Plan Véran pour l’Hôpital : " Il n’y a encore rien de très concret ", déplore le collectif « InterUrgences »

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Plan Véran pour l’Hôpital : " Il n’y a encore rien de très concret ", déplore le collectif « Inter-Urgences »

- Laure Boyer / Hans Lucas / AFP

Dans une interview au " Journal du Dimanche ", le ministre de la Santé, Olivier Véran, a dressé les contours du ” plan massif pour l’hôpital ” promis par Emmanuel Macron fin mars. Pour " Marianne ", Hugo Huon, membre du collectif « Inter-Urgences », explique comment ces annonces sont accueillies par le personnel soignant, entre espoir et méfiance.

Après l’échec du projet de loi ” Ma Santé 2022 ”, Olivier Véran a annoncé le lancement d’un ” Ségur de la Santé ” le 25 mai prochain.

Dans les colonnes du " Journal du Dimanche ", le ministre de " la Santé et des Solidarités " explique ainsi ce 17 mai vouloir réunir les " partenaires sociaux " ainsi que les collectifs hospitaliers (« Inter-Hôpitaux » et « Inter-Urgences »).

Ses annonces font suite aux déclarations d’Emmanuel Macron, ce vendredi 15 mai, en visite à l’hôpital parisien de la Pitié Salpêtrière qui a exprimé sont souhait de vouloir " investir " pour « l’Hôpital public ».

Hugo Huon, infirmier et membre du collectif « Inter-Urgences », reste néanmoins dubitatif face aux multiples " éléments de langage du gouvernement ".

Pour " Marianne ", il explique pourquoi les personnels soignants restent méfiants et prévoient de nouvelles manifestations.

Marianne : Dans quel état d’esprit se trouvent les personnels soignants à l’hôpital ces derniers jours ?

Hugo Huon : Avant les annonces d’Emmanuel Macron vendredi, puis celles d’Olivier Véran dimanche, il y avait de la colère liée à la mauvaise gestion de la crise. Il y avait aussi une réelle attente de reconnaissance de la part du gouvernement, autre qu’un défilé pour le 14 juillet et des " chèques vacances ".

Nous étions dans l’expectative de mesures fortes pour que « l’Hôpital public » se redresse. Les propositions faites par le gouvernement sont plutôt positives, mais nous restons vigilants parce qu’avant ça, rappelons qu’Agnès Buzyn nous a déjà proposé deux plans obsolètes.

Aujourd’hui dans le « corps médical », il y a une défiance certaine à l’encontre des dirigeants.

Marianne : Globalement, êtes-vous satisfaits des annonces faites par Olivier Véran ?

Hugo Huon : Ils se sont engagés sur les revalorisations salariales, c’est un point à noter, car depuis un an, cela n’a jamais été à l’ordre du jour. Il y a donc du positif mais encore beaucoup de questions en suspend et rien de vraiment très concret.

D’autant que dans la communication du ministre comme du Président, il y a aussi pas mal d’éléments de langage qui ne sont pas forcément convaincants de notre point de vue.

D’abord, monsieur Véran ne cesse de communiquer sur le fait que les dépenses publiques pour l’hôpital ont augmenté en un an, c’est faux. Il n’y a qu’à regarder les chiffres du dernier projet de " loi de finances de la sécurité sociale "…

Ensuite, on assure, dans la communication gouvernementale, que les T2A (" tarifications à l’acte ") c’est presque de l’histoire ancienne. Ce n’est pas vrai non plus, c’est encore très courant.

Marianne : Quel est l’aspect fondamental des choses selon vous, la première mesure à mettre en place ?

Hugo Huon : A court terme, il y a trois points essentiels sur lesquels il est nécessaire d’avancer.

Olivier Véran nous parle de revalorisation des salaires des infirmiers, très bien, c’était parmi nos revendications. Mais attention de ne pas oublier de revaloriser les autres « paramédicaux », comme les aides-soignants, ainsi que les " fonctions supports " telles les agents de ménage, les logisticiens ou encore les secrétaires médicales.

