Petit lexique de recherche " post-médiévale " à l’usage du gouvernement Macron

, par  DMigneau , popularité : 0%

Petit lexique de recherche " post-médiévale " à l’usage du gouvernement Macron

Le gouvernement souffle ses répliques à " l’Action Française ". L’ " Unef " est considérée comme " fasciste " par les sénateurs. Mme Vidal traite les universitaires comme des terroristes : la bêtise a un pouvoir hiérarchique sur la pensée, " l’Ordre " cherche à mettre au pas la complexité du réel, le « Pouvoir » cherche à écraser la réflexion critique – comme si la BAC soudain se piquait de versification.

« Je fus la dernière à être conduite à la potence. Autour de moi, d’étranges arbres se hérissaient d’étranges fruits. »

Maryse Condé, " Moi, Tituba, sorcière... Noire de Salem ".

Quand le gouvernement souffle ses répliques à " l’Action Française ".

Quand un syndicat étudiant est qualifié de " fasciste " par le ministre de « l’Éducation Nationale ».

Quand les sénateurs proscrivent un mode d’organisation interne des militant.e.s.

Quand la ministre de « l’Enseignement Supérieur » associe tout un pan de la recherche universitaire à du « terrorisme ».

Bref, quand la bêtise a un pouvoir hiérarchique sur la pensée, c’est « l’Ordre » cherchant à " mettre au pas " la complexité du réel, c’est le « Pouvoir » cherchant à écraser la réflexion critique – comme si la « BAC », soudain, se piquait de versification.

- Davis, Angela :

Non, Angela Davis n’est pas que le nom d’un lycée du " 93 " où une bande d’enseignants " islamo-gauchistes " (déjà) refusaient d’exclure les élèves musulmanes.

C’est le nom d’une militante " africaine-américaine ", philosophe marxiste luttant de longue date contre « l’oppression raciale ».

Dans " Femmes, race et classe ", elle pose les jalons d’une grille d’analyse qui quelques années plus tard sera nommée par la juriste Kimberlé Crenshaw " intersectionnalité " : relisant l’Histoire américaine d’un point de vue subalterne, Angela Davis rappelle les oublis et les trahisons des féministes " blanches ", le racisme qui guida leurs choix tactiques.

Comme Bell Hooks qui publie la même année " Ne suis-je pas une femme ? ", Angela Davis démontre que la conception habituelle de la féminité est " racialement " marquée, et que le sujet traditionnel du " féminisme " est " blanc ".

Le " Black Feminism " permet ainsi de dénoncer la construction raciale du genre, mais aussi la conception genrée de " la race ". En termes tactiques, cela implique des alliances temporaires, des moments de réflexion et même de mobilisation propres.

Parfois, les personnes perçues comme " blanches " et celles que la société a " racisées " mènent une mobilisation commune ; parfois, ces dernières doivent se rencontrer, débattre, combattre, en leur nom propre et sans être " invisibilisées " par les faux universaux.

Une forme de bienveillance, d’autogestion, " d’empowerment ", qui vous terrifie tant, messieurs les sénateurs, que vous légiférez aujourd’hui même pour l’interdire.

- Fascisme :

Lorsque un groupuscule « d’extrême-droite » tente d’entrer dans le « Conseil Régional » d’Occitanie, vous vous permettez, monsieur Macron, de donner votre définition de l’extrême droite : " action violente, volonté de bâillonner la démocratie et de diviser les Français ".

En vous entendant, j’ai des images de violences policières qui tournent dans ma tête, de manifs réprimées, de « corps de métier » montrés du doigt et sacrifiés.

Je ne vois pas " l’Action Française ", je vois votre police.

Pas Maurras, mais le préfet Lallement.

Quand on sait que votre ministre de « l’Éducation Nationale » a associé un syndicat étudiant au " fascisme ", on se dit qu’il est temps de rectifier deux-trois évidences.

Le fascisme est un régime politique. Il peut naître brusquement, en un " coup d’État " spectaculaire. Ou il peut sobrement s’installer, " matin brun " après " matin brun ", dans l’indifférence générale.

Il repose sur une répression féroce, un contrôle armé de la population et une surveillance généralisée ; la " Sécurité Globale " dont vous rêvez.

