Petites réflexions digressives sur l’éthique du journalisme en Macronie

, par  DMigneau , popularité : 0%

Petites réflexions digressives sur l’éthique du journalisme en Macronie

Les amis « socialistes » du Président Macron peuvent aujourd’hui faire le contraire de ce qu’étaient leurs professions de foi répétées jusqu’à plus soif, il n’y a pas si longtemps, il ne se trouve guère de journalistes pour les mettre face à leurs contradictions maintenant qu’ils votent l’application de lois qui vont bien au-delà de tout ce qu’ils vitupéraient autrefois.

Il est vrai qu’allant dans le sens des intérêts dont beaucoup « d’éditorialistes » se font les hérauts, ces derniers s’abstiennent prudemment de tout ce qui pourrait par trop déplaire à leurs Maîtres qui sont aussi ceux qui les rémunèrent.

Il est vrai aussi que, comme " seuls les imbéciles ne changent pas d’avis ", les " socialistes " renégats font la démonstration de leur " suprême intelligence " en défendant aujourd’hui des engagements qui les faisaient hurler naguère, hurler - certes - mais avec " le sens de la mesure " qui leur permettait de ménager l’avenir qu’il se déclinât sous les couleurs de Valls (très improbable) ou sous celles de Macron quand ils en ont eu perçu le potentiel.

Ainsi donc certains " plus futés que d’autres " ou plus chanceux ont réussi à s’accrocher in extremis à l’équipage victorieux pour poursuivre leur quête de prébendes, d’autres encore ont sombré " corps et âme " et grouillent dorénavant dans " les poubelles de l’histoire ", quelques uns enfin comme Valls sont passés de " l’entre-soi confortable " à un " entre-deux difficile " : réélu de manière suspecte, il reste à l’écart d’une majorité qui se méfie de lui. Il paraît qu’il va aller tenter sa chance sous d’autres cieux où on ne l’attend pas nécessairement.

Admettons donc qu’il y ait plus de place au paradis " macronien " pour « le pécheur repenti » et dès lors on ne peut que s’incliner devant les " inestimables efforts de rédemption " de tous ceux-là qui furent si longtemps dans l’erreur du moins dans leurs discours car dans leur pratique journalière, ils expérimentaient déjà les nouveaux modes de fonctionnement auxquels ils font aujourd’hui lourdement allégeance.

Toutes " ces broutilles " ne valent apparemment pas un éditorial bien senti.

Par contre, ce qui déchaîne les aigreurs depuis un an où il est sous surveillance ( « il » non pas Macron mais son opposant le plus talentueux, Mélenchon, celui dont on guette le moindre " faux pas ", la moindre " fausse note " pour en faire " la Une ", le moquer, le décrédibiliser, occultant ainsi les drames humains des " laissés-pour-compte " du rouleau compresseur ultra-libéral actionné par Macron comme il l’avait promis, d’ailleurs ; c’est une justice à lui rendre ) c’est un " tweet " malheureux, malhabile et de toute manière inutile de Jean-Luc Mélenchon imputant à « l’Extrême-droite » l’origine des incidents du « 1er mai », ce qui démontre une fois encore la nocivité de ces modes de communication qui suppriment toute réflexion par souci de « l’immédiateté ».

Le plus grand reproche que l’on puisse faire au leader de la " France Insoumise ", ce n’est pas de s’être lourdement laissé abuser, c’est de s’être plié à ce rite que je trouve pour ma part inepte et qui consiste à vouloir à tout prix réagir " à chaud " sur l’événement.

Pour autant, je ne connais pas les motivations profondes des « Black Blockers » ; ce que je sais, c’est qu’ils s’évertuent à polluer les manifestations de gauche et qu’ils aboutissent à jeter le discrédit sur elles : on ne parle plus du nombre de manifestants, à peine de leurs revendications mais on s’étend beaucoup sur quelques vitrines brisées et voitures incendiées.

Pour faire peur au bon peuple ?

Le succès de la manifestation initiée par François Ruffin offre une nouvelle occasion aux " faiseurs d’opinion " - comme ils s’appellent eux-mêmes - de libérer leur verve, des " journaleux " qui, plutôt que d’y voir un succès de foule et une réponse à Macron, y voient maintenant l’amorce d’une « guéguerre interne » à la " France Insoumise " entre le " nouvel intronisé " et le " vieux cheval de retour " Mélenchon soupçonné de jalouser la performance de " la jeune pousse " qui " ferait de l’ombre " à son aura.

D’après le journal « Le Figaro », une référence en matière d’objectivité, il y aurait eu " un échange musclé " entre Quatennens, supposée " créature " de Mélenchon, et François Ruffin qui tardait à rejoindre le char de la " France Insoumise " ou du moins qu’on s’impatientait de ne pas voir arriver.

Bref un rien " monté en épingle " pour nourrir la perspective de futurs règlements de compte.

De cet échange que seule la reporter du " Figaro " rapporte, on ne saura pas grand-chose d’autre que ses propres impressions, supputations ou désirs secrets.

N’ayant rien compris - ni d’ailleurs voulu comprendre - à la nature de ce mouvement, les médias dominants espèrent sans doute voir la " France Insoumise " succomber aux " petites guerres intestines " qui ont amené " les Républicains " et le PS à l’étiage misérable qui les entraîne lentement mais sûrement vers " le fond ".

Ce qui fit " leur fonds de commerce ", les querelles d’appareil et surtout d’égos dont ils se firent les « porte-parole » souvent peu inspirés, ils rêvent de le voir se produire au sein du seul groupe d’opposition au discours structuré même si eux, n’ayant jamais effleuré du regard le programme de la " France Insoumise ", voient dans leur propre cécité une absence de propositions.

Que Mélenchon ait adhéré à ce rajeunissement en toute conscience de l’âge qui est le sien et des risques qui pourraient à plus ou moins brève échéance impacter sa santé ne leur viendrait même pas " à l’esprit ", avides qu’ils ont de voir se perpétuer le show politique malsain auquel ils sont habitués depuis toujours.

« Il faut se détendre un peu, arrêter de tout dramatiser. Ce qui est dramatique, c’est la situation sociale, ne l’oubliez pas. Le sujet ce n’est pas moi, le sujet ce n’est pas les violences du " 1er-Mai " dans lesquelles nous n’avons rien à voir. Le sujet, c’est les cadeaux sans fin qui sont faits aux riches et la difficulté de vivre du peuple français » déclaration de Mélenchon lors de la manifestation « la fête à Macron » au micro de TF1.

On pourrait peut-être, si l’on n’est pas avare de sa salive, tenter d’expliquer à Raphaël Glücksman qu’il n’a rien compris au fonctionnement de la " France Insoumise " et que la grossière impression qu’il a manifestée à l’occasion de " l’émission politique " du dimanche soir sur France 5, à savoir que Mélenchon serait un « lider maximo » que rien ni personne n’est autorisé à contester est totalement fausse et qu’il fait l’impasse sur tous les débats qui sont suscités par les « animateurs » au pluriel au sein de ce mouvement pour en déterminer la ligne politique ; des réalités qui échappent manifestement à la " lorgnette inversée " de ces personnes ankylosées par la logique institutionnelle ou institutionnalisée de la Ve république.

Y a-t-il là volonté délibérée des " journalistes " soumis à l’idéologie dominante ou incapacité à se mettre au niveau de l’évolution des nouveaux instruments de combat politique, je n’en sais fichtrement rien.

Quoique, faisant davantage confiance à l’intelligence qu’au conditionnement, j’ai tendance à y voir plutôt la soumission acceptée que le triomphe de l’incompétence.

Elliot

AgoraVox