Pas de candidat, pas de calendrier… 2022 ou le cauchemar de la droite

, par  DMigneau , popularité : 0%

Pas de candidat, pas de calendrier… 2022 ou le cauchemar de la droite

Xavier Bertrand est opposé à une primaire, tout comme le patron de LR, Christian Jacob, et au contraire de Bruno Retailleau. AFP / montage " Marianne "

Alors qu’un duel se dessine entre Xavier Bertrand et Bruno Retailleau, personne chez " LR " n’est d’accord sur les modalités de désignation.

Primaire ou pas ?

Et à quel moment ?

Christian Jacob était un peu chafouin à la réunion du « Conseil stratégique » des " Républicains ", le matin du mardi 17 novembre.

Le patron de " LR " avait peu apprécié de lire la veille, dans le journal " l’Opinion ", les résultats d’un sondage sans aucune valeur scientifique, mais pas inintéressant pour autant.

Son collègue député Julien Aubert avait expédié un questionnaire à son fichier de sympathisants à propos de la présidentielle de 2022. Et obtenu les réponses de près de 10 000 adhérents " LR " se déclarant " à jour de cotisation ", soit un échantillon non négligeable.

Appelés à déclarer quel candidat aurait leur préférence, les sondés ont placé en tête Bruno Retailleau, le patron du groupe " LR " au Sénat, suivi de Xavier Bertrand, le président de la région " Hauts-de-France ".

Deux noms qui se détachent et dessinent un duel devant les Valérie Pécresse, Rachida Dati et autres Guillaume Peltier.

Bertrand / Retailleau, deux lignes et deux stratégies

" Les sondages sans fondement scientifique ne sont pas opportuns ", a grogné Jacob à l’adresse de Julien Aubert.

" Christian Jacob mis à part, cette enquête a été extrêmement bien accueillie , rétorque l’intéressé auprès de " Marianne ". Nous devons être en capacité de dire ce que nous voulons faire en vue de 2022. "

" Le mérite de cette étude, c’est qu’elle élimine du monde ! ", rigole un autre député " LR ", qui résume : " Il y a les militants qui veulent un candidat bien à droite, type Retailleau, et ceux qui veulent quelqu’un qui peut nous faire gagner, type Bertrand. "

Le problème, c’est qu’avant même de se déchirer pour désigner son champion, « la droite » n’arrive pas à se mettre d’accord pour savoir quand et comment le faire !

Xavier Bertrand a dit non à une " primaire ". L’ancien ministre, qui est le moins mal placé dans les sondages pour l’instant, mise sur l’installation " naturelle " de sa candidature dans l’opinion et sur sa réélection régionale pour l’habiller en " présidentiable ".

Bruno Retailleau - lui - milite farouchement pour le maintien de la " primaire ", qui avait abouti à la victoire de son ami François Fillon en 2016.

Son pari est qu’un tel processus permettrait de remobiliser la droite. Et, au passage, de " muscler " un peu sa notoriété, lui qui est un inconnu pour une majorité de Français…

Mais le " patron " des sénateurs veut restreindre les conditions de participation : dans son système, les adhérents " LR " pourraient voter, ainsi que des " sympathisants " qui accepteraient de payer 10 euros.

Il souhaite également un seul tour de vote, lui qui garde un mauvais souvenir des tensions entre les camps Juppé et Fillon au second tour de la " primaire " de 2016.

Surtout, Retailleau aimerait que sa « famille politique » se décide rapidement.

" On ne fait rien et on laisse courir Macron !, soupire-t-on dans son équipe. Chez LR, certains vont chez Bertrand parce qu’ils voient les sondages et d’autres veulent déjà rejoindre Macron. Ça veut dire la disparition du parti. "

Jacob en vient à espérer le retour de Sarkozy

Le président du Sénat, Gérard Larcher, qui aime à se poser en arbitre des bisbilles de « la droite », compte donner un " petit coup de fouet " au calendrier en faisant des propositions sur un " mode de départage " - comme il le dit diplomatiquement - avant la fin de l’hiver.

Mais au siège de " LR ", Christian Jacob ne veut plus entendre parler de 2022 avant les « régionales ». Et comme le gouvernement s’apprête à reporter à juin ces élections normalement prévues en mars, « la droite » se prépare une longue attente

" Jacob s’est fait avoir. Son candidat était François Baroin et il avait organisé tout le parti là-dessus ", lâche un cadre favorable à Xavier Bertrand.

Le renoncement de Baroin a donc plongé Jacob en plein désarroi, lui qui - selon plusieurs sources - en vient à espérer un retour de Nicolas Sarkozy ! Le même Sarko auquel le " Canard enchaîné " prête cette semaine l’appréciation suivante : " Aucun des candidats potentiels n’a la gueule d’un président. "

Sympathique.

Pour sortir de cet épais brouillard, il y a désormais deux scénarios, reprend notre cadre : " Soit Bertrand s’impose naturellement et on le soutient, soit on trouve un système de départage. Mais pour moi, une primaire, c’est mort. Personne n’est prêt à en accepter les conditions. "

Et surtout pas les adhérents " LR " qui, à en croire le questionnaire Aubert, rejettent massivement un retour de la " primaire ouverte " type 2016… tout en estimant qu’ils ont " leur mot à dire ".

Reste que " la primaire " figure toujours dans les statuts du parti.

Et le casse-tête continue…

Louis HAUSALTER

Marianne