sans cadenas ”.

L’ambiance est légère donc, mais l’objectif reste très sérieux. Rafael Mayoral, secrétaire de Podemos chargé des relations avec la société civile, nous explique : “ Ce que nous voulons, c’est un programme citoyen. Pour cela, nous ouvrons un espace de discussion et d’écoute. Nous pensons que les propositions les plus avancées se trouvent dans la société civile elle-même. En tant qu’organisation, notre rôle est de les écouter et de les prendre en compte pour avoir un programme qui réponde aux préoccupations de la société civile ”.

Avant de tenir ce Forum l’organisation a lancé des rencontres à travers le pays afin de réunir des propositions citoyennes. Les espagnols peuvent présenter une proposition sur le site de Podemos et sur la place virtuelle « PlazaPodemos ».

Le Forum se transforme alors en Agora où associations, mouvements sociaux et membres de Podemos élaborent à partir d’un débat commun un programme politique pour changer la vie de la cité.

C’est une aventure politique qui cache une folie théorique : tenter d’abolir l’éternelle division entre l’Etat et la société civile par l’union d’un parti, d’associations, de mouvements sociaux et des citoyens.

Pour Tania Rodriguez, eurodéputée et membre du comité exécutif de Podemos, ce dessein est l’ADN du mouvement : “ Podemos est un instrument pour élaborer un programme à partir du travail de la société civile. Il s’agit de profiter de ce travail et de l’amener directement là où s’exerce le pouvoir : aux institutions. A partir de là, le Forum intervient comme un espace de rencontre, de discussion et de collecte de propositions. Il nous permet d’élaborer notre programme en fonction du peuple espagnol et de confirmer notre implantation. Et d’ailleurs ce travail ne date pas d’aujourd’hui : il s’agit de maintenir et d’approfondir notre relation avec la société civile.

" C’est la dernière cartouche du réformisme. En cas d’échec, l’Europe entière serait menée à des luttes politiques beaucoup plus radicales et violentes. Le réformisme est aujourd’hui mis à l’épreuve. "

Après la pause sandwich, les ateliers de l’après-midi s’ouvrent. L’atelier “ Penser la démocratie sans cadenas ” est l’un des plus attendus ; aux côtés de l’espagnol Juan Carlos Monedero on trouve l’altermondialiste Susan George, le sociologue Rendueles et le philosophe Carlos Fernández Liria, le portugais Boaventura de Sousa Santos ou encore Juan Garcés l’avocat ancien employé d’Allende.

L’amphithéâtre est complet, les éventails et diffuseurs d’eau fonctionnent à plein régime. Chacun des intervenants propose une analyse de la démocratie et de ses obstacles. Le philosophe Carlos Fernández Liria conclut : “ Ce qui se passe avec Syriza en Grèce et Podemos, ici, en Espagne est historique. C’est la dernière cartouche du réformisme. En cas d’échec, l’Europe entière serait menée à des luttes politiques beaucoup plus radicales et violentes. Le réformisme est aujourd’hui mis à l’épreuve. ”

L’atelier se ferme sur les interventions du public, une quarantaine de personnes veulent participer au débat. La liste étant trop longue, on se voit obligés d’opérer des réductions de temps de parole.

« je vous le dis de la part de la France mais aussi du reste de l’Europe : vous êtes notre avant-garde »,

À la sortie Susan George, 84 ans et toujours aussi combative, discute avec les participants. Lorsqu’on l’interroge sur son soutien à Podemos elle répond avec énergie : “ Bien sûr que je soutiens Podemos. Au même titre que je soutiens Syriza et que je soutiendrais un collectif en France s’il y avait une proposition de gauche. Il est vraiment, vraiment temps de construire une alternative en France. On ne peut pas construire un boulevard au FN comme le fait François Hollande. C’est en tant que française mais aussi en tant qu’européenne que je soutiens ces mouvements citoyens.

Elle répétera la même idée lors du discours de clôture du Forum : “ je vous le dis de la part de la France mais aussi du reste de l’Europe : vous êtes notre avant-garde ”. La journée du Forum s’achève sur le discours de Pablo Iglesias. Spécialiste de la politique “ marketing ”, Iglesias parvient avec ce forum à confirmer la force politique de son parti capable de mobiliser société civile et intellectuels de différents pays.

La campagne aux 2 000 assemblées citoyennes

La construction du programme ne s’arrête pourtant pas à ces Forums et la formation de Pablo Iglesias va encore plus loin en constituant 2 000 assemblées citoyennes à travers tout le pays. L’idée est alors de consolider le programme électoral tout en mobilisant la société civile espagnole. Le parti s’appuiera sur cette base sociale pour obtenir les signatures nécessaires au dépôt de la candidature et pour faire une campagne « citoyenne » où le budget et les actions se font exclusivement par la mobilisation sociale.

A cette ouverture citoyenne s’ajoute le travail de la direction qui définit le cadre de la campagne : la candidature de Podemos sera celle d’un changement de modèle constitutionnel.

Dans une récente déclaration le leader Pablo Iglesias a présenté les cinq changements à apporter à la Constitution espagnole :

- une nouvelle loi électorale davantage proportionnelle ;

- renforcer l’indépendance de la justice ;

- garantir constitutionnellement les droits sociaux (le logement, l’éducation ou la santé) ;

- renforcer la lutte contre la corruption ;

- et enfin assurer le « droit de décider » (en référence au référendum catalan notamment).

Si les sondages laisse des doutes sur les chances de Podemos de remporter les élections de décembre, l’organisation du « Nous pouvons » parie sur une implantation dans la société civile et un programme de rupture. Au pays de Don Quichotte ni la crise, ni baisse dans les sondages ne semblent arrêter le rêve de l’impossible : asaltar el cielo ou « atteindre le ciel », comme on dit ici.

A.Moreau

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