Pérou. Entre dissolution du parlement et destitution du président Vizcarra

, par  DMigneau , popularité : 0%

Pérou. Entre dissolution du parlement et destitution du président Vizcarra

Avec la dissolution du parlement, les députés des différents groupes " fujimoristes " contre-attaquent avec un processus de destitution du président Martin Vizcarra.

Nous traduisons un article écrit par José Rojas, militant à de la " Corriente Socialista de los y las Trabajadores " (CST) de Pérou. L’article est paru sur " La Izquierda Diario ", le réseau international dont fait partie " Révolution Permanente ".

Après que le « Congrès de la République », dont la majorité est " fujimoriste " (populistes de droite se revendiquant de l’ancien président Alberto Fujimori), ait poursuivi l’élection des membres de la « Cour constitutionnelle », sans tenir compte de la demande de confiance de « l’exécutif », le Président Martín Vizcarra a annoncé la dissolution du « Congrès ».

Face à cela, les groupes " fujimoristes " et leurs alliés parlementaires ont déposé une motion de « destitution présidentielle ».

Cette nouvelle étape de la crise politique au Pérou s’est ouverte vendredi dernier lorsque le président Vizcarra a annoncé qu’il demanderait la confiance du « Congrès » afin de pouvoir changer le mode d’élection des membres de la « Cour constitutionnelle ».

Cela répondait au fait que les groupes " fujimoristes " et l’APRA (" Alianza Popular Revolucionaria Americana ", groupe de " centre gauche ") avaient mené toute une campagne pour s’emparer de cet organe de « l’État » qui a un caractère décisif.

La raison qui a conduit les " fujimoristes " et leurs alliés à tenter de s’emparer de la « Cour constitutionnelle » est directement liée à la possibilité de libérer leur dirigeante Keiko Fujimori, fille d’Alberto Fujimori, et d’empêcher que les membres de ces organisations politiques soient « mis en examen » lors d’enquêtes dérivées de « l’affaire Odebrecht » et des dernières révélations appelées « codinomes » (nom que l’entreprise " Odrebrecht " a donné aux parlementaires auxquels elle a financé ses campagnes électorales).

Ce lundi, dès les premières heures du matin, les groupes " fujimoristes " et d’autres forces politiques avec lesquelles ils sont majoritaires au « Congrès », ont tenté par tous les moyens d’empêcher le président du « Conseil des ministres » de présenter officiellement la « motion de confiance » lors de la session plénière.

Même après que le premier ministre Salvador del Solar soit presque entré de force dans la session plénière afin de poser personnellement la « motion de confiance », le conseil a continué avec le vote des membres de la « Cour constitutionnelle », ignorant la « motion de confiance » de l’exécutif pour la troisième fois, ce qui a légalement permis au Président de la République, Martin Vizcarra, de dissoudre le « Congrès ».

Face à cela, les membres du « Congrès » " pro-Fujimori " et les autres forces alliées au Parlement ont immédiatement approuvé la motion de confiance présentée par « l’exécutif » mais ont lancé en même temps la motion pour destituer Martin Vizcarra en lui alléguant une incapacité morale.

De cette façon, ce qu’ils recherchent réellement, c’est de garder leurs sièges et leur immunité parlementaire.

Paradoxalement, les " fujimoristes ", en oubliant qu’Aberto Fujimori avait fait de même en 1992, accusent Vizcarra d’être un dictateur. Cette mesure désespérée du bloc " Fujimori " ne jouit pas d’une grande popularité, bien au contraire, puisque le discrédit de ce secteur politique est très grand parmi la population.

Vizcarra cherche ainsi à clore la crise politique que traverse le Pérou depuis que l’on a découvert le lien entre de nombreux politiciens de droite et " de gauche " (il s’agit des référents de la gauche " néo-réformiste " comme l’ancienne maire de Lima, Susana Villarán) et l’entreprise brésilienne " Odebrecht ".

Il faut rappeler que le " fujimorisme ", depuis que Pedro Pablo Kuczynski a assumé la présidence de la République et plus tard avec Martín Vizcarra à la tête de « l’exécutif », a toujours développé une position " obstructionniste ". Et cela au-delà du fait qu’ils partagent avec ce gouvernement tout leur programme économique, comme l’ont bien montré les mesures qu’ils ont approuvées ensemble.

Cependant, la crise n’est pas encore terminée.

Comme nous l’avons dit, le bloc Fujimori et ses alliés de l’APRA ont annoncé qu’ils vont continuer à combattre « l’exécutif » dirigé par Martín Vizcarra. Ils l’accusent d’être un " putschiste " en le comparant à Hugo Chávez pour le soutien que lui apporte un secteur de la gauche.

En parallèle, des manifestations ont eu lieu dans plusieurs régions du pays en faveur de la dissolution du parlement.

Les « forces armées » et les sommets des forces de police se sont prononcés en faveur du président Vizcarra pendant la nuit du lundi au mardi.

Ainsi, le camp " fujimoriste " se trouve de plus en plus isolé.

La haine vers les membres du « Congrès », dominée par la corruption des " fujimoristes ", est compréhensible, mais les grèves et les occupations contre les projets miniers récents, la crise politique du pays, entre autres, montrent que le gouvernement Vizcarra n’est pas non plus une solution aux revendications populaires.

José Rojas

revolutionpermanente.fr