Un homme se prétendant " providentiel " suspend les peuples à ses lèvres et de diktat en diktat édicte de " doctes tactiques ", interdisant les rues ou les assemblées, haïssant les « communs » et les collectifs, gouvernant jusqu’à l’intime de ses sujets, seul il dirige, écrase et soumet.

Violence et " virilisme ", l’État fasciste est un patriarche ivre de pouvoir, jouissant de dominer.

Dois-je continuer mon portrait ?

Le miroir à vous tendu éclaire-t-il vos indignes dénis ?

Cesserez-vous demain d’accuser vos adversaires de vos propres turpitudes ?

- Genre, " théories du... " :

En 2014, déjà, les lobbies « d’extrême droite » se mêlaient de ce que nous enseignions à l’école publique. Croisade " inter-confessionnelle " contre les prétendues " théories du genre ".

Même unification artificielle d’une pensée multiple et complexe, même agitation ridicule du spectre de « l’invasion américaine », même désignation de l’ennemi " enseignant ", soupçonné déjà de faire de son estrade une " chaire à sermons ", un " perchoir de meeting ".

Même accusation de " mettre à bas " un socle sacré ; hier, la famille, aujourd’hui la Nation.

En 2015, les " ABCD " de « l’Egalité » sont abandonnés et vous qui prétendez idolâtrer la Laïcité, monsieur Blanquer, vous vous félicitez de cette victoire idéologique des groupes de pression « fondamentalistes » ; Tartuffe aujourd’hui est " républicain "... quand ça l’arrange.

Cependant, comme pour beaucoup de vos " médiatiques émotions ", votre satisfaction est vaine. En effet, cette idée toute simple, selon laquelle « l’identité de genre » est le résultat d’une construction sociale ayant finalement peu de rapport avec la possession d’un pénis ou d’un vagin, cette idée a convaincu.

Les universitaires, mais aussi la jeunesse.

Et aujourd’hui, mes élèves de Seconde savent donner leur propre définition du terme " genre ", mieux que Marlène Schiappa ne saurait le faire probablement. Ils refusent de plus en plus les assignations, les binarités et les injonctions.

Savent ce qu’est un " stéréotype sexiste ".

Connaissant l’écriture " inclusive " et parfois la pratiquent.

Refusent d’entrer dans les " moules " anciens, de se laisser enfermer, définir, classer, dominer.

Méprisent les « homophobes » et dénoncent la " transphobie ".

Alors vous pouvez considérer que les enseignants ont trahi et " lavé " les cerveaux de la jeunesse ou vous pouvez humblement reconnaître que vous avez perdu ce combat d’idées.

Comme vous allez perdre les suivants.

-  " Intersectionnalité "  :

Parfois, devant la complexité, il faut savoir se taire, réfléchir, lire, écouter. Voire même admettre son incompétence : pour Platon, c’est " l’ignorance positive " ; plus simplement, nommons ça " honnêteté intellectuelle ".

De l’une comme de l’autre, vous êtes, messieurs-dames les ministres, totalement dépourvus.

En vos " énarques certitudes ", vous ignorez votre ignorance et jetez à la face des écrans télévisés vos contre-sens grotesques. Par exemple, lorsque Mme Vidal, vous soulignez, en séance parlementaire, un lien entre les " recherches intersectionnelles " et un drapeau " sudiste " brandi lors de l’invasion du Capitole...

Ici, mon esprit échoue à comprendre le " pourquoi du comment " vous en êtes arrivée . J’ai envie de rire " un peu ", je l’avoue, mais je suis pédagogue, alors je me contente de souligner l’étrangeté du raisonnement, et vous renvoie à vos développements abscons, un peu confus écrit en rouge dans votre marge.

De fait, « l’intersectionnalité » est un concept complexe : il désigne à la fois un fait, une façon de comprendre ce fait, et une façon de le combattre.

La métaphore du " carrefour " désigne ce lieu où « l’identité sociale » se construit, à l’intersection de plusieurs dominations. Il ne s’agit pas de faire une " arithmétique morale ", ni de chercher à mesurer quel " hyperbolique " sujet opprimé cumulerait le joug maximum.

Non, il ne s’agit pas de " concurrence victimaire ".