Ensuite, il faut " couper court " aux plans de restructuration déjà entamés jusqu’à ce que la carte sanitaire de la France soit redéfinie.

Enfin, il faut aller plus loin sur les « tarifications à l’acte » et réellement les arrêter pour trouver un mode de financement viable et sain.

A long terme, c’est l’organisation du « système de santé » qui doit être retravaillée en pensant les choses de façon locale, c’est-à-dire en incluant les territoires.

L’objectif est de rompre avec la gouvernance technocrate et d’avoir une logique ascendante, ou ” bottom up ” comme dirait ” la start up nation ”, qui permettrait une prise en considération des équipes de soignants qui sont au plus près des malades.

Au final l’important n’est pas de savoir qui va diriger, car on ne se fait pas d’illusions on sait bien que ce sera toujours les mêmes, c’est plutôt de mettre en œuvre processus pérenne d’évaluation de la qualité des soins.

Marianne : Le ministre préconise par ailleurs plus de ” souplesse ” quant au cadre des « 35 heures » pour ceux qui voudraient ” augmenter leur rémunération ” et ceux qui ” souhaitent organiser différemment leur temps de travail ”. Qu’en pensez-vous ?

Hugo Huon : Je n’ai pas tellement d’avis là-dessus parce qu’en réalité à l’hôpital, faute de personnels suffisants, on ne fait pas 35 heures, on ne peut tout simplement pas se le permettre. Les syndicats sont totalement contre car cela serait considéré comme un retour en arrière sur l’un des derniers grands acquis sociaux. Moi je dis simplement attention : payer les heures supplémentaires ne fera pas office de revalorisation.

Par ailleurs, l’idée d’organiser différemment le temps de travail n’est pas mauvaise, mais il faut que ce soit à la liberté du soignant et que cela corresponde à l’activité de l’hôpital.

Encore une fois, il faut être prudent, car à partir du moment où l’on dit que ce sera " à la liberté du soignant ", cela peut vite se transformer en habitude de service et à terme en obligation.

Marianne : Olivier Véran dit au " Journal du Dimanche " que : “ Tous les patients atteints par le virus qui avaient besoin d‘être pris en charge l’ont été ”. Êtes-vous d’accord ?

Hugo Huon : Tout dépend de ce que l’on appelle une ” prise en charge ”. Pour ma part, je pense que oui tout le monde a été " pris en charge " mais pas avec la même qualité de soins. Il y a quand même eu des dysfonctionnements effarants, notamment dans les Ehpad

Marianne : Croyez-vous au ” mea culpa ” d’Emmanuel Macron vendredi, devant les personnels soignants de l’hôpital de la Pitié Salpêtrière, à Paris ?

Hugo Huon : Pas vraiment. Ce que dit Emmanuel Macron est vrai, il reprend même nos éléments de langage, mais je ne crois pas que ce soit un acte de contrition pour autant.

Si le Président a tenu ce discours-là, c’est parce qu’il est en position de faiblesse devant un hôpital en grève depuis un an et qui relance les contestations après la crise du " Covid-19 ". D’autant plus que la population expérimente ce que c’est que d’être en manque de lits et soutient les soignants.

Pour moi, ce n’est rien d’autre qu’un calcul politique. Je ne pense pas que l’on soit avec des gens qui visent foncièrement le « bien général » quand on voit qu’ils réduisent les dépenses publiques au détriment de la santé de la population.

Marianne : 15 mai, les différentes organisations avaient annoncées qu’une grève se profilait mi-juin. Est-ce toujours d’actualité ?

Hugo Huon : Oui, le rendez-vous est donné pour le 16 juin. L’idée est de se donner un cap et de voir si au bout d’un mois, le gouvernement agit ou non. Nous n’avons pas oublié le passif du ministère de la Santé sous la gouvernance d’Agnès Buzyn où les organisations syndicales et autres n’ont pas eu d’occasions d’entrer en négociations.

Propos recueillis par Célia Cuordifede

Marianne