Il s’agit - au contraire - de comprendre que nous sommes tous construits au croisement de situations sociales diverses et que c’est là que naissent – ou meurent – nos privilèges. L’on peut, par exemple, madame la ministre, se situer dans le camp des « dominées » du point de vue du genre, mais demeurer dans le camp des « dominants » du point de vue de la " race " et de la classe.

Ou l’on peut être dans le camp des « dominées » du point de vue de la " race " et du genre, et cependant tirer de ce cumul d’oppressions une force inédite, faite de " déconstruction " et de résilience.

« L’intersectionnalité » amène de la complexité dans l’analyse politique, révèle les tensions, les jeux, les potentielles subversions.

La lecture " intersectionnelle " montre que les oppressions de classe, de " race " et de genre, se nourrissent, s’entrecroisent, se nouent en des liens subtils qui interdisent toute lecture simpliste du réel et toute division binaire du « champ politique ».

Aucune domination n’est universelle, mathématique, ni plus importante que les autres. Et aucune ne peut être combattue sans les autres.

Voilà, messieurs-dames les ministres, ce qu’est « l’intersectionnalité » : un état du réel, un outil pour le comprendre et le combattre ? Un outil parmi d’autres, pour abattre le système que vous défendez, que vous incarnez.

Une « arme conceptuelle », ennoblie par la virulence de vos attaques.

- Intersectionnelles, recherches :

Non, messieurs-dames les ministres, il n’existe pas un domaine de recherche affairé à d’improbables " théories intersectionnelles ". Pas de " labo " disciplinaire ni pluridisciplinaire désigné comme tel, pas de financement ni de « section de recherche ».

Il existe des chercheurs et des chercheuses, en " droit ", " philosophie ", " médecine ", " sociologie " ou " littérature comparée " qui, convaincus que l’approche « intersectionnelle » peut enrichir méthodologiquement leur domaine d’étude, en tiennent simplement compte, intellectuellement, dans leurs réflexions.

Revendiquent le terme, ou pas.

En ont une approche critique, ou pas.

Ces chercheurs et ces chercheuses, par ailleurs, sont minoritaires.

Pour l’instant.

Grâce à vous, cependant, ils et elles viennent de recevoir un éclairage national dont ils n’auraient pas osé rêver, et une reconnaissance officielle de leur légitimité scientifique par le CNRS et la CPU, contre vous.

Soyez-en remerciés, donc.

- " Islamo-gauchiste " :

Pauvre copie pâlie de la charge de " judéo-bolchévisme ", l’accusation " d’islamo-gauchisme " est un révélateur. Le mot composé est vide et ne désigne rien, en fait, puisque « l’Islam » est une religion et le " gauchisme ", un substantif péjoratif ; maladie infantile du « communisme » selon Lénine.

" L’islamo-gauchisme ", donc, n’existe pas.

Pour autant « l’extrême-droite » en use depuis de nombreuses années et le " gauchiste " n’étant pas dénué d’humour, retourne le stigmate en riant depuis longtemps.

Pour résumer votre pensée pourtant déjà courte, monsieur Blanquer, est " islamo-gauchiste " toute personne dénonçant « l’islamophobie ».

Deux camps, ça vous plaît, c’est clair, c’est net. Vous voir gesticuler en vous inventant un ennemi imaginaire pour mieux asseoir votre politique discriminatoire et sécuritaire serait presque drôle, si de vos piètres arguties ne pâtissaient pas de vraies victimes : les « Musulmans » en premier lieu, puisque encore une fois leur religion, par la " magie " d’un mot dérivé, est désignée comme « l’ennemi national ».

Ensuite, les chercheurs " racisés ", dont la menace est à peine voilée par les euphémismes du combat parlementaire.

Tous les chercheurs menant des études critiques, visés directement par vos investigations " MacCarthystes ".

Enfin, tous les militants dénonçant la stigmatisation des « Musulmans », soumis à vos dissolutions, condamnations, inculpations. Ce que révèle ce vil vocable, c’est que le jargon fasciste est aujourd’hui employé dans les notes ministérielles, et que si l’hiver fuit, les " Marcheurs blancs " sont bel et bien dans la place.

Je n’ai pas peur de demain.

Pas peur de 2022.

J’ai peur d’aujourd’hui.

- " Race " :

Non, Mme Vidal, vous n’apprenez rien à personne lorsque vous affirmez doctement, sourire satisfait et " verbe haut ", que la science a depuis longtemps prouvé que les " races " n’avaient aucune espèce d’existence biologique.

Quoi que vous en pensiez, nous n’avons pas exactement 70 ans de " retard intellectuel ".

Votre affirmation, en revanche, l’assurance qui est la vôtre, montre que ce sont les réflexions menées dans toutes les universités du monde depuis plus de vingt ans qui vous échappent totalement.

Je vais donc essayer d’être " pédagogique ", concentrez-vous : la " race " n’existe pas. Il n’y a qu’une espèce humaine.

" Scoop ", madame Vidal : le « sexe » n’existe pas non plus. Il n’y a (toujours) qu’une espèce humaine.

La " race " comme le " sexe ", est une construction sociale.

C’est-à-dire que d’avoir un vagin ou un pénis - ce qui est en soi plutôt indifférent - change la façon dont les individus et les groupes sont perçus et détermine des rapports de pouvoir.

Ce n’est pas parce que je suis dotée d’un utérus, mais bien parce que je suis perçue comme « femme », fabriquée comme « femme », parce que chaque jour je performe ma " féminité ", que je suis « femme », avec toutes les conséquences que cela implique, en terme de salaire, de retraite, de possibilité d’agression sexuelle ou de remarques « sexistes ».

De la même manière, dans la plupart des sociétés " post-coloniales ", la couleur de peau, qui est « en soi » un élément parfaitement hasardeux et anodin, détermine le regard d’autrui, instaure des relations " inter-personnelles " diverses, classe les personnes et les groupes dans leur lien aux institutions, et construit des « rapports de pouvoir ».

Là est le socle des recherches tenant compte, dans leurs analyses, du critère " racial ". La reconnaissance toute simple d’une évidence : dans beaucoup de sociétés, la " race " compte. Elle compte tellement qu’elle façonne des destins, détermine la réussite scolaire, multiplie par 10 le nombre de contrôles d’identités, limite l’accès aux logements et aux " boîtes de nuit ", empêche des histoires d’amour et conduit parfois à la mort.

Si l’on ne tient pas compte de la " race ", madame Vidal, on ne comprend pas pourquoi Théo Luhaka a été violé par des policiers (cf article " violeur ").

On ne comprend pas pourquoi Michel Zecler, un producteur de musique " sans histoire " vivant dans un quartier " chic " de Paris, a été tabassé par des policiers qui l’ont traité de " sale nègre ".

On ne comprend pas non plus pourquoi la députée Danièle Obono a été représentée dans une bande dessinée comme une esclave, ni pourquoi la ministre Christiane Taubira a subi tant et tant de remarques « racistes ».

La " race " qui selon vous n’existe pas, madame Vidal, est si puissante aujourd’hui en France que ni l’argent, ni « l’ascension sociale », ni les titres honorifiques, ni même le statut " d’élue de la République " ne peut l’effacer.

Vous pouvez supprimer le mot " race " de la Constitution et fermer vos " blanches " paupières, prétendant ne pas voir une chose aussi indécente et monstrueuse dans le salon bourgeois du palais Bourbon. Il n’en demeure pas moins une seule et simple vérité, madame la " ministre " : ce n’est pas aux dominants de décider si une oppression existe.

- " Racialisation ", " racialisé ", " racisé " :

Ces termes, que vous feignez de confondre, monsieur Blanquer, avec ceux qui sont d’usage dans les théories « racistes », recouvrent une réalité très concrète et aisée à définir.

Pour peu que l’on écoute.

La " racialisation " est le processus par lequel la société dote la couleur de peau d’un sens politique. C’est un procédé externe, social, d’une grande violence, qui fabrique la " race " d’une personne.

C’est ce qui fait que Chimamanda Ngozi Adichie dit avoir compris qu’elle était " noire " lorsqu’elle arriva aux Etats-Unis, tandis que ce " détail " n’avait aucune valeur en son Cameroun natal.

De même que Sartre considérait que l’antisémite faisait « le Juif », c’est la société « raciste » qui fait les personnes " racisées ". C’est donc elle qu’il faut changer, ce à quoi nous nous employons, tandis que vous niez le problème et que vous polluez les ondes en prétendant que le problème, c’est nous.

Les chercheurs emploient ces termes justement pour " dé-biologiser " la notion de " race ".

Les militant.e.s le font pour changer les pratiques et créer des espaces sécuritaires où les personnes à qui l’on attribue un genre ou une " race ", puissent échanger et analyser ensemble ce vécu commun.

Vous pouvez menacer " l’Unef " je vous rappelle qu’il y a peu vous menaciez " Sud éducation " pour les mêmes raisons ; vous perdîtes, évidemment, comme vous perdrez toujours, parce que votre mauvaise foi n’aveugle pas les magistrats.

- « République » :

la « République » ne vous appartient pas. Ses valeurs, ses symboles, ses mots, non plus.

La « République » mérite mieux que vous.

- " Séparatisme " :

Action concertée et délibérée de se séparer, de quitter, un ensemble jusque là uni.

Exemple : les " élites parisiennes " mettent leurs enfants à " l’Ecole alsacienne " pour s’assurer qu’ils ne fréquentent jamais d’enfants de prolétaires.

Je pourrais jouer, monsieur Macron, et vous " renvoyer la balle " : c’est vous, ancien élève d’école privée, dont les plus proches " conseillers " sont tous des hommes " blancs " ; vous, pur produit du " Ghetto du Gotha ", c’est vous, le séparatiste.

Mais je ne le ferai pas.

Parce que parler de " séparatisme ", c’est pré-supposer qu’une unité quelconque a existé auparavant. C’est imaginer, naïvement, " qu’un jour " vous et nous avons partagé un monde commun.

Il n’en est rien.

Vous êtes « en guerre » contre le peuple depuis le jour où vous avez préparé et défendu la loi " Travail ", et cette guerre ne se terminera que par votre défaite.

Ne prétendons pas partager quoi que ce soit : rien de ce qui vient de vous ne me touche. Ce n’est pas du " séparatisme ", monsieur Macron, c’est la lutte des classes.

- Voile :

Le " hijeb ", ou " voile ", a pour les « Musulmans » et « Musulmanes » une valeur propre, un sens, une signification, une raison d’être ou de ne pas être. Il participe d’un réseau de signifiants qui ensemble font sens et font « foi ».

La « République » devant cette étoffe devrait être indifférente et respectueuse. Au lieu de cela, un tissu qui eût pu unir est nié, arraché de son origine sémantique, et taché de tous les contre-sens malveillants.

Une laïcité intransigeante l’a transformé en fétiche, par lequel « l’islamophobie » déchire le monde de l’enseignement.

Paradoxe d’un voile, texte et textile tout à la fois, qui ne relie pas, malgré qu’il en aie.

Violence du vol, à la fois dévoilement et dévoiement.

Pour résumer l’attitude " britannique " face au " sari " – autre voile détissé par d’autres colonsGayatri Spivak a inventé la phrase-type : « Des hommes " blancs " sauvent des femmes " de couleur " d’hommes de couleur  ».

C’est pour cela que les études " pos-coloniales " et subalternes vous effraient, messieurs-dames les ministres : parce qu’elles nous donnent les outils conceptuels pour dévoiler le fanatisme colonial sous les hypocrisies " républicaines ".

- Violeur :

Je ne suis pas juge.

Je ne suis pas avocate.

Peut-être, messieurs-dames les ministres, est-il l’heure de vous rappeler que vous non plus.

On n’est pas - sachez-le ! - « violeur » au-delà du " périph ", et " séducteur " en-deça.

Dominique Strauss-Khan n’a pas fait un " troussage de domestique ".

M. Darmanin, votre ministre de " l’Intérieur ", n’a pas commis des erreurs de " jeune homme ".

Polanski n’est pas Dreyfus.

Et les policiers qui ont violemment enfoncé une matraque télescopique dans l’anus de Théo Luhaka lors de son interpellation, n’ont pas commis un geste " involontaire ".

Je ne suis pas juriste, mais je sais que la notion de " viol involontaire " n’existe pas.

On impose une pénétration à quelqu’un qui n’en veut pas : c’est un viol.

Sachez que les corps " racisés ", " prolétarisés ", " féminisés ", ne sont pas à la disposition des « Puissants ». Nous ne vous laisserons plus vous servir et nous asservir.

Fanny MONBEIG

MediaPart.fr